Nom : Harvey Murray GLATMAN
Alias : Le tueur de mannequins
Date de naissance : 10 octobre 1927
Classification : Tueur en série
Caractéristiques : Violeur avec tendances sexuelles sado-masochiste
Nombre de victimes : 3
Date des meurtres : 1957-1958
Date d'arrestation : 27 octobre 1958
Méthode de meurtre : Etranglement par ligature
Lieu : Comtés de Riverside et de San Diego, Californie, USA
Statut : Exécuté le 18 septembre 1959

I       DISPARITION

Nombre sont les jeunes femmes qui se rendent
à Hollywood dans l'espoir d'y trouver fortune et gloire.
Prêtes à tout pour travailler, elles sont à la merci
des photographes sans scrupules et pervers sexuels.

 
A Hollywood,
dans le monde très
compétitif des
mannequins, il y a
beaucoup plus de jeunes
candidates que d'emplois
disponibles.
Prêtes à tout pour réussir,
certaines acceptent n'importe
quelle commande, sans demander
de références. Judy Dull
( ci-dessous ) accepta un
rendez-vous avec un
photographe inconnu.
Elle ne rentra pas chez
elle, et sa famille redouta
bientôt le pire.
     Au coin nord-est de l'avenue Sweetzer, à Hollywood, se dresse un bâtiment en stuc abondamment orné. C'est là qu'un jeune journaliste du Los Angeles Times, Robert Dull, appela sa femme Judy le soir du 1er août 1957. Il ne fut pas surpris d'apprendre que la jeune femme n'était pas chez elle. Judy Dull était un mannequin très demandé. Son métier était d'ailleurs à l'origine de l'échec de leur mariage - Robert Dull refusait que sa femme pose nue.
     L'une des jeunes femmes qui partageait l'appartement de Judy Dull, Lynn Lykles, lui expliqua :
          " Elle est partie avec un photographe nommé Johnny Glynn, vers deux heures cet après-midi. "
          " Savez-vous où elle allait ? "
          " Non, mais le photographe a laissé un numéro de téléphone. "
          " Pourriez-vous lui demander de m'appeler au bureau quand elle rentrera ? ", demanda Dull pour finir.
     Deux heures plus tard, Judy Dull ne s'était toujours pas manifestée. Deux photographes avaient appelé pour se plaindre : le mannequin leur avait fait faux bond. A vingt et une heures, un ami téléphona. Judy Dull n'était pas venue au dîner qu'il avait
organisé à son intention. Lynn Lykles lui donna le numéro de téléphone que Johnny Glynn avait laissé. Quelques minutes plus tard, il rappela pour dire que ce devait être un faux numéro - la personne qui avait répondu n'avait jamais entendu parler de Johnny Glynn.
     Le brigadier David Ostroff, chargé de l'affaire, se renseigna auprès de tous les photographes et agences de mannequins d' Hollywood qu'il put trouver. Personne n'avait entendu parler de Johnny Glynn, ni de qui que se fût répondant à son signalement.
     L'ami de la jeune femme fit en hâte le tour des quelques cafés qu'elle fréquentait, tandis que Lynn Lykles appelait Robert Dull à son bureau. Celui-ci la rejoignit immédiatement. Ils téléphonèrent aux parents de Judy, à d'autres membres de sa famille, à ses amis, mais personne ne savait où la trouver. De plus en plus alarmés, Robert Dull et Lynn Lykles se rendirent au commissariat pour signaler la disparition de la jeune femme. Les policiers contactèrent tous les hôpitaux, mais Judy Dull ne semblait pas avoir été victime d'un accident. Le shérif transmit son signalement par radio à toutes les voitures de patrouille circulant dans Hollywood, puis il demanda quelques précisions sur ce Johnny Glynn. Lynn Lykles décrivit comment, l'avant-veille, un homme de petite taille au faciès de rongeur et aux oreilles décolées avait frappé à la porte de leur appartement. Lynn et Judy étaient absentes, mais la troisième colocataire, Betty, se trouvait là. Fraîchement arrivée de Floride et elle aussi mannequin, la jeune fille était en compagnie d'un ami.
    
Judy Dull, lors d'une séance photos.

    
Elle invita donc le petit homme à entrer. Il se présenta sous le nom de Johnny Glynn, déclara qu'il était photographe et qu'il avait obtenu le nom et l'adresse de Lynn Lykles par une agence.
     Il lui demanda s'il était possible de voir ses photos professionnelles. Quand Betty revint avec celles-ci, il déclara en désignant une photo de Judy Dull accrochée au mur : " C'est beaucoup plus son genre que je cherche. Puis-je voir ses photos à elle aussi ? "
     Il les examina lentement ; il semblait fasciné. Quand il eut fini, il demanda le numéro de Judy Dull, qui ne figurait pas dans l' annuaire. Betty, pensant fournir du travail à son amie, donna son numéro au visiteur.
     Le 1er août, alors que les trois jeunes femmes prenaient leur petit déjeuner, Johnny Glynn appela. Il avait une commande urgente et souhaitait que Judy Dull pose pour lui l'après-midi même. Judy se montra réticente ; son emploi du temps était très chargé, et la description que Betty avait faite de Johnny Glynn ne lui avait pas donné envie de le rencontrer. Mais quand il
mentionna que son propre studio était occupé et qu'ils devraient travailler chez Judy, les craintes de la jeune femme s'évanouirent et elle accepta de le recevoir à quatorze heures le jour même.
     Lorsqu'il arriva, aussi débraillé et peu avenant que lors de sa précédente visite, il n'avait aucun équipement photographique avec lui. Il expliqua que l'un de ses amis avait accepté de lui prêter son studio. Quand Judy Dull lui annonça ses honoraires, il accepta en hésitant. Quelques minutes plus tard, ils quittèrent l'appartement, le photographe portant la valise de Judy. Lynn Lykles se sentit mal à l'aise en les regardant partir.
     Le lendemain, en milieu de matinée, le nom de Judy Van Horn Dull, présumée kidnappée, allait rejoindre la liste des personnes disparues. Dans son communiqué, la police donna les signalements de la disparue et de son présumé ravisseur : une jolie jeune femme de dix-neuf ans, mesurant 1,62 m, aux cheveux blonds dorés et au teint hâlé ; un homme, âgé d'une trentaine d'années, fluet, mesurant environ 1,75 m, portant des lunettes à montures d'écaille et un costume bleu fripé ; signe distinctif : oreilles très décolées.

Le petit homme furtif ( à gauche ) qui se présenta à Judy Dull sous le nom de Johnny Glynn n'avait rien de l'élégance d'un photographe de mode - de fait, il n'était pas photographe, et Glynn n'était pas son vrai nom.

     Le brigadier David Ostroff, chargé de l'affaire auprès de tous les photographes et agences de mannequins d' Hollywood qu'il put trouver. Personne n'avait entendu parler de Johnny Glynn, ni de qui que se fût répondant à son signalement.
     La disparition du séduisant mannequin fit la une des journaux. Ostroff consacra des semaines entières à vérifier les informations dont on le submergeait. De toute évidence le métier de mannequins n'était pas une occupation très sûre à Hollywood. Plusieurs jeunes mannequins se présentèrent pour raconter comment elles avaient commis l' imprudence de travailler pour des "photographes" inconnus, qui s'étaient ensuite imposés à
elles par la force, parfois sous la menace d'un couteau ou d'un pistolet.

Suspects   possibles
 
     Quelques individus furent interrogés, mais aucun ne répondait au signalement de Johnny Glynn. Ostroff se souvint de la disparition d'une jeune et belle actrice, Jean Sprangler, survenue huit ans auparavant, en octobre 1949, mais l'examen de son dossier n'éclaira en rien l'affaire Judy Dull.

Les manchettes annonçant la disparition de Judy Dull (ci-dessus) rappelaient le sort de l'actrice hollywoodienne Jean Sprangler (à droite), disparue à jamais en octobre 1949. La police consulta son dossier à la recherche d'indices.
    
     Le mari de Judy Dull lui-même semblait faire un suspect possible. Les deux époux n'étaient pas dans les meilleurs termes depuis que Robert Dull, profitant d'une absence de sa femme, s'était emparé de leur fillette de quatorze mois, Suzanne. Mais une rapide enquête le lava de tout soupçon. Tout le monde savait qu'il était encore amoureux de sa femme et espérait se réconcilier avec elle. Ostroff en arriva à la conclusion qui s'imposait : Johnny Glynn était un faux nom, et le personnage bizarre qui le portait était sans doute un pervers sexuel. La mort de Judy Dull semblait plus que probable.
     Il restait cependant un dernier espoir : Judy Dull se cachait peut-être avant le procès qui devait décider du sort de sa fille. Une multitude de reporters et de photographes se pressèrent à l'audience, le 9 août 1957. Mais Judy Dull ne se montra pas. Son mari n'eut plus aucun doute : persuadé que sa femme n'aurait jamais pris le risque de compromettre ses chances d'obtenir la garde de leur fille en ne se présentant pas, il déclara à la presse qu'il était désormais certain que Judy avait été assassinée.

     Le 29 décembre 1957, cinq mois après la disparition de la jeune femme, un garçon de ferme se promenait avec son chien dans le désert, à deux cents kilomètres à l'est de Los Angeles. Soudain, le chien se mit à aboyer. Son maîtres s'approcha et constata que l'animal avait trouvé un crâne humain. 
     La police, aussitôt appelée sur les lieux, découvrit non loin du crâne un squelette à moitié enfoui.

Un   cadavre   anonyme
 
     Les restes d'une robe marron et les sous-vêtements indiquaient qu'il s'agissait d'une femme. Les quelques cheveux encore en place étaient blonds. La cause de la mort était inconnue.
     S'agissait-il du cadavre de Judy Dull ? La dernière fois qu'on l'avait vue, la jeune femme portait une robe marron ; le squelette mesurait, comme elle, 1,62 m. Mais un expert en médecine légale affirma que la morte était âgée d'environ trente-cinq ans, et Robert Dull ne put identifier l'anneau orné de perles qu'elle portait au doigt.

     Ostroff en déduisit qu'il ne s'agissait pas du cadavre de Judy Van Horn Dull.
     Mais il se trompait...

LES   ORIGINES

Malingre et peu séduisant,
Glatman accumula frustrations
et fantasmes sexuels.

 
     Harvey Murray Glatman naquit à Denver, dans le Colorado, en 1928. C'était un enfant gâté qui ne s'entendait pas avec ses petits camarades mais obtenait d'excellents résultats scolaires. Il n'avait que douze ans lorsqu'un premier incident troubla ses parents. Ces derniers remarquèrent un jour des meurtrissures sur le cou de l'enfant. Pressé d'expliquer l'origine de ces marques, Harvey finit par avouer qu'il avait été dans le grenier, puis avait noué une corde autour de son cou et avait serré le nœud coulant jusqu'à ressentir une satisfaction sexuelle. Le médecin de la famille, consulté, conseilla aux Glatman de ne pas s'inquiéter : Harvey changerait en grandissant. Entre temps, suggéra le médecin, il devrait faire un peu plus d'exercice.
     La puberté n'arrangea pas les problèmes du garçon. Maigre, doté d'oreilles très décollées, il n'avait guère de succès auprès des filles.

Harvey Glatman ( à gauche ) était incapable de nouer des relations normales avec une femme.

    A dix-sept ans, Glatman, rongé par la frustration et poursuivi par ses fantasmes sexuels, décida de passer à l'acte.
     Une nuit, à Boulder, dans le Colorado, il menaça une adolescente avec un pistolet factice et lui ordonna de se déshabiller. Celle-ci se mit à hurler ; Glatman paniqua et s'enfuit en courant. Il fut arrêté pour ce délit, puis relâché sous caution.
     Pour rompre avec le passé, il se rendit à New York. Là, il donna libre cours à ses pulsions agressives à l'égard des femmes en les dévalisant arme au poing, se faisant connaître sous le nom de " Bandit Fantôme ". Il tenta de passer au cambriolage, mais fut rapidement pris et condamné à cinq ans de prison.
    
Mrs. Carl Silverman, désignant Glatman sur une photo, fut l'une de ses victimes. Il tenta de la dévaliser en 1946.

     Glatman fut un prisonnier docile ; le traitement psychiatrique auquel il fut soumis sembla faire effet. Il fut relâché en 1951 et retourna dans le Colorado où il travailla comme réparateur de télévision. En 1957, il partit s'installer à Los Angeles. Sa mère avait rassemblé assez d'argent pour qu'il puisse s'installer à son compte.
    
Désormais anonyme dans une grande ville, Glatman se consacra à satisfaire son désir insatiable.

II   BAILLONNÉES

Shirley Bridgeford s'était inscrite à un club de
rencontres ; Ruth Mercado et Lorraine Vigil travaillaient
comme mannequins. Sans le savoir, toutes trois remirent
leur vie entre les mains d'un maniaque.

 
 
Judy Dull feint la terreur sur les photos de " Johnny Glynn ", croyant innocemment que celles-ci se serviront à illustrer la couverture d'un magazine d'histoires policières.

     Le dimanche 9 mars 1958, une nouvelle disparition fut signalée à la police de Los Angeles. La victime, Shirley Bridgeford, une jeune femme divorcée de vingt-quatre ans, mère de deux enfants, s'était rendue la veille au soir à un rendez-vous organisé par un club de rencontres. Elle n'avait pas réapparu.
     Son chevalier servant s'était présenté sous le nom de George Williams. C'était un homme peu séduisant, aux oreilles très décollées, qui portait des lunettes. Il était vêtu sans aucune élégance.
     Le brigadier Ostroff comprit que George Williams et Johnny Glynn pouvaient bien être une seule et même personne. Si l'homme aux noms d'emprunt n'était pas arrêté rapidement, il risquait de frapper à nouveau.
     A la fin du mois de juillet, le propriétaire d'un petit immeuble de West Pico Boulevard, à Los Angeles, signala la disparition de l'une de ses locataires : Ruth Mercado, âgée de vingt-quatre ans, travaillait comme stripteaseuse et posait pour des photos déshabillées. L'inspecteur Marvin Jones fut chargé de cette affaire.


Supplice   en   bord   de   route
 
     Tard dans la soirée du lundi 27 octobre 1958, trois mois après la disparition de Ruth Mercado, Thomas F. Mulligan, un motard de la police routière californienne, s'engagea à moto dans une avenue sombre près de la ville de Tustin, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Los Angeles. Il sursauta quand son phare éclaira un couple qui se battait au bord de la route. Les deux personnes se séparèrent alors qu'il freinait et s'arrêtait. La femme, petite et potelée, les vêtements en désordre, pointait un revolver sur l'homme.
 

Ruth Mercado crut qu'elle aurait plus de chance de survivre si elle se soumettait aux exigences
de son ravisseur. Elle endura des heures de mauvais traitement avant de mourir.

 
       Le policier dégaina son propre revolver et leur donna l'ordre à tous deux de lever les mains en l'air. La femme cria : " C'est un assassin. Il allait me violer ". L'homme n'essaya ni de nier ni de s'échapper pendant que Mulligan demandait de l'aide par radio.
     La jeune femme déclina son identité et raconta à Mulligan ce qui s'était passé. Elle s'appelait Lorraine Vigil ; l'une de ses amies, qui tenait une agence de mannequins, lui avait téléphoné dans la soirée pour lui proposer du travail. Lorraine Vigil travaillait comme secrétaire mais était déterminée à percer dans le monde de la mode. Elle accepta. Peu avant l'arrivée du client, son amie la rappela pour lui dire de se tenir sur ses gardes. Elle avait déjà posé pour cet homme, Frank Johnson, et il la mettait mal à l'aise.

SHIRLEY BRIDGEFORD, vingt-quatre ans, était
divorcée et mère de deux enfants. Redoutant de
rester seule, elle s'était inscrite dans un club de
rencontres sur le conseil d'une amie.

RUTH MERCADO, vingt-quatre ans, était
stripteaseuse et posait pour des photos.
Célibataire, elle vivait avec un chien de race colley
et plusieurs perruches.
 

     Lorsque Frank Johnson arriva chez elle, Lorraine Vigil comprit aussitôt ce qui mettait son amie mal à l'aise : Frank Johnson était un petit homme au regard fuyant ; ses vêtements étaient froissés comme s'il avait dormi tout habillé. Le " photographe " et son modèle partirent en voiture vers le quartier commerçant de Los Angeles. Mais au lieu de se diriger vers Sunset Strip, où se trouvait le studio de l'agence, l'homme tourna vers le sud-est. Quand Lorraine Vigil protesta, il expliqua qu'il l'emmenait dans son propre studio, à Anaheim.
     Il traversa Anaheim sans s'arrêter. En arrivant près de Tustin, il arrêta la voiture sur une route sombre. Puis il exhiba un petit pistolet automatique, ordonna à la jeune femme de se tenir tranquille, et sortit une corde. Lorraine Vigil le supplia de ne pas l'attacher, offrant de faire tout ce qu'il voudrait. Elle essaya de lui arracher le pistolet, un coup partit qui érafla la cuisse de la jeune femme.
     Tandis que Johnson fixait l'air ahuri l'arme encore fumante, elle se jeta sur lui et ouvrit violemment la portière de la voiture. Ils tombèrent tous deux sur le bas-côté de la route. Dans la mêlée, elle mordit son agresseur qui poussa un hurlement de douleur et laissa échapper le pistolet. Lorraine Vigil s'en était emparée et s'apprêtait à tirer sur lui quand Mulligan les avait aperçus.

LIGOTÉES
 

Harvey Glatman appartenait à cette catégorie de
pervers sexuels qui raffolent
des cordes. Cette obsession
se développe souvent en
réponse à un profond senti-
ment d'infériorité. La plupart
des pervers de ce type sont
convaincus qu'aucune femme normale ne peut les trouver
attirants. Très tôt, les fantasmes de Glatman portèrent sur des femmes ligotées. Finalem-
ent, par association d'idée, la
vue d'une corde devint en soi
sexuellement excitante. Par la
suite, il avoua qu'il était
impuissant si sa partenaire
n'était pas attachée et bâillonnée.
     Frank Johnson fut emmené au commissariat de Santa Ana. Il avoua avoir utilisé un faux nom et révéla sa véritable identité : Harvey Murray
Glatman, réparateur de télévisions, âgé de trente
ans. Il admit avoir tenté d'agresser Lorraine Vigil,
mais ajouta qu'il avait agi sous le coup d'une pul-
sion subite.
     Un communiqué décrivant l'arrestation fut
envoyé à tous les policiers de la région, afin de
permettre d'éventuels recoupements avec d'autres crimes. Quand le message arriva sur le bureau de
l'inspecteur Marvin Jones, celui-ci remarqua imm-édiatement que le dénommé Glatman vivait dans son secteur. De surcroît il habitait près de chez
Ruth Mercado.
     Les policiers se rendirent chez Glatman. Le
petit pavillon avait un aspect délabré. Le toit était
recouvert de papier goudronné, et des barreaux
avaient été posés aux fenêtres. A l'intérieur, les
murs étaient couverts d'affiches de pin-ups désh-
abillées. Sur certaines photos, les femmes étaient attachées et bâillonnées. Des morceaux
de cordes traînaient ici et là.
     Le lendemain, la police demanda à Glatman s'il était prêt à se soumettre au détecteur de mensonges. L'inculpé accepta. Lorsqu'on en arriva aux questions sur " Angela " ( pseudonyme professionnel de Ruth Mercado ), l'aiguille de la machine fit un bond. Quelques minutes plus tard, Glatman avoua avoir tué la jeune femme. " J'ai tué deux autres filles ", ajouta-t-il.

En quête d'une idylle, Shirley Bridgeford s'était habillée élégamment pour son rendez-vous. Mais " George Williams " n'était pas un romantique.

    
Les policiers savaient désormais ce qui était arrivé aux trois mannequins disparus. Glatman fit des aveux détaillés.
     Quand il avait vu la photo de Judy Dull sur le mur de son appartement, il avait eu un vrai coup de cœur ; c'était la fille dont il avait toujours rêvé. Deux jours plus tard, son rêve devenait réalité : Judy Dull était assise dans sa vieille Dodge noire, en route pour son " studio ". Là, Glatman lui avait demandé d'ôter sa robe et de passer une jupe plissée et un cardigan. Puis il avait sorti une corde en expliquant qu'il faisait des photos pour la couverture d'un magazine d'histoires policières véridiques, et qu'elle devait être ligotée et bâillonnée. Il attacha la jeune femme et prit quelques photos. Torp excité pour se réfréner plus longtemps, il la fit glisser à terre et lui ôta tous ses vêtements sauf son slip. Puis, plaçant un pistolet automatique contre sa tempe, il l'avertit qu'il la tuerait si elle résistait ; il avait
déjà fait de la prison et n'hésiterait pas à tirer. Quand elle acquiesça d'un signe de tête, il lui retira son bâillon.
     Glatman fit asseoir Judy Dull sur le canapé et prit d'autres photos d'elle ligotée, avant de la violer à deux reprises. Finalement, il lui expliqua qu'il allait l'emmener dans un endroit isolé où il la relâcherait. Revêtue à nouveau de sa robe marron, Judy Dull fut emmenée en voiture jusque dans le désert. Là, Glatman prit encore quelques photos. Puis il noua l'extrémité d'une corde autour du cou de la jeune femme, lui replia les jambes en arrière, attacha l'autre extrémité à ses chevilles, et tira sur la corde jusqu'à ce que sa victime ne bouge plus. Lorsqu'il constata qu'elle était morte, Glatman traîna le corps plus loin dans le désert, où il l'enterra dans une tombe peu profonde. Il emporta les chaussures de sa victime en guise de souvenir.
     Après Noël, Glatman s'inscrivit dans un club de rencontres sous le nom de George Williams. En mars 1958, il obtint un rendez-vous avec Shirley Ann Bridgeford.

     Dès le premier instant, Glatman réalisa que Shirley Bridgeford le trouvait décevant. Il redouta même un instant qu'elle invente une excuse pour ne pas sortir avec lui. Mais une fois dans la voiture, elle sembla mieux disposée à son égard.
Un mélange de courage, de force et de chance permit à Lorraine Vigil de ne pas devenir la quatrième victime de Glatman. Peu après son arrestation, le " photographe " faisait des aveux complets.

     Cette fois, Glatman longea Long Beach, puis tourna vers le sud en direction de San Diego. Mais quand il arrêta sa voiture le long d'une route secondaire dans le désert d'Anza et passa son bras autour des épaules de la jeune femme, celle-ci le repoussa. Glatman sentit monter la colère en lui, mais parvint à se maîtriser. La route principale était trop proche pour qu'il se risquât à utiliser la force. Il proposa à sa compagne d'aller dîner. Tout en conduisant d'une main, il essaya de la caresser, et se mit en colère quand elle résista. Finalement, il arrêta la voiture et sortit son automatique.
     Il ordonna à Shirley Bridgeford de s'asseoir sur le siège arrière et de se déshabiller. Comme elle tentait de résister, il lui
arracha ses vêtements et la viola. Ensuite, il s'enfonça dans le désert en voiture et s'arrêta au bout d'une piste. Il sortit alors son équipement photographique, étendit à même le sol la couverture sur laquelle il avait tué Judy Dull, et somma Shirley de s'y asseoir afin qu'il puisse prendre des photos d'elle. Après quelques clichés, il la fit s'allonger sur le ventre, noua une corde autour de son cou et l'étrangla. Cette fois, il ne prit pas la peine de creuser une tombe et se contenta de recouvrir son corps de broussailles. Avant de partir, il lui ôta son slip rouge qu'il conserva. 

" Elle disait qu'elle faisait ça
pour s'amuser "
Mrs. BRIDGEFORD, au sujet de l'inscription de
sa fille à un club de rencontres

 
Glatman ( à droite ) avec les policiers dans le désert. Au cours de ses aveux, il déclara qu'il avait joui de chaque instant des meurtres sadiques qu'il perpétrait.

     Sept mois s'étaient écoulés entre son premier et son deuxième meurtre. Mais, comme il advient à la plupart des criminels sexuels, son désir maladif se faisait de plus en plus impérieux. Lorsqu'il vit dans un journal l'annonce d'un mannequin qui proposait de poser nu, l'occasion lui parut trop belle. Il passa voir " Angela " ( Ruth Mercado ) le soir du 23 juillet 1958.
     Ruth Mercado ne se montra pas prête à le laisser s'introduire chez elle. Glatman sortit une arme et entra de force. Comme Judy Dull, Ruth Mercado était petite, ce qui plût immédiatement au criminel. Ce dernier lui ordonna d'aller dans sa chambre à coucher, la fit se déshabiller, puis l'attacha et la viola.
     Glatman annonça ensuite à la jeune femme qu'ils allaient pique-niquer. Au petit matin, la voiture se trouvait à environ quarante-cinq kilomètres de l'endroit où Glatman avait tué Shirley Bridgeford.
     Glatman décida de prendre son temps, car en cet endroit isolé, il ne risquait guère d'être interrompu. Ruth Mercado et lui passèrent la journée entière du lendemain dans le désert. Ils dormirent, burent et mangèrent. Glatman prit des photos et viola la jeune femme à nouveau. Ruth Mercado pensait qu'il valait mieux tenter de le contenter. Mais Glatman savait déjà qu'il lui serait impossible de laisser sa proie en vie. Plus de vingt-quatre heures après l'avoir enlevée, il fit s'allonger Ruth Mercado face contre la couverture, et l'étrangla de la même manière que ses deux autres victimes. A nouveau, il garda le slip de sa victime.

 

     Les aveux de Harvey Glatman, qui avaient duré deux heures, prirent fin sur cette note sinistre. Les policiers se rendirent aussitôt dans le désert d'Anza, où, avec l'aide du meurtrier, ils localisèrent les dépouilles de Shirley Bridgeford et de Ruth Mercado à la lueur de la lune.
     En novembre 1958, Harvey Glatman plaida coupable des meurtres de Shirley Bridgeford et Ruth Mercado devant le tribunal de San Diego - le corps de Judy Dull n'avait jamais été identifié de façon certaine. Glatman avait refusé de plaider la démence, comme le lui suggérait son avocat, déclarant qu'il préférait mourir plutôt que de passer sa vie derrière les barreaux. Le 18 septembre 1959, le juge John A. Hewicker envoya Harvey Glatman à la mort, dans la chambre à gaz de San Quentin.

 
DERNIÈRE   DEMEURE
 
Glatman conduisit la police sur les lieux où il disait avoir laissé les cadavres de ses victimes. Il se tient debout à droite, menotte aux poignets, tandis que les policiers équipés de torches inspectent l'un des endroits indiqués. Un policier examine le crâne de Shirley Bridgeford, la deuxième victime de Glatman (en haut à droite ). En bas, un enquêteur pointe sa torche sur des restes non identifiés.

     La Californie, tout comme le Névada ( un état voisin ), comprend des milliers de kilomètres carrés de désert. Cette caractéristique est fort appréciée des meurtriers : un cadavre rapidement enterré sous quelques centimètres de sable, où même simplement jeté en plein désert, a peu de chance d'être jamais retrouvé. Les températures qui règnent dans certaines parties du désert étant parmi les plus élevées de la planète, un cadavre peut se décomposer au point d'être méconnaissable en quelques jours seulement. C'est pourquoi, dans bien des affaires de meurtres en série, il est impossible de déterminer le nombre exact de victimes : les grandes étendues désertiques garderont à jamais leur morbide secret. 

     Harvey Glatman fut exécuté le 18 septembre 1959.    

 
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