Nom : Jacques Mesrine
Alias : "L'ennemi public n°1", "l'homme aux mille visages", le Robin des bois français"
Date de naissance : 28 décembre 1936
Classification : Tueur
Caractéristiques : Braqueur - Tueur
Nombre de victimes :
Date de meurtres : 1972
Date d'arrestation : 2 novembre 1979
Méthode de meurtre : Tir
Lieu : France, Canada
Statut : Tué le 2 novembre 1979, porte de Clignancourt, Paris, France



I      L' ESCALADE


Jeune, Jacques Mesrine ressemblait plus à un viveur un peu cynique qu'à un dangereux tueur.
Mais à mesure que son goût pour la notoriété s'accentua
, ses crimes devinrent plus cruels.

 
     Dans l'après-midi du 12 novembre 1967, un couple pénètre dans le hall de l'hôtel de la Croix-Blanche, à Chamonix. L'homme est grand et bien découplé, avec un air de totale confiance en soi. Sa compagne est une jolie brune, portant des vêtements un peu vulgaires.
     Ils réservent une chambre double pour dix jours et signent le registre. L'homme déclare s'appeler Jean-Jacques Moreau, trente-trois ans, directeur de société à Paris.
     Le couple prévoit simplement de goûter quelques jours de repos à la neige ; mais deux jours plus tard, alors qu'ils dînent à l'hôtel, ils remarquent à la réception un homme qui éveille aussitôt leur intérêt : " On aurait dit un prince arabe vêtu à l'européenne (...). "
     Incidemment, le serveur à leur côté indique qu'il s'agit d'Albert Setruk, industriel et vieil habitué de l'hôtel qui, selon la rumeur, transporte des millions de francs dans son attaché-case. Le couple n'a dès lors plus d'yeux que pour celui-ci, posé au sol tout le temps de la conversation entre le réceptionniste et Setruk. Une discrète enquête menée auprès du personnel de l'hôtel permet d'établir que Setruk est un riche industriel tunisien qui fréquente régulièrement le casino de la ville.

 
" On a armé ma main au
son de la Marseillaise et
cette main a prit
goût à l'arme "
JACQUES MESRINE

 
     Le Tunisien et son secrétaire se rendent au casino le soir même : ils rentrent vers deux heures du matin, un peu ivres - nous sommes le 15 novembre. La réceptionniste de nuit, une femme aux cheveux bruns que Setruk ne reconnaît pas, escorte les deux hommes jusqu'à l'ascenseur, expliquant, à leur étonnement, que la clef de leur chambre est restée sur la porte.
     Au moment où ils en sortent à leur étage, ils se retrouvent face à un homme braquant un pistolet. Avec l'aide de la jeune femme brune, celui-ci fouille Setruk et son secrétaire, leur soutirant leurs papiers, quelque sept mille francs et un diamant. Les deux hommes sont ensuite poussés sans ménagement en bas de l'escalier, ligotés, bâillonnés, puis abandonnés derrière le comptoir... à côté du véritable réceptionniste de nuit.
     Les voleurs sectionnent les fils du téléphone de l'hôtel, chargent leurs valises dans leur automobile, prennent congé ironiquement des trois hommes solidement ficelés, puis disparaissent.
     Ils s'appelaient Jacques Mesrine et Jeanne X., dite " Janou ".

 

     En définitive, le coup n'avait pas été d'un grand rapport. Lorsqu'il s'était introduit dans la chambre de Setruk, Mesrine n'avait pas trouvé les millions escomptés dans la mallette. En fait, comme il le dira plus tard, le vol avait été improvisé " pour tester le sang-froid de Janou ". Il fut ravi de voir que celle-ci, loin de paniquer, semblait jouir intensément du danger. A trente et un an, Mesrine avait enfin trouvé une maîtresse et complice dotée d'un sang-froid égal au sien.
 
Comme   à   la   parade
 
     Dès ses premiers méfaits, Mesrine avait manifesté un sens aigu de la mise en scène et du " beau geste " : sans doute un crime lui semblait-il imparfait si ne s'y marquait pas de quelque manière le mépris dans lequel il tenait ses victimes et la police. En 1960, lors de son premier cambriolage avéré, Mesrine était entré dans l'immeuble visé avec à la main un superbe bouquet de fleurs, pour pouvoir se faire passer pour un livreur en cas de " mauvaise rencontre " : le coup fait, il laissa obligeamment les fleurs, bien en vue. Une autre fois, surpris en pleine action par les propriétaires de l'appartement qu'il cambriolait, il réussit à leur faire croire qu'il était un inspecteur de police venu sur les lieux enquêter sur le cambriolage dont ils avaient été victimes... puis s'éclipsa avec le butin pendant que les pauvres gens erraient dans l'appartement dévasté :
     Mesrine fut arrêté une première fois alors qu'il conduisait une voiture qu'il avait utilisée pour un cambriolage précédent. Les policiers ayant découvert des armes dans son véhicule, Mesrine fut condamné à trois ans de prison. Il bénéficia d'une mesure de mise en liberté conditionnelle après moins de dix-huit mois, mais se jura de tout faire dorénavant pour échapper, coûte que coûte à la réclusion.

     Au  cours des semaines qui suivirent le " coup " de Chamonix, Mesrine et Jeanne commirent plusieurs autres vols. Parfois, Jeanne se travestissait en homme. Stimulé par sa présence, Mesrine prenait des risques inutiles. Leurs méfaits devinrent plus violents ; ils se complaisaient de plus en plus souvent à s'attarder sur la scène du crime pou mieux savourer leur triomphe.
     Ainsi, le 8 décembre 1967, Mesrine, un complice masculin et Jeanne s'attaquèrent à une maison de haute couture de la rue de Sèze, à Paris. Tout le personnel était parti et madame Coudercy, sa fille et son gendre qui se trouvaient seuls, furent baîllonnés à l'intérieur du magasin. Les trois bandits étaient armés.
     Mesrine passa une partie de la nuit à boire et à se vanter de ses exploits criminels devant ses victimes terrifiés. Finalement, les bandits s'enfuirent avec des bijoux et autres objets précieux d'une valeur totale d'une douzaine de millions de francs.

     A Paris et dans toute la France, les policiers avaient peu à peu rassemblé une impressionnante documentation sur les agissements de Mesrine. Il n'était plus un suspect mais un fugitif activement recherché. Après de brefs séjours en Espagne et en Italie, Mesrine et Jeanne X. décidèrent d'échapper à cette chasse à l'homme. Au début de 1968, ils s'embarquèrent sur un vol à destination de Montréal, Canada.
Mesrine n'allait revoir la France que cinq années plus tard : pendant ce laps de temps, sa carrière criminelle allait prendre un essor inattendu.

En dehors de l'emploi de lunettes, de casquettes et de postiches divers, Mesrine ne faisait guère d'efforts pour se déguiser. Toutes ces photos de lui sous des identités et à des époques différentes rappellent fortement le véritable Mesrine : il préférait rester tel qu'il était, malgré les risques que cela lui faisait courir.
LES   ORIGINES

Mesrine grandit dans la France occupée,
où l'on ne s'accordait guère sur le sens des mots
victoire et courage.

 

Mesrine (ci-contre) grandit dans la "zone libre" gouvernée par le maréchal Pétain.

     Jacques Mesrine naquit le 28 décembre 1936 au sein d'une famille modestement petite-bourgeoise, à Clichy, dans la banlieue nord parisienne. Il en était le second enfant. Son père, Pierre ( "[il] était bel homme, sa ressemblance avec Gary Cooper et ses yeux verts le rendaient plein de charme" ), et sa mère, Monique ("[...] ses cheveux coupés à la garçonne lui donnaient une espièglerie de jeune chat. Ses yeux noisette étaient bouleversants de sensualité "), s'étaient rencontrés à l'atelier d'une grande firme de broderie de luxe pour laquelle ils travaillaient tous les deux comme dessinateurs.
     Mais survint la guerre. Pierre Mesrine dut rejoindre son
régiment. Prisonnier, il ne devait pas revenir avant six ans. Démunie, prise comme tant d'autres dans l'exode consécutif à l'initiale défaite française de Juin 1940, Monique et ses deux enfants, après de pénibles errances, s'installèrent à Château-Merle, près de Poitiers, où ils avaient des parents fermiers.
     Le petit Mesrine y passa trois années d'une relative solitude, sa mère, après quelques mois, ayant regagné Paris occupé pour y chercher du travail : " J'étais devenu un vrai paysan. Le matin, levé de bonne heure, qu'il pleuve ou qu'il vente, je partais conduire mon troupeau de vaches au pâturage. "

La guerre
 
     La guerre, pourtant, devait le rattraper. Un jour, alors que les Allemands perquisit-
ionnent dans la ferme - ils soupçonnaient les fermiers de cacher des Résistants -, le jeune Mesrine, dans sa naïveté, apostropha celui qui paraissait être le chef : " Dis, monsieur, c'est toi qui fais mon papa prisonnier ? Tu veux bien me le rendre ? ". L'officier, en guise de réponse, lui caressa les cheveux et lui montra des photos de ses propres enfants ; aussitôt, la cousine de Jacques se saisit de lui, tremblante de colère, et, aux réflexions contrariées du soldat, protestant de l'amour que portent les Allemands aux enfants, répondit brutalement : " C'est pour ça que vous tuez leurs pères : ". Le petit Jacques en fut profondément choqué. " J'étais môme. Je ne savais pas encore ce qu'était la haine ", commenta Mesrine plus avant dans sa vie.

     Le pire de la guerre ne lui était pourtant pas encore survenu. Peu de temps après l'incident avec l'officier, les combats s'étendirent dans la région entre Résistants et Allemands. Désemparé, le jeune Jacques assista, tétanisé, au pillage de la ferme par les Allemands, il vit défiler les blessés sanglants. Il vit les morts.
     Ce choc n'allait pas laisser de peser sur le destin ultérieur de Jacques Mesrine.


Une bicyclette d'appartement pour la forme, quelques bouteilles pour le plaisir, il faut peu pour meubler une planque.
    
Après-guerre

 
     Enfin réunie, à l'issue de la guerre, en 1945, la famille Mesrine s'installa derechef à Paris. Après s'être débrouillé presque seul à la campagne, le jeune Jacques ( alors âgé de huit ans ) peina à s'adapter à la discipline scolaire - il obtint toutefois des résultats honorables. A douze ans, il fut envoyé en pension au collège de Juilly, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Rétif viscéralement à la vie récluse de pensionnat, plein de ressentiment pour ce qu'il considérait comme un abonadon de ses parents, handicapé par le retard scolaire accumulé pendant la guerre, il y devint vite un " fauteur de troubles ", ce qui lui valut d'être renvoyé de l'établissement en 1951.
     Après quelques autres essais d'études aussi calamiteux, Mesrine, dépourvu de qualifications, n'eut plus d'autre choix que de recourir à des emplois subalternes, ce qu'il n'était pas disposé à accepter. Il rencontra à cette époque une jolie jeune Martiniquaise, Lydia, qu'il épousa.
     Elle était déjà enceinte, mais Mesrine accepta finalement l'idée de devenir le père légal de l'enfant d'un autre.
     En fait, le mariage avec Lydia avait été une décision insensée. Ce n'était que parce qu'elle avait une peur terrible de son père, aux mœurs très strictes, que, enceinte, Lydia avait convaincu Jacques de l'épouser.
     Leurs rapports s'envenimèrent donc très vite.
     C'est ainsi, que, paradoxalement, le jeune homme - il n'avait que dix-neuf ans - éprouva un réel soulagement lorsqu'il fut appelé sous les drapeaux, à l'automne de 1956, en pleine guerre d'Algérie.
     Son divorce d'avec Lydia fut prononcé un an plus tard. Une page était tournée.

II               AU  CANADA


Arrivée au Canada : Mesrine et Jeanne X. devisent gaiement ( ci-dessus ) ; dans quelques semaines seulement, ils secoueront le pays de leurs expéditions criminelles.

Mesrine et sa complice s'installèrent d'abord paisiblement
dans leur nouvelle vie outre-atlantique ; mais, défiant toute
prudence, ils se lancèrent bientôt dans une orgie
de crimes qui feront du Français l'un des

malfaiteurs les plus haïs au monde.
 
     Mesrine ne reprit pas ses activités criminelles dès son arrivée au Canada. Il trouva tout d'abord un emploi sur un chantier de construction, puis il se fit engager comme chauffeur. En fait, il souhaitait étudier le terrain avant de se lancer dans des aventures plus risquées.
     
Enlèvement
     
     Le premier crime commis par Mesrine dans le Nouveau Monde fut plus une question d'opportunité et de vengeance que de préméditation et d'appât du gain. Le 7 mars 1969, Jeanne et lui étaient entrés au service de Georges Deslauriers, un riche homme d'affaires qui ne pouvait se déplacer qu'à l'aide de béquilles. Mesrine avait été engagé en tant que cuisinier et chauffeur, alors que Jeanne devenait gouvernante. Le couple logeait dans la maison du gardien, sur le vaste domaine de Deslauriers à Saint-Hilaire, dans les faubourgs de Montréal.
     Rien ne prouve que Mesrine ait eu dès le départ l'intention de dépouiller son employeur. En tout état de cause, à la suite d'une violente querelle ayant opposé Jeanne à un autre employé, le vieux jardinier de la maison, les deux Français reçurent l'ordre de quitter les lieux. Comme chaque fois qu'il était renvoyé ou exclu, Jacques était malade de rancœur : " Je ressentis ce licenciement comme une injustice ".
     Le couple repartit à Montréal, où Mesrine mit au point un plan pour enlever Deslauriers et en tirer rançon. Pour ce faire, il s'adjoignit les services d'un jeune Français, Michel Dupont. 
     Une nuit, alors que les malfaiteurs savaient que le milliardaire serait seul, Jeanne conduisit Mesrine et Dupont à Saint-Hilaire.
     Deslauriers fut jeté dans la voiture et conduit à Montréal. Mesrine avait laissé une note à l'intention du frère de la victime exigeant une rançon de deux cent mille dollars canadiens. Mais le frère ne se présenta pas à l'endroit convenu et en rentrant à leur appartement, les ravisseurs découvrirent que leur captif s'était échappé.
     Mesrine et Jeanne s'enfuirent tous deux jusqu'au port de Percé, à quelque huit cents kilomètres de là. Dupont fut arrêté après avoir stupidement regagné son domicile de Montréal. A Percé, les fuyards louèrent une chambre au motel des Trois-Sœurs, où ils se firent passer pour des touristes belges. Ils lièrent d'amitié avec la propriétaire, Evelyne Le Bouthillier, qui les invita à plusieurs reprises chez elle. Le 29 juin 1969, selon l'accusation, le 26, selon eux, Mesrine et Jeanne quittèrent le motel et prirent la route du Québec. Le 30 du matin, Evelyne Le Bouthillier fut retrouvée morte, étranglée.
 
     Peu après, Mesrine et sa maîtresse franchissaient la frontière des Etats-Unis à bord d'une voiture de location à destination de Dallas, dans le Texas, où ils avaient des amis. Sur les indications fournies par Dupont, ils furent arrêtés et ramenés à Montréal le 23 juillet 1969 pour y répondre de l'enlèvement de Deslauriers et du meurtre d'Evelyne Le Bouthillier. Mesrine nia avec véhémence l'accusation de meurtre, se considérant offensé qu'on pût le soupçonné d'avoir tué une femme sans défense.
     Dans l'attente des procès, Mesrine fut emprisonné à Percé. Aussitôt, il décida de s'évader. Il confectionna d'abord une sorte de couteau à partir de l'anse d'un quart en aluminium affûtée contre un mur. Le 17 août 1969, il maîtrisa un gardien et l'enferma dans une cellule. Dans la mesure où seuls trois gardiens étaient en service le soir, Mesrine n'eut aucune difficulté à traverser la prison pour rejoindre Jeanne X., qui elle-même avait déjà "neutralisé" sa gardienne. Le couple eut même le temps de dérober de la nourriture avant de s'enfuir en passant par la cour où se déroulait habituellement la promenade.
     Une fois hors de la prison, ils se rendirent vite compte que le plus dur était à venir. L'unique route praticable traversait d'épaisses fôrets : sous une pluie battante ils ne progressèrent qu'à grand-peine ; et au matin, une équipe de poursuivants se mit en chasse, accompagnée de chiens.
     La partie était jouée et perdue...

" Argent, pouvoir, position
sociale... ce ne sont rien

que d'autres formes de
terrorisme "
JACQUES MERSINE

 
     Peu après s'ouvrait le procès pour enlèvement. Mesrine et Jeanne X. plaidèrent coupables et furent condamnés respectivement à dix et cinq années de réclusion. Le procès concernant le meurtre, qui s'ouvrit le 18 janvier 1971, fut plus controversé. Les avocats de la défense purent démontrer l'inconsistance des éléments avancés par les proches de la victime. Par exemple, un bijou que l'accusation affirmait appartenir à la victime depuis quinze ans se révéla n'avoir été commercialisé... que depuis trois ans. Le jury bascula en la faveur des accusés et Mesrine et Jeanne furent acquittés.
     Mesrine fut alors ramené dans le bloc de haute sécurité du pénitencier Saint-Vincent-de-Paul à Laval, afin d'y purger la peine infligée pour l'enlèvement. Cet établissement, fleuron du système pénitentiaire canadien, avait été tout spécialement construit en 1968 pour accueillir les prisonniers soupçonnés de vouloir s'évader. Soixante-cinq gardiens y surveillaient soixante-deux détenus. Pas de fenêtres, grilles commandées électroniq-
uement, plafonds des cellules en verre incassable, la surveillance s'opérant par en dessus, lumière constante, sorties de gaz dans chaque cellule pour mater les prisonniers révoltés, miradors pourvus d'armements sophistiqués : de l'avis de tous, il était imposs-
ible de s'évader de Saint-Vincent.
     Cependant, le lundi matin particulièrement, les gardiens dans les miradors avaient tendance à somnoler... Et le 21 août 1972, Mesrine et quatre autres hommes quittèrent, presque benoîtement, en ayant juste coupé un peu de grillage, l'Unité Spéciale de Correction du pénitencier, à l'heure de la promenade. L'un fut repris, mais les autres atteignirent l'autoroute toute proche où ils réquisitionnèrent deux voitures pour s'enfuir à vive allure.
     Cette évasion spectaculaire fit la une des journaux et déclencha un débat national sur la sécurité des prisons.

     Mesrine regagna Montréal où il retrouva Jean-Paul Mercier, un autre évadé du 21 août. Ce dernier purgeait, au moment de sa fuite avec Mesrine, une peine de 24 ans pour tentative de meurtre et enlèvement. Comme Mesrine, il avait déjà une évasion à son actif.
 

 
     Les   risque-tout
 
     Le 28 août, soit une semaine seulement après leur évasion, les deux hommes attaq-
uèrent  la Toronto Dominion Bank à Montréal, avant de se lancer dans un projet d'une audace folle qui marquait un tournant dans la carrière de Mesrine : attaquer Saint-Vincent. Son séjour lui avait insufflé la haine des quartiers de haute sécurité, tout entiers construits pour détruire les prisonniers : aussi avait-il décidé de retourner à la prison pour délivrer les détenus.
     Cependant, en approchant de la prison, le 3 septembre, Mesrine, Mercier et l'amie de celui-ci, Lizon, s'aperçurent que des gardiens supplémentaires avaient été postés tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'enceinte. Malgré tout, Mesrine ouvrit le feu contre une voiture de police, dont les occupants ripostèrent immédiatement, alors que Mercier tirait sur les gardes. Les trois complices renoncèrent à leur projet et s'enfuirent.

Double   meurtre
 
Le complice le plus redoutable que Mesrine se fût jamais attaché fut Jean-Paul Mercier, un tueur impitoyable. Ensemble, ils tuèrent les deux gardes forestiers.


     Quelques jours plus tard, ayant découvert dans la grande forêt qui s'étend au nord de Montréal un endroit reculé où ils
pensaient n'être pas dérangés, les fugitifs passèrent une 
     
agréable après-midi à s'exercer au tir contre des cibles de     
carton. Mais, sur le chemin du retour, ils furent interpellés pour
un contrôle de routine par deux gardes forestiers, Médéric Côté
et Ernest Saint-Pierre. En ouvrant la malle arrière de la voiture,
ceux-ci découvrirent un assortiment d'au moins douze armes à
feu chargées. Les deux gardes réalisèrent alors qu'ils avaient
devant eux les évadés de Saint-Vincent, recherchés par toutes
les polices du pays. Un instant plus tard, ils gisaient tous deux, abattus. Pour s'assurer qu'ils étaient bien morts, Mesrine logea une balle dans la tête de chacun d'eux. Les tueurs s'emparèrent alors des pistolets des gardes ainsi que d'un fusil trouvé dans leur camionnette. Ils recouvrirent les deux cadavres de feuilles et les abandonnèrent au bord d'une piste de terre, où on les découvrit le surlendemain. Ces deux paisibles gardes forestiers n'avaient jsuqu'à ce jour fatal eu affaire qu'à des braconniers.


Vers   le   sud

 
     Malgré la mobilisation de la police, les deux meurtriers retournèrent à Montréal. Mesrine réussit à faire passer une lettre à Jeanne X. en prison lui proposant de l'aider à s'évader. Sachant Mesrine recherché pour meurtre, elle refusa et décida de purger sa peine.
     Les deux meurtriers ne se terrèrent pas longtemps. Quelques jours après la tuerie, ils dévalisèrent une banque.
     Trois jours plus tard, ils l'attaquaient de nouveau. C'était là pure provocation de la part de Mesrine. En fait, celui-ci n'avait pas apprécié la grimace d'une caissière au moment où ils quittaient la banque. Cette fois, ce fut elle qui dut vider les caisses et Mesrine la menaça d'une troisième visite en cas de grimace récidiviste.
     Finalement, Mesrine et Mercier décidèrent de se rendre aux États-Unis, d'où ils pourraient gagner l'Amérique du Sud. Ils ne voyagèrent pas seuls. Mercier était accompagné par Lizon, Mesrine par sa nouvelle maîtresse, Joyce D. Cette jeune fille de dix-neuf ans avait rencontré Jacques alors qu'il se dissimulait sous l'identité de Bruno Dansereau, et n'avait pas tardé à succomber à son charme.   
     Bénéficiant de l'aide de ses anciens amis de l'OAS, Mesrine n'eut pas de mal à se procurer les faux papiers nécessaires à leur cavale.

    
Joyce D. était issue d'une famille nombreuse, qui vivait dans une respectable banlieue de Montréal. Lors d'une soirée organisée non loin de la ville, elle rencontra Mesrine, après son évasion de prison. Elle avait dix-neuf ans, il en avait dix-sept de plus. Enivrée par la vie flamboyante que semblait mener Mesrine, elle l'accompagna aux États-Unis, au Venezuela, puis en France. Elle resta sa compagne jusqu'après son évasion du Palais de justice le 6 juin 1973.
     Prise du mal du pays, et doucement mais fermement écartée par Mesrine qui attendait le retour en France de " Janou ", elle retourna au Canada. Elle y fut condamnée à vingt-trois mois de prison pour sa participation à l'évasion de Mercier.
     Lorsqu'elle revint en France en 1978 pour rendre visite à Mesrine alors en prison, elle fut arrêtée et jugée pour avoir utilisée de fausses pièces d'identité.

 

Nouvelles   frontières
 
     Au Venezuela, le petit groupe s'installa dans une luxueuse villa non loin de Caracas. Toutefois, Lizon devant subir une intervention chirurgicale, Mercier dut la raccompagner au Canada. Peu après, Mesrine apprit qu'Interpol était sur sa trace et que sa sécurité n'était plus assurée au Venezuela. Ne sachant plus où se cacher, en décembre 1972, Mesrine et Joyce s'envolèrent pour l'Espagne, où ils louèrent une voiture avant de rentrer tranquillement en France.
 
III       LA   TRAQUE



De retour en France, le filet s'est lentement resserré autour
de Mesrine. Mais la presse, faisant écho à ses déclarations
irrévérencieuses, contribua à tisser la légende de ce
criminel hors du commun.

 
     Le retour furtif de Mesrine à Paris, à l'issue de près de cinq années passées sur le continent américain, fut comme un retour à la maison. Bien qu'il fût recherché par toutes les polices du monde, Mesrine voulut éblouir Joyce en lui faisant visiter la ville, en lui achetant de nouveaux vêtements au chic " parisien ", et en l'emmenant dîner dans les plus grands restaurants.
     Dans le même temps, il brûlait de retrouver son ancien rythme de vie ; pour cela, il lui fallait en premier lieu découvrir de nouvelles planques, puis y entreposer vêtements, vivres et armes. Chaque fois qu'il le pouvait, Mesrine s'efforçait de disposer de plusieurs bases de repli, pour le cas où une planque s'avérait dangereuse. Tout cela était bien sûr très onéreux, aussi Mesrine ne tarda-t-il pas à reprendre la ronde des " casses " et des attaques à main armée.
     Du fait de son activité débordante - Mesrine commit plus d'une douzaine de hold-up dans les seuls deux premiers mois de 1973 - une mobilisation massive de la police devenait inéluctable.

 

L'arsenal de Jacques Mesrine comprenait 23 pistolets, revolvers, mitraillettes, fusils de chasse, carabines et grenades.

     Pourtant c'est une imprudence de Mesrine qui le fit repérer. Le 5 mars, il entra au bar " Le Dixie ", près de la place de la Madeleine, un bar d' " indics " avec le propriétaire duquel il avait un vieux contentieux à régler. L'affaire tourna mal : tandis que Mesrine brisait les bouteilles et les glaces derrière le comptoir tout en menaçant les clients de son Colt .45, un policier tenta d'intervenir ; Mesrine ouvrit le feu et le blessa grièvement.

A son retour du Canada, Mesrine se dota d'un équipement impressionnant. " Vous savez bien que je ne ferais pas de mal à une mouche ", déclara-t-il un jour à un policier.

     Mesrine parvint à s'enfuir en braquant un taxi. La police, sous les ordres du commissaire Tour, sut profiter de l'agitation provoquée par l'affaire. En filant les proches du criminel, elle put localiser sa planque. Les policiers se postèrent alors devant l'appartement, que Mesrine louait à un juge ( c'était le genre de plaisanterie qu'il appréciait ), et attendirent.
     Le 8 mars, ils surprirent Mesrine dans le hall, alors que celui-ci revenait de faire quelques achats. L'opération fut réalisée avec rapidité et efficacité, sans effusion de sang. Grand seigneur, Mesrine offrit même le champagne aux policiers quand ils montèrent à l'appartement pour se saisir de Joyce.
     Après son arrestation, l'attention du grand
public pour Mesrine s'éveilla : dans son appart-
ement du 1, rue Pierre Grenier, les policiers avaient découvert un véritable trésor, argent liquide, traveller's chèques, faux passeports et armes à feu. Au cours de son interrogatoire,
Mesrine prétendit de plus avoir commis trente-neuf meurtres.
     Dès qu'ils se mirent à enquêter sur ces crimes, les policiers se montrèrent sceptiques. Toutefois, ces fanfaronnades étant parvenues à la presse, le nom de Mesrine se retrouva à la une. Un mythe venait d'éclore. Mesrine lui-même s'empressa d'amplifier la légende par ses bravades. Alors qu'on l'emmenait à la prison de la Santé, il se tourna vers le commissaire Tour et lui lança : " Vous voulez parier que dans trois mois je serai dehors ? "
     Prévoyant, Mesrine avait déjà procédé à une reconnaissance des lieux au tribunal de Compiègne, où il savait qu'il devrait comparaître s'il était arrêté.

Mesrine ne négligea aucun moyen pour faire connaître ses vues, il envoya de nombreuses lettres aux autorités et à la presse.

     Le 6 juin 1973, il y fut effectivement amené pour répondre d'une accusation mineure ( celle d'avoir six ans plus tôt émis des chèques sans provision ). Un complice avait introduit un pistolet Luger dans les toilettes des avocats. Après l'avoir récupéré, Mesrine prit le juge en otage. Le malheureux fut traîné dans la cour du palais de justice, où un ami de Mesrine attendait au volant d'une Alfa Roméo. Relâchant son otage, Mesrine se rua sous une grêle de balles vers la voiture. Il fut blessé au bras, mais son chauffeur parvint à gagner la ferme iso-
lée qui avait été choisie pour refuge.
     Mesrine avait gagné son pari.
     Moins de quinze jours plus tard, Joyce, qui avait été libérée en mai, avait rejoint Mesrine et ils s'installèrent tous deux dans un appartement de Trouville. Son dégui-
sement, pour une fois très élaboré, rendait Mesrine pres-
que impossible à identifier : cheveux courts, barbe épaisse, vêtements sport qui ne correspondaient pas à l'image que la presse présentait de lui.
     En septembre, ayant appris que Jeanne X. serait transférée du Canada en France, il se sépara de Joyce qui repartit dans son pays. Peu après, il rentra à Paris pour y accomplir de nouveaux hold-up.
     Il avait mis au point une tactique qui consistait à exécuter ses vols à main armée par paires : il attaquait le même jour successivement deux endroits différents. Le 27 septembre 1973, lors d'un premier hold-up, le numéro d'immatriculation de la voiture à bord de laquelle Mesrine et ses complices s'enfuyaient fut relevé ; les policiers repérèrent le véhicule au moment où la deuxième attaque était en cours. Mesrine s'échappa, mais l'un de ses hommes fut blessé et le chauffeur, inexpérimenté, Pierre Verheyden, arrêté. Il allait fournir aux enquêteurs de nombreux renseignements décisifs.
    
" Je ne suis pas un ennemi public.
Je suis l'ennemi des banques.
J'ai mangé la galette,
pas la Mère-Grand ni le
petit chaperon rouge "
MESRINE à son procès en 1977

     Sur ses indications, les policiers se dirigèrent vers la planque de Mesrine, rue Vergniaud. Une unité de tireurs d'élite de la brigade antigang prit position autour de l'appartement. Le commissaire Robert Broussard, responsable des opérations, ordonna à ses hommes d'investir l'immeuble et somma Mesrine de se rendre. Ayant compris qu'il était cerné, Mesrine accepta, après avoir gagné suffisamment de temps pour brûler certains documents compromettants dans l'appartement, où il disposa son arsenal comme l'aurait fait un soldat attendant l'inspection de son supérieur. Encore une fois, il offrit le champagne... Cette reddition théâtrale était à l'évidence destinée à s'attirer les sympathies complaisantes.   Bientôt, les affabulations au sujet de Mesrine monopolisèrent la une des journaux. Mesrine en profita pour poursuivre quatre organes de presse en justice pour diffamation : il espérait à cette occasion pouvoir comparaître, cette fois comme plaignant, en correctionnelle - il aurait pu, alors, en battant le rappel de complice et amis, réitérer le coup de Compiègne. Mais les procédures françaises sont interminables, aussi abandonna-t-il ces voies tortueuses vers l'évasion. Trois ans et demi allaient s'écouler avant qu'il ne pénètre à nouveau dans une salle de tribunal.   

Tous   en   scène
 

Les avocats de Mesrine durant son procès du mois
de mai 1977
     Durant cette longue attente, Mesrine rédiga une autobiographie, l' Instinct de Mort. Simultanément, il mit sur pied un projet de réforme pénitenciaire.
     Mesrine rongeait son frein en prison.
     Lorsque le 3 mai 1977 son procès s'ouvrit enfin, il se comporta comme un grand acteur effectuant un retour triom-
phal sur les planches à l'issue d'une longue absence. Il joua son rôle avec talent, devant des journalistes et un pubic subjugués.
     Les correspondants de presse notèrent à quel point il arborait l'air confiant et énergique d'un chef militaire. Mesrine lançait des clins d'oeil aux journalistes, flirtait avec une avocate. Lorsque lecture fut faite de la liste de ses faux passeports et papier d'identité, il se tourna vers le juge Charles Petit et lui dit qu'il pouvait en faire confectionner à son nom pour le lendemain matin. D'un air triomphant, il extirpa de son nœud de cravate un moulage en plâtre des clefs de ses
menottes.
     Mesrine jeta joyeusement le moulage dans la foule, qui laissa éclater son enthousiasme. Le juge en fut moins amusé. Condamné à vingt ans de réclusion criminelle, Mesrine n'en perdit pas pour autant le moral : il était bien décidé à ne pas purger toute sa peine.

Le président Petit allait devenir la cible du criminel.

IV   EN   CAVALE

Mesrine avait décidé que les murs de la prison étaient trop
étroits pour lui. Au fond, il savait que la fin était proche ;
mais il avait des comptes à régler et il ferait tout pour finir
« en beauté »

 
8 mai 1978 : la police boucle la quartier de la prison de la Santé, à Paris, après l'évasion de Mesrine et d'un autre détenu ( ci-dessus ). Cette spectaculaire évasion ne se fit pas sans dommages. Mesrine tira sur les gardiens et déclencha une fusillade. Le troisième et dernier homme à franchir le mur, Carman Rives ( ci-dessous à droite ), fut abattu par les gardiens.
     La prison de la Santé, à Paris, où Mesrine était enfermé, avait la réputation d'être de celles dont on ne s'évade pas. En effet, nul n'avait jamais réussi à s'enfuir de ses murs ; de plus, un nouveau quartier de haute sécurité (QHS) venait d'y être construit : c'est là que Mesrine allait désormais devoir survivre. Et pourtant...
     Le 8 mai 1978 au matin, Mesrine fut conduit au parloir pour une rencontre de routine avec maître Christiane Giletti, l'un de ses avocats. Il éloigna d'abord le gardien en l'envoyant à la recherche de documents. En son absence, Mesrine bondit sur une chaise,
ôta la grille d'un conduit de ventilation et en tira des pistolets, des pastilles de gaz lacr-
ymogène, un couteau et une corde d'alpiniste.
     Dehors, à proximité, un complice, François Besse, avait déjà maîtrisé un gardien ; il rejoignit Mesrine qui lui donna une arme puis se précipita vers le prétoire voisin. Après que les gardiens présents eurent été délestés de leurs armes, de leurs papiers et de leurs clefs, les deux prisonniers revêtirent en hâte l'uniforme bleu marine des gardiens de prison. En passant, ils s'adjoignirent un troisième larron, Carman Rives, un prisonnier nouvellement arrivé à la Santé qui se trouvait là.
     Dans la cour, les faux gardiens ordonnèrent à un ouvrier qui travaillait là de placer son échelle contre le mur extérieur de la prison ( dix jours auparavant, remarquant que des ouvriers installaient de nouvelles grilles aux fenêtres des cellules, Mesrine avait modifié ses plans en conséquence ). Ce n'est qu'en voyant des " gardiens " escalader le mur que les gardes de l'enceinte se rendirent compte que quelque chose clochait. Les premiers coups de feu éclatèrent alors que les candidats à la belle redescendaient, à l'aide d'un grappin et de la corde, de l'autre côté, vers la liberté. Carman Rives fut tué, mais Mesrine et Besse parvinrent à s'enfuir. Toujours vêtus de leurs uniformes d'emprunt, ils firent signe au conducteur d'une Renault blanche de s'arrêter, puis, après l'avoir éjecté de son véhicule, ils prirent le chemin d'un appartement qui les attendait dans le quartier des Invalides.

 
" Je sais que ça finira mal.
Le folklore et le champagne, c'est fini.
Désormais, il n'y a plus rien que
la guerre "
JACQUES MESRINE

 
     A la santé, on découvrit que le conduit d'aération du parloir contenait encore un autre pistolet, une grenade et un poignard. Le grappin de Mesrine avait été dissimulé derrière les rayons d'une bibliothèque, dans une salle adjacente. A l'évidence, les évadés avaient bénéficié d'une aide considérable. Seulement de l'extérieur ?
     La presse s'en donna à cœur joie : le président Giscard d'Estaing lui-même fit connaître son déplaisir. Une chasse à l'homme de grande ampleur fut lancée.
     Le 27 mai, à vingt-trois heures, Mesrine et Besse entrèrent d'un pas assuré dans le commissariat de police de Deauville et, se présentant comme étant eux-mêmes des policiers, ils demandèrent à voir le sous-brigadier Charon, qu'ils savaient absent. En fait, ils étaient venus évaluer le nombre des policiers susceptibles d'intervenir cette nuit-là.
     Au sortir du commissariat, les fugitifs se rendirent donc tout droit au casino. Après avoir utilisé leurs cartes du ministère de la Justice ( dérobées lors de leur évasion de la Santé ), ils parvinrent à accéder au bureau du caissier, où, sous la menace de leurs pistolets, ils exigèrent qu'on leur remît l'argent présent. L'alarme fut déclenchée : lorsque Mesrine et Besse entreprirent de quitter le casino, la police les attendait. Les malfaiteurs tentèrent de fuir en tirant des coups de feu ; ils furent tous deux blessés ( deux passants furent également touchés ) mais ils réussirent à s'échapper.

 
En   4è   vitesse
 
     S'ensuivit une course poursuite effrénée dans la campagne normande ; la première voiture des fugitifs tomba en panne, ils en volèrent une autre. Un nouvel échange de coups de feu, alors qu'ils franchissaient en force un barrage de police, provoqua l'éclatement du radiateur : devenu incontrôlable, le véhicule des bandits versa dans un fossé. Mesrine et Besse se mirent à courir à travers champs, s'abritant sous des arbres.
     Ils prirent finalement en otages les occupants d'une ferme isolée, qu'ils forcèrent à les emmener en direction de Paris. Ils parachevèrent leur cavale dans un canot à rames, puis à bord d'une nouvelle voiture volée.
     Mesrine justifia son coup de main suivant, un hold-up effectué contre l'agence du Raincy de la Société Générale, par un souci de justice. Cette banque avait en effet reçu une importante compensation prélevée sur le montant des droits d'auteur que Mesrine aurait dû tirer de son livre. A cette époque, Mesrine adressa au directeur de la banque une missive vengeresse l'accusant de voler son argent et lui conseillant de ne considérer cette somme que comme un prêt involontaire... et temporaire.
     Puis Mesrine voulut s'attaquer au juge Charles Petit, qu'il considérait responsable de sa condamnation à vingt années de prison. Il avait en vue de se servir de l'enlèvement de ce personnage éminent du monde judiciaire pour donner le plus grand retentissement possible à sa campagne contre les quartiers de haute sécurité.
     Besse ne voulut pas entendre parler de cette affaire, aussi Mesrine dut-il s'adjoindre deux recrues inexpérim-
entées. L'un des proches du juge parvint à alerter la police ; Mesrine ne dut qu'à la chance de pouvoir s'enfuir. Sa tentative d'enlèvement suivante allait être mieux préparée. Pressé par le besoin d'argent, Mesrine résolut de s'attaquer à un riche industriel, Henri Lelièvre.

Mesrine enleva Henri Lelièvre à son domicile ( ci-dessus ).

 
     Le rapt d'Henri Lelièvre ( ci-contre )
futle dernier crime d'envergure
de Mesrine.
Celui-ci manifestait une préférence
croissante pour l'enlèvement,
qu'il jugeait moins périlleux
que les autres mode du crime.
En outre, Mesrine avait besoin d'un
" coup " lucratif pour pouvoir ensuite
se terrer : la vie en cavale était
onéreuse, et il était parfaitement
conscient du fait que le
filet policier se resserrait.
 
     Lelièvre et Mesrine parl-
èrent longuement durant
l'attente qui précéda le
versement de la rançon.
La victime reconnut
l'intelligence de son ravis-
seur et prétendit qu'il
aurait pu devenir un homme
d'affaires prospère s'il avait
choisi de poursuivre une
carrière de banquier plutôt
que celle de " braqueur ".
     Le 21 juin 1979, se faisant une fois encore passer pour des policiers, Mesrine et son acolyte demandèrent au vieil homme de les accompagner au poste de police local pour les aider dans le cadre d'une enquête de routine ; ils purent l'entraîner ainsi vers une maison qu'ils avaient louée dans la région de Blois. Les négociations autour de la remise de la rançon durèrent plus d'un mois. Les policiers parvinrent à contrecarrer la première tentative de versement et furent bien près de capturer le complice de Mesrine. Cependant, après des menaces répétées, le fils de Lelièvre effectua un paiement clandestin, qui aboutit à la libération du vieil homme. La police n'apprit qu'à ce moment l'implication de Mesrine dans l'enlèvement.

A   bout   de   souffle
 
     La rançon, de six millions de francs, permit à Mesrine de reprendre son souffle. Durant l'été 1979, il se rendit en Italie, et peut-être en Algérie. Toutefois, Mesrine savait que les billets de banque provenant de l'enlèvement d'Henri Lelièvre étaient marqués : une fois blanchie, la somme dont il disposerait serait réduite dans d'importantes proportions. De retour à Paris à l'automne 1979, Mesrine se trouva contraint de reprendre sa carrière sans cesse plus dangereuse de pilleur de banques.
     La tension de la vie en cavale ne se relâchait plus jamais ; Mesrine savait bien qu'il n'y avait qu'une issue possible : jamais il ne retournerait en prison.

THEATRE   DE   MORT

 

Mesrine était très fier de son arsenal ( ci-dessus )
    
     Après la mort de Mesrine, un journal le décrivit comme une vedette surestimée, victime de sa réputation gonflée à l'excès. Il est certain que Mesrine n'avait aucune envie de partager l'anonymat dont se satisfont la plupart des malfaiteurs, avant tout soucieux de n'être pas pris. Il recherchait au contraire le feu des projecteurs et sa manie de collectionner les coupures de presse se rapportant à sa personne, n'était pas sans rappeler ces acteurs si sensibles que tracassent les dernières critiques.
     On pourrait peut-être y voir le contrecoup de la solitude qu'il avait ressentie lorsqu'il avait été séparé de son père, pendant la guerre, puis durant ses années d'internat, ou bien une tentative pour se gagner de nouveau des louanges telles que celles reçues pour ses " exploits " en Algérie. Quand un jour, un journal le traita de faux baroudeur, sa réponse ne se fit d'ailleurs pas attendre : " Mon papier militaire en Algérie et mes décorations pourraient vous prouver le contraire... mais je ne suis pas fier d'avoir combattu pour le colonialisme d'une France en retard d'une guerre. Il est vrai que pour vous, " les seuls baroudeurs " sont ceux des milices patronales, et bien, je vous les laisse. ".

 
Vers   l'abîme
 
     Mesrine avait l'instinct grégaire. Toutes ses activités favorites supposaient une compagnie - soirées, sorties dans les boîtes de nuit, dîners dans les meilleurs restaurants, jeu au casino. Elles exigeaient aussi du " style ". Mesrine se montrait très difficile quant à la coupe de son costume, au physique de ses compagnes, à la qualité des mets et des boissons.
     Pour sa propre sécurité, il ne pouvait se permettre de faire confiance à de nombreuses personnes. Pourtant, il émanait de lui une chaleur humaine, un magnétisme que remarquèrent ses gardiens de prison, et même certaines de ses victimes. De la part de ses amis, il savait obtenir respect et loyauté sans faille.
     Quand, au fil du temps, Mesrine dériva vers le défi ouvert et conscient aux figures d'autorité et aux grandes institutions telles que les banques, la Justice ou la prison, cela lui valut l'approbation muette de nombreux citoyens pourtant respectueux des lois. Lorsque ses évasions spectaculaires eurent suscité l'intérêt accru de la presse, les tentatives de Mesrine pour manipuler sa propre image publique s'amplifièrent : il accomplit des gestes théâtraux ( allant jusqu'à offrir du champagne aux policiers ), des actes de pur défi ( il se présentait à ses victimes, demeurait trop longuement sur la scène d'un méfait, entrait dans les commissariats de police, etc... ) qui appelaient le désastre autant que les gros titres.
     Il n'en reste pas moins que le face-à-face vertigineux et inexpiable que Mesrine provoqua entre lui et la police laisse supposer au-delà d'un théatralisme pas toujours drôle, une haine brutale de la société dans son ensemble. Fait significatif, si Mesrine n'éprouva aucun remords pour le meurtre des gardes forestiers canadiens ( " nous étions en guerre, toutes les polices voulaient notre peau et l'avaient crié sur toutes les ondes de radio depuis l'attaque du pénitencier. Nous venions de donner notre réponse. Ni pitié, ni remords... " ), il manifesta ses regrets à l'égard du fils d'Ernest Saint-Pierre, âgé de douze ans, en pleurs devant la tombe de son père : " Pouvait-il comprendre que du jour où son père
avait accepté de porter une arme, il était devenu lui-même un tueur légalisé. La loi autorise à tuer, elle ne fournit pas de gilet pare-balles. Je n'avais aucun remords... mais beaucoup de regrets. " Ce n'est qu'en oubliant l'homme pour ne voir que le garde, agent passif et nuisible de la société, que Mesrine pouvait faire face aux conséquences de ses actes.
     Ce n'est donc pas sans logique que Mesrine en vint à se faire le plus violent dénonciateur de la prison et, plus spécialement, des régimes de détention spéciaux comme les Q.H.S. : " faits pour détruire ", ils font des détenus " des fauves criminels ".
     Personne ne sait si Mesrine s'est jamais interrogé sur l'aspect cruel latent de
sa propre personnalité.

V            LA   FIN


Le commissaire Broussard ( ci-dessus, barbu ) partage avec ses hommes le soulagement de savoir que la carrière de Mesrine est enfin terminée.

Le président Giscard d'Estaing lui-même estima que
Mesrine constituait un danger pour la sécurité de l'État.
Les plus brillants cerveaux de la police unirent alors leurs
efforts pour capturer cet homme connu pour son audace et
son goût pour les armes.

 
     Au début du mois d'août 1979, les autorités françaises prirent une initiative décisive. Une équipe spécialement chargée de lutter contre Mesrine fut créée sous la direction de l'un des policiers les plus haut placés de France, le commissaire Maurice Bouvier. Celui-ci était désormais chargé de coordonner les efforts des trois unités spécialisées dans la lutte contre le grand banditisme, et de tenter ainsi d'éliminer les rivalités qui opposaient habituellement ces différents services.
     Ces trois services étaient l'OCRB ( Office Central de Répression du Banditisme ), de Lucien Aimé-Blanc, la BRI ( Brigade de Recherche et d'Intervention - l' "anti-gangs " ) du commissaire Broussard et la BRB ( Brigade de Répression du Banditisme ) dirigée par
Serge Devos.

 
Premier   résultat
 
     Moins d'un mois après sa création, la nouvelle unité parvint à suivre sa première piste sérieuse. Le 10 septembre, un journaliste de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute, Jacques Tillier, fut découvert blessé par balles.
Jacques Tillier.

     Attiré dans un guet-apens, il avait ainsi été "puni" pour "trahison" par Mesrine dans une grotte à Fleurines, entre Senlis et Creil. Ce dernier alla jusqu'à envoyer des photos de sa victime martyrisée à Libération, assorties d'accusation quant à ses liens avec la police. De fait, Tillier en avait effectivement - par le passé, il avait été inspecteur à la DST ( Direction de la Surveillance du Territoire ).
     Au cours de l'interrogatoire poussé auquel fut soumis Tillier, un indice important fit surface : Mesrine avait un complice. D'après Tillier, cet homme était selon toute vraisemblance lui aussi
un ancien détenu des Q.H.S., où il aurait rencontré Mesrine, et il avait un accent marseillais ; ces éléments, s'ajoutant à une description physique assez précise, permit aux policiers de parvenir à identifier Charlie Bauer.
     Il fallut encore un mois pour retrouver la trace de Bauer. D'abord, il fallut identifier sa maîtresse ; le 24 octobre on trouva la voiture de celle-ci, non loin de la gare Saint-Lazare ; finalement, l'amie de Bauer vint récupérer l'automobile : dès lors, leur appart-
ement de la rue Saint-Lazare fut repéré et placé sous surveillance constante.


 
     Une semaine plus tard, Bauer mena les policiers rue Belliard, dans le quartier de Montmartre. Sous le regard des policiers en faction, Mesrine ne tarda pas à quitter l'immeuble en compagnie de son innocente compagne du moment, Sylvie Jeanjacquot. Il était déguisé en vieillard et marchait à l'aide d'une canne, mais les policiers eurent immédiatement la conviction qu'ils avaient enfin trouvé leur homme.
     Ils entamèrent la filature, et suivirent ainsi Mesrine et ses amis dans leur promenade au marché du boulevard Ornano. Ils firent un peu de lèche-vitrine, quelques achats dans une boutique d'ameublement puis, après s'être arrêtés dans un autre magasin afin d'essayer des chaussures, ils regagnèrent leur base de la rue Belliard.

C'est une femme policière âgée de vingt-cinq ans, Mireille Balestrazzi ( ci-contre ), qui mit sur pied l'embuscade en collaboration avec le commissaire Broussard.

     Les policiers hésitaient quant à la manière d'aborder Mesrine, qu'ils savaient armé. Lors de sa dernière interview, accordée à Paris Match, il s'était délibérément laissé photographier avec deux revolvers à la ceinture. On savait aussi qu'il avait pour habitude de porter sur lui des grenades.
     En outre, Mesrine avait à maintes reprises souligné sa volonté de n'être jamais repris. Dans sa dernière interview, il manifestait une fois encore son refus de se rendre et de retourner en prison. Il se déclarait prêt à tirer, quand bien même des innocents se fussent trouvés sur son chemin. S'il disait ne pas vouloir tirer le premier, il affirmait que son cadavre ne serait pas le seul sur le trottoir.
     En conséquence, l'immeuble fut placé sous surveillance ; une longue attente commença. Les occupants des autres appartements furent discrètement évacués. Des policiers en civil, hommes et femmes, se déguisèrent en balayeurs, en employés du gaz, en livreurs, en ménagères ou en prostituées. Les nerfs de  chacun étaient à vif. Une journée entière s'écoula sans que personne ne sorte. Les policiers se demandaient s'il fallait ou non prendre l'appart-
ement d'assaut.
     Le vendredi 2 novembre, quelques minutes avant
quinze heures, Mesrine et Sylvie apparurent enfin. Il était vêtu d'un blouson de cuir et portait une valise. Elle serrait contre elle un caniche nain à la toison blanche. Ils partaient en week-end.
     Ils montèrent dans une berline BMW marron et s'éloignèrent. Ils s'engagèrent sur la place de Clignancourt, non loin du marché aux Puces. Un camion bleu, au chargement recouvert d'une bâche, leur coupa la route en tournant à droite, après avoir indiqué son changement de direction. Un autre camion vint bloquer la BMW par l'arrière.
     Soudain, la bâche du camion bleu fut rabattue, révélant des tireurs d'élite de la police. Sans sommation, ils ouvrirent le feu : une salve de balles à haute vitesse initiale transperça le pare-brise. Mesrine fut tué sur le coup. Son corps s'affaissa sur le volant.
     Sa main pendait vers le sac noir posé à ses pieds, qui contenait ses grenades. Une voiture vint se placer à côté de la BMW. Un homme se pencha à sa fenêtre et tira une balle dans la tête de Mesrine.
*Sylvie Jeanjacquot

     Sylvie Jeanjacquot était grièvement blessée. Elle s'extirpa du siège du passager et fit quelques pas mal assurés avant de s'effondrer sur le pavé. Une ambulance l'emmena vers l'hôpital Boucicaut, où l'on annonça bientôt que sa vie n'était pas en danger.

    
 
    
Dans   la   rue
 

     Accourue des rues avoisinantes, la petite armée des policiers qui avaient participé à l'opération boucla rapidement le quartier pour en interdire l'accès à la foule qui déjà s'assemblait. L'humeur était à la jubilation et au soulagement parmi les policiers : certains se donnaient l'accolade.
     Le corps de Mesrine, retenu par la ceinture de sécurité, demeura plus d'une heure dans la voiture. Nul ne  semblait vouloir le toucher, comme si personne ne voulait croire que la traque était enfin terminée.
     Une foule de quatre cents curieux s'amassa derrière les barrières, jouant des coudes pour voir. Arriva la fille de Mesrine, Sabrina, âgée de dix-huit ans ; bientôt, un policier dut emmener la jeune fille, en larmes. Finalement, à seize heures vingt, la police enleva le corps de Mesrine. Broussard, son vieil adversaire, aida à le soulever hors de la voiture. Un message fut transmis à la préfecture de police pour annoncer que Mesrine avait été tué et qu'aucun policier n'était touché.

 
Dernières   paroles
 
     Trois jours plus tard, on apprit qu'une bande magnétique enregistrée par Mesrine peu avant sa mort avait été découverte au cours de la fouille dans son appartement. Elle était adressée à Sylvie Jeanjacquot et contenait un message d'adieu et d'amour. Mesrine y expliquait qu'il savait que les flics finiraient par l'avoir, qu'il avait mené la vie qu'il souhaitait, qu'il ne regrettait rien et qu'il était résolu à vendre chèrement sa peau : " Ma mort n'est pas plus stupide que si j'étais mort au volant d'une voiture, ou chez Usinor (... )."
 
DÉNOUEMENT
 

 
L'enterrement de Mesrine attira des dizaines de personnes. Une femme dit de lui qu'il était " l'un des derniers grands anarchistes ". D'autres rappelaient simplement son charme.
♦ Mesrine fut inhumé une semaine après sa mort, à Clichy. Deux cents personnes assistèrent à la messe de requiem célébrée pour le repos de son âme.
♦ La police et le gouvernement étaient satisfaits d'avoir mis un terme aux activités de Mesrine, mais le public ne leur en sut pas gré. D'aucuns estimèrent que l'ultime opération de police évoquait par trop les exécutions pratiquées par les gangsters.
♦ La mère et la fille de Jacques Mesrine tentèrent sans succès de poursuivre en justice les autorités policières pour homicide volontaire.
♦ Deux jours après l'enterrement de Mesrine, des explosions frappèrent deux prisons et un commissariat de police. Un correspondant anonyme revendiqua ces attentats au nom du " Comité Jacques Mesrine ".
♦ Les policiers se montrèrent intrigués de ce que les habitants du quartier n'aient pas reconnu Mesrine dans son ultime repaire, celui de la rue Belliard ; en effet, son visage était alors très célèbre. Certains se souvinrent avoir vu un homme tranquille qui portait chaque jour une perruque différente ; un serveur de café déclara qu'il ne posait jamais de questions ; un marchant de journaux gratifia les enquêteurs d'un sourire énigmatique, mais il ne dit rien.

 
*INTERVIEW de SYLVIE JEANJACQUOT

" Pour Mesrine, j'ai tout quitté sans hésiter.
Et grâce à lui, j'ai connu l'amour fou ".

 
     En évoquant Jacques Mesrine, " l'amour de sa vie ", Sylvia Jeanjacquot, bientôt 60 ans, a la voix qui pétille comme celle d'une jeune fille. Loin des récits de gangster, son livre est avant tout celui d'une femme amoureuse : " Il y avait deux Jacques Mesrine. Le premier, l'ennemi public n° 1, était un homme dangereux, qui avait choisi consciemment la marginalité et la criminalité. Et l'autre, Jacques, était un homme amoureux, fleur bleue et romantique. Je parle de cet homme et je souhaite à toutes les femmes d'en rencontrer un.
 
" On a connu la misère,
bien loin des clichés de ciné... "

 
     Rien ne prédisposait cette jeune femme sans histoire, inconnue des services de police à sceller son destin au truand le plus recherché des années 70. Rien, excepté l'amour. " J'ai rencontré Jacques en mai 1978. Enfin, c'est lui qui m'a trouvée. A l'époque, je travaillais comme barmaid dans un bar d'hôtesses à Pigalle. Je n'en ai aucune honte. Mais cela ne signifie pas, comme le laisse entendre ce film diffamatoire* produit par Thomas Langmann, que j'étais prostituée et alcoolique. Ma vie me convenait parfaitement et pourtant j'ai tout quitté du jour au lendemain pour lui.  J'ai fermé mon compte en banque, plaqué mon boulot, fait mes adieux à ma famille et surtout à ma fille unique... J'entrais dans la clandestinité par amour pour un homme en cavale avec toute la police de France aux trousses. " 

     Sylvie sait qu'elle ne pourra jamais rebrousser chemin. " Avec lui, j'étais heureuse en permanence, du matin au soir. Et pourtant, on a aussi connu la misère, bien loin des clichés de cinéma sur le train de vie des gangsters. "
     Jacques Mesrine est mort au volant de sa voiture dans une fusillade le 2 novembre 1979. La police, qui le pistait depuis des jours, lui a tendu un guet-apens, porte de Clignancourt, à Paris. Ce jour-là, Sylvia, assise à ses côtés, devait fêter ses 28 ans. Triste anniversaire. Elle sera retrouvée agonisante, le corps criblé de balles. Miraculée, elle s'en sortira après de lourdes opérations, mais y perdra son oeil gauche.
     " J'étais la compagne de l'ennemi public n° 1. A sa mort, toute la haine que les autorités nourrissaient envers lui s'est retournée contre moi." Accusée de complicité de kidnapping, elle risque entre dix et quinze ans de prison. Son avocat, Me Juramy, obtient l'acquittement devant les assises de Paris en 1982. " Pourtant, j'étais complice, avoue-t-elle. Une femme de voyou, ça reste à la maison. Pour eux, tant que tu n'es pas passée entre les mains de la police, on ne sait pas ce que tu vaux vraiment. Mais Jacques me faisait une confiance absolue. "
     Sans prendre une part active aux opérations, Sylvia a assisté à tous les préparatifs. Aujourd'hui grand-mère de trois petits-enfants, elle mène une vie paisible, très loin du banditisme. De sa vie avec Mesrine, il ne lui reste que des souvenirs. " La police a tout saisi, je n'ai plus aucune photo. "
     Seul trésor, le testament sonore de Jacques : " à remettre à Sylvia en cas d'accident ". Un enregistrement inédit. Pendant quinze minutes, il lui fait ses adieux :
          " Bonjour mon amour, il est certain que si tu écoutes cette cassette, c'est que je ne suis plus. Mais oui ma puce, ton mari est mort abattu par les policiers, mais ça nous le savions déjà. Mon plus beau cimetière, ma plus belle cellule, c'est ton cœur et j'y suis bien, et je tiens à y rester aussi longtemps que tu penseras à moi et que tu m'aimeras. J'ai vécu ce que très peu d'hommes ont vécu, c'est-à-dire un amour complet ".
     Une cassette qui ne la quitte jamais. Comme un talisman, Sylvia la porte toujours contre elle, jamais bien loin du cœur.

Cinéma et télévision
  • 1980 : Inspecteur La Bavure de Claude Zidi, avec Coluche et Gérard Depardieu.
    Morzini, le personnage interprété par Gérard Depardieu est directement inspiré de Jacques Mesrine.
  • 1983 : Mesrine d'André Génovès, avec Nicolas Silberg.
    Ce film se concentre sur les évènements ayant suivi son évasion de la prison de la Santé, jusqu’à ce qu'il soit tué par la police, Porte de Clignancourt à Paris. Mesrine avait refusé que L'Instinct de mort soit repris au cinéma, ce qui explique que le film Mesrine commence après son évasion de la prison de la Santé.
  • 2006 : Chasse à l'Homme, téléfilm d'Arnaud Sélignac, avec Serge Riaboukine, Richard Berry, Jacques Spiesser
    Les principaux évènements de la fin de la cavale de Mesrine, tirés du livre du commissaire Lucien Aimé-Blanc (interprété par Richard Berry) et de Jean-Michel Caradec'h : l'enlèvement du milliardaire Henri Lelièvre, la rivalité entre services (la BRI de Robert Broussard), le guet-apens de
    Jacques Tillier, les filatures, la fusillade fatale.
  • 2008 : Mesrine, Fragments d'un Mythe, film documentaire de Philippe Roizes
  • 2008 : Mesrine, diptyque de Jean-François Richet :
    • L'Instinct de mort avec Vincent Cassel, Gérard Depardieu, Cécile de France, Roy Dupuis...
      Celui-ci reprend les événements allant de la fin de son service en Algérie à la mort de Jean-Paul Mercier.
    • L'Ennemi public n°1 avec Vincent Cassel, Gérard Lanvin...
      Celui-ci reprend les événements allant de son retour en France à sa mort, porte de Clignancourt.

Musique

De nombreux artistes marqués par le jusqu'au-boutisme de Jacques Mesrine et par sa haine du système et de la société, lui dédient plusieurs de leurs chansons ou y incluent des allusions à sa vie. Mesrine a également été sacralisé par des membres des mouvements punk et hip-hop français, qui ont vu en lui l'anarchiste exemplaire, l'homme sans concessions.

  • Renaud : Il lui a dédié son album Marche à l'ombre ainsi qu'une chanson "Buffalo Débile".
  • Trust : Plusieurs chansons de ce groupe français de hard rock font référence à Jacques Mesrine, notamment Le mitard (1980), dont les paroles sont de Mesrine lui-même, et qui comporte au début comme à la fin un enregistrement de la voix du criminel. La chanson Instinct de mort (1980) fait également référence à Mesrine et au désastre humain que représente le système pénitentiaire.
  • Mesrine : Ce groupe de grindcore québécois est allé jusqu'à prendre le nom de Mesrine comme nom de groupe.
  • IAM, Al K-Pote, Fonky Family, Médine dans sa chanson Don't Panik, Sinik, Sefyu, Sniper, Stomy Bugsy, Monsieur R, Seth Gueko, Zed, Mafia K'1 Fry, Les Spécialistes, Youssoupha, Ideal J dans les morceaux Hardcore et J'ai mal au cœur, ainsi que de nombreux groupes et artistes issus de la scène hip-hop française font également référence au célèbre gangster.
  • Pekatralatak : dans l'album Mort au punk (2001), un morceau s'intitule L'Instinct de mort et fait référence à Mesrine.
  • Bolchoï : dans leur album punk/Oi! sorti en 2004, il est fait référence à Mesrine dans la chanson Silence Armé 1+2.
  • La Souris déglinguée : Dans l'album Mékong, sorti en 2005, une chanson, intitulée Nous sommes tous, parle entre autres de Jacques Mesrine.
  • Jacques Higelin : chanson Lettre à la petite amie de l'ennemi public n°1, sur l'album No man's land.
  • Rohff à écrit une chanson en rapport à lui nommée "Pas de héros", et fait également allusion à lui dans le morceaux Paris.
  • Monsieur R : Dans le morceau Ennemi public n°1 sorti en 2005, des extraits d'interviews de Jacques Mesrine sont utilisés avant et après chaque couplet du rappeur.
  • Pierpoljak : Dans sa chanson Je descends le Bar, Pierpoljak y fait une référence.
  • Sinik : fait référence à Jacques Mesrine dans sa chanson "Il faut toujours un drame" sortie en 2006.
  • Brigada Flores Magon : Ce groupe de Oi! dédie la chanson Héros et Martyrs a plusieurs personnes, dont Jacques Mesrine.
  • Mac Tyer : Ne me parle pas de rue fait référence à Jacques Mesrine (« Le suspect numéro 1 a changé depuis Mesrine »).
  • Taktika dans la chanson Qu'est-ce que tu voulais qu'il se passe ? mentionne Jacques Mesrine.
  • Oeil pour Oeil Célèbre groupe de Oi! parisien dédie une chanson, Mesrine, à Jacques Mesrine.
  • L'album Mesrine réalisé par White&Spirit sortie en octobre 2008, avec Rohff, Kery James, Seth Gueko, Akhenaton, IAM, X-MEN, TLF, Nessbeal, Tunisiano, Rim-K, Lino (Arsenik), Rockin' Squat et de nombreux autres artistes.
  • Undercover Slut fait référence à Jacques Mesrine dans la chanson "Legalize Homicide".
  • Ombre rouge reprend la chanson de Trust écrite par Mesrine Le mitard (1980).
  • Tunisiano : Dans la bande originale du film L'Instinct de mort, le titre Arrête-moi si tu peux (2008)
  • Mister You : Dans Lettre Au Président, « Pour l'instant j'fume de la weed en pensant à Mesrine vers Clignancourt ».
  • Nessbeal : Amour éternel fait référence à la cassette posthume laissée à sa dernière compagne Sylvia Jeanjacquot.
  • Ideal J : Hardcore (« Hardcore comme ce qu'essaya d'entreprendre Jacques Mesrine ») J'ai mal au cœur (« De les contraindre à nous écouter. De l'atteindre comme Mesrine l'a fait. Et si tu l'fais sois décidé car ils te tueront, N'attendront pas que tu sois décédé mais t'assassineront »).
  • Rockin' Squat : Sur l'album Mesrine, sur le morceau Les gangsters ne vivent pas longtemps (feat. Wyme) (« Quand ce n'est pas la guerre des gangs, c'est l'État qui assassine »).
  • Soprano : Tant que Dieu. Dans cette chanson, le rappeur français fait référence à « la poésie de Mesrine ». « Bing Bang, demande à Jacques Mesrine ».
  • Tristan-Edern Vaquette : Dans Manifeste, « Quant à choisir Mesrine ou Cyrano, je prends Lacenaire, assassin mégalo ».
  • Olivier Béranger : Dans On a tiré sur Jacques Mesrine.
  • 113 : Dans la chanson Marginal « On peut pas tenir en laisse Marginal, unis comme Francois Besse et Jack Mess ».
  • Fabe : Dans sa chanson L'emmerdeur public n°1, Fabe fait référence au statut qu'avait Mesrine à l'époque.
  • Despo Rutti : Dans L'Avocat Du Diable.
  • Ol Kainry : Dans Questions universelles « Pourquoi quand mon cœur devient noir je suis prêt à braquer comme Mesrine ? ».
  • Mokless : Dans Le temps d'une balle, il raconte l'histoire de Mesrine.
  • Sexion d'assaut : Un des membres de ce groupe de rap a choisit comme nom de scène "Black Mesrimes" en hommage a Jacques Mesrine.
  • Joekois (democrite) : " dur a m'avoir à la Jack mess " .

Bibliographie

Jacques Mesrine

  • 1977 : L'Instinct de mort, Jean-Claude Lattès, rééd. Champ Libre, 1984
    En 1984, Gérard Lebovici, fasciné par le caractère libertaire de Jacques Mesrine, décide de rééditer L'Instinct de mort. Parallèlement, il prend sous sa coupe sa fille, Sabrina Mesrine, et lui offre sa protection. Le livre sort doté d'une préface de Gérard Lebovici dans laquelle il fustige la nouvelle loi qui confisque à jamais les droits d'auteurs des personnes ayant publié un récit des crimes pour lesquels elles sont détenues, ainsi que l'attitude du précédent éditeur de Mesrine, Jean-Claude Lattès. Lebovici affirme dans sa préface que Mesrine était devenu pour les Français de l'époque le parfait symbole de la liberté et affirme le « redoutable honneur » que représente pour Champ Libre le fait d'être l'éditeur de Mesrine. Gérard Lebovici sera assassiné peu de temps après dans un guet-apens resté mystérieux.
  • 1979 : Coupable d'être innocent, Stanké

Autres auteurs

  • Jocelyne Deraîche, J'ai tant aimé Mesrine, Stanké, 1979
  • Jeanne Schneider, Je n'ai pas le droit à l'oubli. Il était une fois Janou et Jacques Mesrine, Hachette, 1980
  • Sylvia Jeanjacquot, L'instinct de vie, 18 mois de cavale avec Mesrine, Flammarion, 1988
  • Charlie Bauer, Fractures d'une vie, éditions du Seuil, 1990
  • Faisant allusion à l'assassinat de Jacques Mesrine, Roger Langlais et Bernard Pécheur intitulent leur présentation du numéro 7 de L'Assommoir « Le poison des prochaines années » (1985).
  • La chasse à l'homme. La vérité sur la mort de Jacques Mesrine Lucien Aimé-Blanc et Jean-Michel Caradec'h, Éditions Plon, 2002
  • Emmanuel Farrugia, Code TL 825, Éditions DIE, 2003 (Inspecteur divisionnaire à l'OCRB qui débusqua Mesrine.)
  • Jacques Nain, Mesrine, ennemi public numéro 1 : Pour rétablir la vérité, France Europe Éditions, 2006
  • Mathieu Delahousse, François Besse, la métamorphose d'un lieutenant de Mesrine, Flammarion, 2006
  • Jean-Marc Simon, Jacques Mesrine dit le Grand, biographie en deux volumes, Jacob-Duvernet, 2008
  • Jean-Emile Néaumet, Philippe Randa, Mesrine l'indompté, Dualpha, 2008
  • Michel Laentz, Dossier Mesrine, City Éditions, 2008
  • Michel Ardouin, Mesrine, mon associé, Les éditions du Toucan, 2008
  • Martine Malinbaum, Mesrine intime, Le Rocher, 2008
  • Guy Adamik, Mesrine, la dernière cavale, Flammarion, 1984 (réédité en 2008)
  • Mesrine, Fragments d'un mythe, Philippe Roizès & Anne-Claire Préfol, Flammarion, 2009
Anecdote:  Lui-même prononçait son nom Mérine, mais les médias français ont popularisé la prononciation du « s », soit Mèsserine.
     
    
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