Nom : Theodore Robert Bundy
Alias : Le tueur de collègiennes
Date de naissance : 24 novembre 1946
Classification : Tueur en série
Caractéristiques : Viol
Nombre de victimes : + de 14
Date de meurtres : 1973 - 1978
Date d'arrestation : 15 février 1978
Méthode de meurtre : Attaque avec barre de fer - Strangulation
Lieu : Washington-Colorado-Utah-Oregon-Floride-Idaho-Vermont, USA
Statut : Executé le 24 janvier 1989

I         LES   FAITS
 

Par une chaude journée d'été, en 1974, un homme pénétra dans
un parc public très fréquenté et attira deux jeunes filles dans un
piège mortel. Ce n'était pas la première fois que le tueur frappait,
mais c'était la première fois que des témoins le voyaient et
l'entendaient.


Seattle (ci-dessus) est situé sur un isthme entre l'Océan Pacifique et le lac Washington. Au milieu des années 70, la présence du tueur, dont on ne connaissait que le portrait-robot, terrorisait la ville.

 
     Seattle est une ville agréable de la côte ouest des Etats-Unis. Ses avenues sont bordées d'arbres et il y règne une atmosphère de détente. Comparé à celui d'autres villes américaines de taille équivalente, le taux de criminalité y est faible. Un des problèmes cependant auxquels la police doit faire face est la fréquence des agressions sexuelles.
     Seattle est une ville universitaire, qui fourmille de jolies étudiantes. Nombre d'entre elles cohabitent dans des maisons anciennes, très peu protégées. Un crime survenu le 4 janvier 1974 sembla particulièrement étrange à la police.
     Sharon Clarke partageait une maison avec plusieurs étudiants. Comme elle ne s'était toujours pas montrée en milieu d'après-midi, le 5 janvier, des amis descendirent jusqu'à sa chambre, au sous-sol, pour voir si elle faisait la grasse matinée. Ils trouvèrent Sharon inconsciente, le visage en sang. On l'avait frappée à la tête avec un instrument contondant, une barre de fer arrachée au cadre du lit. Elle n'avait pas été violée, mais on lui avait enfoncé la barre de fer dans le vagin, ce qui avait provoqué des déchirures.
     Après une semaine de coma, Sharon finit par se rétablir mais, souffrant de lésions cérébrales, elle fut incapable de fournir le moindre renseignement utile aux enquêteurs. La police supposa que l'agresseur avait regardé Sharon se déshabiller par la fenêtre, puis, trouvant sa porte déverrouillée, s'était introduit chez elle.

 
Le   mystère   s'épaissit
 
Huit ans avant les meurtres de Seattle, Bundy, âgé de 19 ans, s'était inscrit à l'université de l'Etat de Washington (ci-contre), pour étudier le chinois et la psychologie.

     Quelques semaines plus tard, la colocataire de Lynda Ann Healy, une étudiante de 21 ans, entra dans la chambre de la jeune fille pour voir pourquoi son réveil sonnait encore à 8h30. Lynda était étudiante en psychologie à l'université de Washington. Elle travaillait aussi pour la radio locale, elle lisait le bulletin sportif relatif au ski en début de matinée. Elle devait pour cela se lever à 5h30. Lorsque la jeune fille avec laquelle elle partageait l'appartement
vit son lit soigneusement fait, elle pensa que Lynda était déjà sortie.
     Ce n'est qu'au soir, lorsque les parents de Lynda, invités à dîner, arrivèrent, que quelqu'un tira les couvertures et vit que les draps et la taie étaient tachés de sang. Dans la penderie, la chemise de nuit, également maculée, pendait à un cintre. Mais il n'y avait aucune trace de Lynda.
     Selon toute apparence, l'agresseur s'était introduit au sous-sol et avait assommé la jeune fille. Il lui avait alors enlevé sa chemise de nuit, probablement pour lui mettre des vêtements, et avait refait le lit. Si son intention avait été seulement de la violer, il aurait pu le faire sur le champ. L'homme semblait donc avoir voulu prendre son temps, sans doute pour pouvoir jouir d'un sentiment de possession.
     Quelques jours plus tard, un inconnu téléphona à la police et déclara que l'agresseur de Sharon Clarke et celui de Lynda Ann Healy ne faisaient qu'un. Selon cet inconnu, un homme avait été vu rôdant autour des deux maisons. La police ne parvint jamais à identifier l'auteur de cet appel.
     Au mois de mars suivant, Donna Manson, 19 ans, quitta son dortoir, sur le campus d'Evergreen, au sud-ouest de la ville d'Olympia, pour se rendre à un concert de jazz. Elle ne revint jamais, de même que Susan Rancourt, Roberta Kathleen Parks, Brenda Ball et Georgann Hawkins.
     A la mi-juin de l'année 1974, six jeunes filles s'étaient volatilisées. Georgann avait disparu alors qu'elle faisait à pied le court trajet - à peine 100 mètres - entre la résidence universitaire de son petit ami et la sienne.
     Au début juillet, la police de Seattle se demandait qui serait la septième victime. La réponse fit la une des journaux dans tout le pays. Le 14 juillet, deux jeunes filles disparurent du parc national de Lake Sammamish. Mais cette fois, le kidnappeur avait été vu par plusieurs témoins. Le parc, situé à 20 km à l'est de Seattle, était un lieu de pique-nique très prisé. La journée était chaude et le parc était bondé. Vers midi, une jeune fille, Doris Grayling, fut accostée par un homme aux cheveux ondulés qui avait un bras en écharpe.

     Celui-ci lui demanda si elle voulait bien l'aider à charger son bateau à bord de sa voiture. Elle l'accompagna jusqu'à son véhicule, une Volkswagen marron. Il dit alors que le bateau se trouvait un peu plus loin dans les collines. Ne voulant pas suivre un inconnu, elle s'excusa et partit.
     Dans l'heure qui suivit, l'homme aborda une jolie blonde nommée Janice Ott, allongée seule au bord du lac. Quand il lui demanda de l'aider à charger son bateau, elle l'invita à s'asseoir pour bavarder. Des gens, à quelques mètres de là, entendirent l'homme se présenter sous le nom de Ted. Ils remarquèrent qu'il avait un accent, peut-être canadien ou même britannique. Ils discutèrent de voile
pendant dix minutes, et lorsque la jeune femme déclara " Ce doit être amusant, la voile. Je ne sais pas en faire ", il lui proposa de lui apprendre. Ils se mirent en route. Elle ne regagna jamais sa place sur la plage.
     A peine deux heures plus tard, Denise Naslund, 19 ans, quitta un instant ses amis pour se rendre aux toilettes. Comme elle mettait du temps à revenir, ses amis pensèrent qu'elle devait bavarder avec quelqu'un. Quatre heures après, ils décidèrent de signaler sa disparition à un garde forestier du parc.

La même approche

     Le jour suivant, les policiers apprirent que l'homme au bras en écharpe avait abordé plusieurs jeunes filles, leur demandant, à chaque fois, de l'aide pour porter son bateau. L'une d'elles avait refusé de le suivre, quelques minutes seulement avant la disparition de Denise Naslund. Le dénommé Ted ayant été vu et entendu par bon nombre de gens, les journaux de Seattle purent publier des descriptions et un portrait du suspect. La police reçut plusieurs appels affirmant que l'homme ressemblait à un étudiant de l'université de Washington, Ted Bundy. L'un de ces appels émanait d'une vieille amie de Bundy, Ann Rule, et un autre, de Meg Andrews, sa petite amie depuis quatre ans.
     Mais Bundy n'était qu'un suspect parmi des centaines d'autres. Il y en eut bientôt 3 500. Au départ, il était même sans doute l'un des moins plausibles. C'était en apparence un jeune homme convenable, amical.
    

 

 

      Il avait milité pour des campagnes électorales et travaillé pour la commission criminelle, ainsi que pour les services de planification du ministère de la Justice. Qui plus est, il semblait très improbable qu'un homme sur le point d'enlever une victime utilise son véritable nom, surtout devant des témoins. Le dossier Bundy se retrouva donc tout en bas d'une longue liste de suspects.          
 
" Je veux maîtriser la vie et
la mort... Que représente
une personne de moins à la
surface de la terre, de
toute façon "

THEODORE BUNDY

 

Ossements   humains
 
    
Nick Mackie, le commissaire de police du comté de King, consultant la liste de noms des suspects. Le nom de Theodore Bundy venait après 3 500 autres noms.

    
  Le 6 septembre 1974, des chasseurs découvrirent des os humains dans un sous-bois, à 3 km à l'est du parc de Lake Sammamish.
On put identifier, grâce à l'analyse des dentitions, les restes de Janice Ott et de Denise Naslund. Il y avait également un os de la hanche appartenant à un troisième corps, mais il fut impossible de l'identifier.

     Les mois passèrent et les meurtres de Seattle semblèrent avoir pris fin. Par une coïncidence bizarre, une série similaire allait débuter à Salt Lake City. Ted Bundy venait de s'y installer, en vue d'étudier le droit à l'université de l'Utah.

 

UN CHARME MORTEL

Lynda Ann Healy, 21 ans, kidnappée le 31 janvier 1974.

     Après ses deux premières agressions, le meurtrier avait besoin de trouver une méthode plus sûre et plus facile que celle consistant à pénétrer ches ses victimes pour les prendre au piège.
Bien que la première victime, Sharon Clarke, survécût, l'assassin fut taraudé par le désir de recommencer.
     Sa deuxième proie, Lynda Healy, y laissa la vie. Ce fut sans doute après son premier meurtre qu'il réalisa que tuer était une part essentielle de l'acte sexuel tel qu'il le concevait.
Donna Gail Manson, 19 ans, disparue le 12 mars 1974.

     Donna Manson disparut un samedi, par une pluvieuse soirée de mars. Six jours passèrent avant que la police ne soit alertée, et il n'y avait plus aucun indice.
     La nouvelle technique de l'agresseur était efficace. Il la remit rapidement en pratique. La police trouva un premier indice lorsqu'une étudiante signala un incident étrange qui s'était produit cinq jours avant la disparition de Susan Rancourt. Un homme grand et séduisant, qui avait un bras en écharpe, avait laissé tomber des livres qu'il tenait à la main. Il avait prié la jeune fille de l'aider à les porter jusqu'à sa voiture, une Volkswagen marron garée près de là. Il lui avait demandé d'ouvrir la portière et de monter, mais elle avait refusé et s'était éloignée précipitamment.
     Trois jours plus tard, il avait essayé la même méthode avec une autre étudiante, qui avait également refusé de monter dans la voiture.
Susan Rancourt, 18 ans, enlevée le 17 avril 1974.

     Peu après, Susan Rancourt, une étudiante en biologie, sortit d'une réunion pour aller retrouver un de ses amis au cinéma. L'homme dût l'intercepter et utiliser le même subterfuge pour la persuader de monter dans la voiture.
     Il lui fracassa la tête avec une barre de fer, et la viola avant de jeter son corps dans les bois.
Roberta Parks, 22 ans, disparue le 6 mai 1974.

     Moins de trois semaines plus tard, le 6 mai 1974, Roberta Kathleen Parks, une étudiante en théologie comparée, disparut alors qu'elle allait rejoindre des amis au syndicat étudiant de l'université de l'Oregon. Le tueur avait parcouru 400 km depuis Seattle pour que le crime ne soit pas relié aux autres.
Brenda Ball, 22 ans, enlevée le 1er juin 1974.

     Les amis de Brenda Ball dirent l'avoir vue pour la dernière fois alors qu'elle parlait à un homme séduisant, portant un bras en écharpe, devant un bar près de l'aéroport de Seattle.
     Cette méthode d'enlèvement s'étant avérée efficace, elle fut utilisée à de nombreuses reprises, parfois avec de subtiles variations.
Georgann Hawkins, 18 ans, enlevée le 10 juin 1974.

     Des étudiants signalèrent qu'ils avaient vu un inconnu avec des béquilles, portant une serviette, dans les parages du dortoir où Georgann Hawkins avait disparu.
     Une étudiante avait vu l'homme faire tomber son porte-document plusieurs fois et lui avait demandé de l'aide. Mais elle avait tenu à téléphoner d'abord dans un des dortoirs. A son retour, l'homme s'était volatilisé.


     Deux mois plus tard, l'invalide au bras en écharpe avait enlevé deux jeunes filles : Janice Ott, 23 ans, kidnappée le 14 juillet 1974 (ci-contre à gauche)  et Denise Naslund, 19 ans, disparue le 14 juillet 1974.

     L'agresseur choisissait sa proie avec soin. Les victimes se ressemblaient toutes : une vingtaine d'années, minces et séduisantes, avec des cheveux longs et plutôt foncés, séparés par une raie au milieu. Toutes étaient étudiantes et d'une intelligence supérieure à la moyenne.
     C'était comme si le tueur, avec son allure séduisante et ses manières charmeuses, voulait prouver qu'il pouvait attirer les femmes les plus intelligentes et les plus belles.
     En septembre 1974, les restes de Janice Ott, de Denise Naslund et d'une troisième victime non identifiée furent retrouvés à 3 km à l'est du parc de Lake Sammamish.
     Six mois plus tard, à 15 km, un étudiant trouva le crâne de Brenda Ball. Une fouille approfondie révéla les restes de Susan Rancourt, Roberta Parks et Lynda Healy.
     Les corps de Manson et Hawkins ne furent jamais retrouvés.

LES   ORIGINES

Theodore Bundy fit ses débuts dans la vie
sans grand éclat. Il était timide et
immature dans ses relations,
et conservateur dans ses idées.
    




 
Ted, âgé de 17 ans. Jeune adolescent, il était élève au collège Hunt, à Tacoma, dans l'Etat de Washington (ci-dessous).

     

     Theodore Robert Bundy était l'enfant illégitime d'une respectable et pieuse secrétaire, Louise Cowell. Il naquit dans un foyer pour mères célibataires près de Philadelphie, le 24 novembre 1946. Sa mère l'appela "Theodore" parce que ce prénom signifie "don de Dieu". Elle refusa toujours de révéler l'identité du père.
     Louise vivait chez ses parents, et ceux-ci dirent aux voisins que Ted était leur fils adoptif. Ted grandit en croyant que Louise était sa soeur, et qu'il était un bébé arrivé sur le tard. Son grand-père, maraîcher à la retraite, était un homme tyrannique qui terrorisait toute la maison. Ce n'est que plus tard, lorsqu'il se rendit dans le Vermont pour y chercher un certificat de naissance, que Ted comprit quels étaient ses véritables liens avec Louise.

Ted, âgé de 19 ans.
    
     Quand Ted eut quatre ans, sa mère décida de prendre un nouveau départ et elle s'installa chez des amis à Tacoma, près de Seattle. Elle y rencontra un homme originaire du sud des Etats-Unis, au caractère égal, John Bundy, qu'elle épousa. John Bundy venait de quitter la marine. Il trouva un emploi de cuisinier dans un hôpital pour anciens combattants. Ted le trouvait terne et inculte, mais il ne montra jamais aucun ressentiment à son égard, pas plus qu'envers ses demi-frères et soeurs qui naquirent par la suite.

Menteur   invétéré
 
     Ted était un enfant hypersensible et timide, qui rêvait, comme tant d'autres, de fortune et de gloire. Son fantasme était d'être adopté par le cow-boy vedette Roy Rogers. Il demanda même à son oncle Jack, professeur de musique à Tacoma, de l'adopter. Très tôt, il se mit à voler et à mentir. Il obtenait des notes plutôt bonnes à l'école et s'enthousiasma pour le scoutisme. Il était servi par un physique athlétique et une certaine endurance ; plus tard, il devint un skieur hors pair.
     En première année de faculté, il était solitaire, silencieux et timide. Son désir de se singulariser l'amena à étudier le chinois.
     Vers ses 20 ans, Ted tomba éperdument amoureux d'une de ses camarades d'étude, Stephanie Brooks. Cette belle jeune fille sophistiquée venait d'une famille aisée. Ted avait déjà développé ce charme et cette classe qui séduisaient les femmes, et ils se fiancèrent.
    
     Pour impressionner Stephanie et sa famille, Ted alla étudier le chinois à la presti-
gieuse université de Stanford. Il s'y sentit seul, étant encore immature d'un point de vue émotionnel, et ses notes n'y furent guère brillantes. " Je m'étais imposé une échelle de
valeurs à laquelle je ne semblais pas être capable de me tenir. " Stephanie finit par se lasser de son immaturité et rompit les fiançailles. Cette rupture le bouleversa et il en conçut un profond ressentiment. Son frère Glenn raconta : " Stephanie l'a rendu dingue... Je ne l'avais jamais vu comme ça avant. "

La maison familiale à Tacoma, où Bundy grandit. Sa mère y vit encore avec son mari et ses quatres enfants.

     Ted prit un emploi subalterne dans le restaurant d'un hôtel et se lia d'amitié avec un drogué. Une nuit, ils pénétrèrent dans une maison abandonnée et y dérobèrent tout ce qu'ils pouvaient emporter. Ted trouva cette expérience étrangement excitante et se mit à voler à l'étalage, pour les sensations que cela lui procurait. Un jour, il entra ouvertement dans une serre, choisit un palmier de 2,50 m de haut et repartit avec l'arbre qui dépassait par le toit ouvrant de sa voiture.   
Lors d'une interview, on demanda à Louise Bundy quelle sorte de fils Ted avait été. Elle répondit : " Ted a toujours été le meilleur des fils. " Les mots lui venaient avec lyrisme, et ses mains jointes s'agitaient sur ses genoux. " Il a toujours été très attentionné. Parfois je me demandais s'il oublierait la fête des mères, avec la vie agitée qu'il menait. Mais il se débrouillait toujours pour venir avec un cadeau. " Elle se rappela son intérêt pour le droit : " Il avait toujours voulu être policier ou avocat. "

     Il se porta volontaire à plein temps pour soutenir Art Fletcher, le candidat noir du parti
républicain au poste de gouverneur-adjoint. Ted aimait le sentiment qu'il retirait de cette activité. Il avait l'impression " d'être quelqu'un ", de se mêler à des gens intéressants. En 1972, il travailla à la " Crisis Clinic ", au service d'assistance psychiatrique. Plus tard, il trouva un emploi à la commission criminelle et au service de planification du ministère de la Justice. En 1973, il se mit à étudier le droit à l'université de Puget Sound, à Tacoma.
     Quand Stephanie Brooks le rencontra à nouveau, sept ans après leur rupture, elle se montra impressionnée par ce nouveau Ted, à l'allure imposante. Ils parlèrent de mariage et passèrent le Noël de 1973 ensemble.
 
Douce   revanche

 
     Puis, Bundy la " laissa tomber ", comme elle-même l'avait fait. Quand elle l'appela pour lui demander pourquoi il ne l'avait pas contactée depuis le week-end qu'ils avaient passé, il répondit froidement : " Je ne vois pas de quoi tu veux parler ", et il raccrocha.
     Quelques semaines plus tard, comme si sa revanche avait brisé en lui quelque digue secrète, lui donnant à la fois un goût pour le pouvoir sans limite et une confiance inébranlable en lui-même, il se transforma en violeur et en meurtrier.

 
II         LA   TRAQUE

Durant l'automne 1974, six jeunes filles disparurent dans
l'Utah, à Salt Lake City, ville située à 150 km au sud-est de
Seattle. Une septième adolescente put échapper à l'agresseur
et relater les faits.

 
En  1974, Bundy étudiait le droit à Salt Lake City (ci-dessus). Il y enleva plusieurs jeunes filles. La ville, située au pied de la chaîne des Wasatch, est la capitale religieuse des mormons. Bundy adopta leur doctrine après son arrestation.

     Un bel homme s'approcha de Carol DaRonch alors que celle-ci se trouvait dans le centre commercial de Murray, une banlieue de Salt Lake City. C'était un soir humide de novembre, en 1974, et Carol, jolie jeune fille de 17 ans, faisait du lèche-vitrine. Le jeune homme se présenta comme étant de la police et lui demanda si elle avait garé sa voiture sur le parking du magasin ; elle répondit que oui.

Carol DaRonch

     Il nota son numéro d'immatriculation dans un carnet en lui expliquant que son collègue venait d'arrêter un homme qui tentait d'y entrer par effraction. Il lui demanda de l'accompagner jusqu'au parking pour vérifier que rien n'avait été volé. Tandis qu'ils marchaient dans la bruine, Carol remarqua que le policier lui laissait ouvrir la marche. Elle lui demanda alors de prouver son identité. L'homme sortit un portefeuille et l'ouvrit. Dans la pénombre qui régnait, elle entrevit quelque chose qui ressemblait à un insigne de police.
     Elle fut soulagée de constater que sa voiture n'était pas endommagée et qu'elle était toujours
fermée à clé. Elle ouvrit la porte du côté du conducteur et dit que rien ne manquait. Alors que l'homme se penchait pour vérifier l'autre porte, elle remarqua une paire de menottes qui luisait dans la poche intérieure de sa veste verte.
     L'homme expliqua que son coéquipier avait emmené le suspect dans un bureau, de l'autre côté du centre commercial, et demanda à Carol si elle pouvait l'accompagner pour faire une déposition.



Le centre commercial de Murray (ci-dessus), où Carol DaRonch fut escortée jusqu'à sa voiture par un homme prétendant être l'agent Roseland, de la police de Murray. A 19 h, le vendredi soir, le parking était quasiment désert. Personne ne les vit monter à bord de la Volkswagen cabossée. Carol se rappela par la suite que l'haleine de l'homme sentait l'alcool.     

     Le policier, qui devait avoir dix ans de plus que Carol, avait l'air si sérieux et si sûr de lui qu'elle n'osa pas lui poser de questions. Ils arrivèrent devant un petit bâtiment, de l'autre côté du centre commercial. Carol ne se rendit pas compte qu'il s'agissait en fait d'une laverie automatique. L'homme fit mine d'ouvrir une porte et annonça que son collègue avait dû amener le suspect au quartier général de la police. Il dit à Carol qu'il allait l'y conduire pour qu'elle signe une plainte.

" Ted est un jeune homme
mûr... responsable et
stable du point de vue
affectif... J'ai du mal à lui
trouver des points faibles "
UN PSYCHOLOGUE en 1972

 
     Tandis qu'ils approchaient d'une vieille Volkswagen, elle lui demanda son nom. Il se présenta comme l'agent Roseland du département de la police de Murray.
     La voiture n'avait pas vraiment l'air d'un véhicule de police. La carrosserie était rayée et cabossée, et le siège arrière avait été arraché. Dans la voiture, elle remarqua que l'haleine de l'homme sentait l'alcool. Quand il fit demi-tour et prit la direction opposée à celle du commissariat, la vague d'angoisse qu'elle ressentait se mua en terreur. Peu après, la Volkswagen tournait dans une ruelle sombre et s'arrêtait dans un crissement de pneus en buttant sur le trottoir, devant un lycée déserté.

Bundy en compagnie de Carol Bartholomew, lors d'une soirée en 1975. Elle ne soupçonna jamais sa véritable personnalité.

     Il avait fallu du temps à Carol pour comprendre que l'homme était entrain de l'enlever, mais dès qu'elle réalisa ce qui se passait, elle agrippa la poignée de la portière et l'ouvrit à toute volée. Avec une rapidité effrayante, l'homme la saisit par le poignet et lui mit une menotte. Mais, tandis qu'il essayait d'attraper le second poignet de la jeune fille qui hurlait, il fit une erreur et referma la menotte sur le même poignet. Il tira alors un pistolet de sa poche et le pointa sur la tête de Carol, la menaçant de lui faire sauter la cervelle si elle faisait encore un seul geste.
     Elle était tellement paniquée qu'elle n'y pris pas garde, et ouvrant à nouveau la portière, elle se jeta hors du véhicule. L'homme la suivait déjà, une barre de fer à la main, quand ils furent éclairés par les phares d'une voiture qui s'approchait. Carol se précipita en poussant des cris vers les arrivants, et la Volkswagen s'éloigna en accélérant.
     Une demi-heure plus tard, la jeune fille, encore hébétée, racontait son histoire à un brigadier du quartier général de la police. Celui-ci remarqua des traces de sang sur le col en fourrure blanche de la jeune fille. Ce sang provenait des égratignures que Carol avait infligées au visage de son ravisseur, et il fut recueilli pour être analysé par un médecin légiste.

Tragédie
 
     Au lycée de Viewmont, à quelques kilomètres de Murray, un public composé d'élèves et de leurs parents s'apprêtait à assister à une comédie intitulée La rousse, interprétée par le club de théâtre de l'école.
     L'enseignante chargée des cours de théâtre, Jean Graham, ressemblait beaucoup à Carol DaRonch : grande, jolie, avec de longs cheveux châtains séparés par une raie au milieu. Quelques minutes à peine avant le lever de rideau, Jean se dirigeait vers les loges, quand un homme grand, d'allure plaisante, lui demanda si elle voulait bien le suivre jusqu'au parking pour identifier une voiture.
     Jean Graham dit à l'homme qu'elle n'avait pas le temps. Elle remarqua néanmoins ses cheveux châtains ondulés, sa moustache, sa veste bien coupée, son pantalon de soirée et ses chaussures en cuir vernis. L'homme insista. a l'entracte il était toujours là, et une demi-heure plus tard, il lui demanda à nouveau de venir avec lui jusqu'au parking.
     " ça ne vous prendra que quelques secondes ", dit-il. Mais toujours aussi pressée, elle persista dans son refus.

" Il aurait dû admettre que
ce qui le fascinait, c'était la
chasse... se mettre à la
recherche de ses victimes "
THEODORE BUNDY, à propos de lui-même

 
     Dans le public, ce soir-là, se trouvait une jeune fille de 17 ans, Debbie Kent, accompagnée de ses parents. Debbie était préoccupée car elle avait promis à son frère, Blair, qu'elle passerait le prendre à la patinoire après la pièce.
Debbie Kent, âgée de 17 ans, était élève au lycée de Viewmont, à Murray, dans l'Utah. Elle fut enlevée dans le parking de l'école.

      
Mais le spectacle avait pris du retard et Blair devait s'inquiéter. Le père de Debbie se remettait à peine d'une attaque cardiaque et elle tenait à lui éviter tout tracas. Aussi décida-t-elle de s'éclipser une demi-heure avant la fin du spectacle, pour aller chercher son frère.
    Jean Graham était assise au dernier rang, satisfaite de voir le spectacle toucher à sa fin, lorsque la porte du fond de la salle s'ouvrit. L'homme qui
l'avait plusieurs fois sollicitée entra et s'assit non loin d'elle. Il respirait bruyamment, comme s'il avait couru, ce qui irrita les plus proches spectateurs. Quand le rideau tomba, il sortit précipitamment.
    
Belva Kent, éplorée, tient une photo de sa fille disparue, Debbie, probablement victime d'une agression de Bundy. Bundy avait l'habitude de hanter les parkings comme celui du lycée de Viewmont (ci-dessous), l'endroit où il prit Debbie au piège.

Tandis que l'école se vidait lentement, les parents de Debbie attendaient son retour avec une nervosité grandissante.
    Finalement, ils décidèrent de se rendre à pied chez des amis habitant à proximité. Ce ne fut que lorsqu'ils traversent le parking qu'ils s'aperçurent que leur voiture s'y trouvait toujours.
    Leur fille ne s'était donc pas rendue à la patinoire.
    Le lendemain, les policiers fouillèrent les alentours de l'école. Juste devant la porte sud, non loin du parking, ils trouvèrent une clé de menottes.
    Les habitants d'un immeuble proche déclarèrent avoir entendu des cris perçants provenant du parking, peu après 22 h, le soir précédent.
    Quand les policiers constatèrent que la clé ouvrait les menottes de l'agresseur de Carol DaRonch, ils reconstituèrent le déroulement probable des faits.
    La description que Carol avait donné du pseudo-policier et celle du jeune homme insistant fournie par Jean Graham étaient un peu trop similaires pour qu'il s'agisse d'une coïncidence.
    L'enlèvement de Carol ayant échoué, l'homme avait tenté sa chance ailleurs. Debbie kent avait été interceptée alors qu'elle entrait dans le parking.
    

     
    


   Le 11 janvier 1975, Caryn Campbell
une infirmière de 23 ans, et son
fiancé, le docteur Raymond Gadowski, un divorcé accompagné de ses deux enfants, prirent une chambre à l'auberge Wildwood, à Snowmass Village, dans le Colorado.
Caryn emmena les deux enfants skier, tandis que Gadowski assistait à un congrès de cardiologie. Le lendemain soir, ils dînèrent en compagnie d'unautre médecin.
En rentrant, ils discutèrent des mérites respectifs de deux magazines.
   De retour à l'auberge, Caryn pria Raymond d'aller chercher dans leur chambre le magazine qu'elle préférait. Il protesta qu'il était trop fatigué et lui tendit la clé.
   Vingt minutes plus tard,, Gadowski
dit : "Venez les enfants, allons voir
ce que fabrique Caryn. " Mais la
chambre était vide. Caryn Campbell
avait disparu.
   Le 17 février, l'attention d'un automobiliste fut attirée par les croassements frénétiques de corbeaux au bord d'une route. Il découvrit le corps dénudé d'une femme, allongé le visage dans la neige fondue.
   Caryn Campbell avait été violée, et tuée à coups de barre de fer derrière la tête.
     Elle avait pu crier avant d'être assommée avec la barre de fer. Pourquoi son agresseur était-il revenu dans l'auditorium? Probablement parce qu'il savait que les cris de la jeune fille avaient été entendus, et qu'il ne voulait pas être vu à ce moment-là, partant au volant de sa Volkswagen aisément reconnaissable. Il était retourné à l'école jusqu'à la fin de la pièce, puis était reparti au volant de sa voiture, avec sa victime inconsciente. Tout ceci indiquait un sang-froid exceptionnel.
 
Kidnappeur   expérimenté
 
     Debbie Kent était en fait la quatrième jeune fille à disparaître dans la région de Salt Lake City en cinq semaines.
NANCY WILCOX
Nancy, âgée de 16 ans, fut
aperçue pour la dernière fois
le 2 octobre 1974, à bord d'une
Volkswagen. Son corps ne fut
jamais retrouvé.
MELISSA SMITH
Agée de 17 ans, c'était la fille
du chef de la police de Midvale,
dans l'Utah. Elle fut enlevée le 18
octobre 1974, alors qu'elle faisait
de l'auto-stop.
LAURA AIME
Mesurant 1,80 m, Laura, âgée
de 17 ans, fut enlevée le 31
octobre 1974, après avoir
quitté une soirée pour rentrer
en auto-stop.
    
     La première victime était une majorette de 16 ans, Nancy Wilcox. Nancy s'était querellée avec ses parents le 2 octobre et elle avait accepté de monter dans la Volkswagen. On ne l'avait pas revue.
     Le 18 octobre, Melissa Smith, la fille du chef de la police de Midvale, avait quitté une pizzeria tard dans la soirée pour rentrer chez elle en auto-stop. Elle n'arriva jamais. Neuf jours plus tard, son corps nu fut retrouvé à Summit Park. Elle avait été violentée et étranglée ; son visage était tellement abîmé que, dans un premier temps, son père lui-même ne put identifier le corps.
     Le 31 octobre, Laura Aime se rendit à une surprise-partie pour la fête d'Halloween. Elle mesurait 1,80 m et avait la réputation de savoir se défendre. Vers minuit, il semble qu'elle ait accepté de monter à bord d'un véhicule. Son corps violenté et battu fut retrouvé le 27 novembre, dans les montagnes.
     Le samedi 16 août 1975, tôt dans la matinée, le brigadier Bob Hayward patrouillait dans un quartier tranquille de Salt Lake City, guettant les chauffards. Arrivé dans Brock Street, il alluma ses phares pour éclairer une Volkswagen garée là. La voiture démarra et s'éloigna à toute vitesse, les phares éteints. Hayward la suivit en déclenchant son gyrophare. Après avoir brûlé deux feux, le conducteur, comprenant qu'il ne pourrait pas distancer son poursuivant, se rangea dans une station-service déserte.

Le brigadier Robert Hayward trouva suspecte la Volkswagen qui s'éloignait à pleine vitesse à son approche. Sans le flair de Hayward, Bundy n'aurait peut-être jamais été considéré comme le principal suspect des meurtres perpétrés par "Ted".

    
Un jeune homme descendit de la voiture. Quand Hayward lui demanda ses papiers, il montra son permis de conduire, établi au nom de Theodore Bundy, habitant 565, First Avenue.
     Interrogé par le policier lui demandant pourquoi il avait tenté de fuir, Bundy expliqua de manière peu convaincante qu'il ne s'était pas rendu compte qu'il était suivi par une voiture de police. Il avait passé la soirée dans un drive-in où il avait vu La tour infernale, à Valley View. Mais Hayward se rappela être passé devant le drive-in en question, et avoir remarqué qu'il y avait trois westerns au programme. Il demanda à Bundy s'il pouvait
inspecter sa voiture.

Présumé   coupable
 
     La banquette arrière de la voiture avait été enlevée, et dans un sac ouvert jeté sur le sol, Hayward trouva un passe-montagne en tricot marron et un masque taillé dans un bas de femme, avec des trous découpés pour les yeux. Juste à côté du sac, il y avait une barre de fer et, dans le coffre, une paire de menottes. Hayward se retourna et passa les menottes aux poignets du jeune homme. " Vous êtes en état d'arrestation ", dit-il.
 
La maison du 565 First Avenue, où Bundy louait un appartement, à Salt Lake City. Des photos découpées dans des magazines décoraient les murs, et une roue de vélo qui pendait du plafond servait à suspendre des instruments de cuisine.
 
TUEUR   SANS   FRONTIERES

La course meurtrière de Bundy débuta sur la côte
nord-ouest des Etats-Unis et couvrit cinq états.
Quatre ans plus tard, elle prit fin en Floride,
au sud-est du pays.



 
     Tandis que la chasse au meurtrier de Seattle s'intensifiait, Bundy plongea les policiers dans la confusion en quittant la ville. La carte ci-contre (désolé pour la qualité) retrace sa piste meurtrière depuis Seattle (1-8), à travers l'Utah (9-14), le Colorado (15-17) et Chicago, jusqu'en Floride (18-21).
     Il fut repris après les agressions commises dans la région de Tallahassee. Il fut finalement jugé, et exécuté à la prison de Starke, en Floride.


SEATTLE UTAH COLORADO FLORIDE
1. Meurtre de  Lynda
Healy le 31.1.74
Disparition de Brenda Ball
le 1.6.74 et de Georgann
Hawkins le 10.6.74
2. Disparition de Denise
Naslund et Janice Ott
le 14.7.74
3. Découverte des corps
de Ott et Naslund le 6.9.74
4. Meurtre de Susan
Rancourt le 17.4.74
5. Découverte des corps de
Healy, Rancourt et Parks
6. Maison de la mère
de Bundy
7. Disparition de
Donna Manson le 12.3.74
8. Disparition de 
Roberta Parks le 6.5.74
9. Disparition de
Nancy Wilcox le 2.10.74
10. Enlèvement de
Melissa Smith le 18.10.74
11. Disparition de
Laura Aime le 31.10.74
12. Enlèvement de
Carol DaRonch le 8.11.74
13. Disparition de
Debbie Kent le 8.11.74
14. 1ère arrestation
de Bundy le 16.8.75


 
15. Disparition de
Caryn Campbell
le 12.1.75
16. 1ère évasion de
Bundy le 7.6.77
17. 2ème évasion de
Bundy le 30.12.77
18. Meurtres dans
le dortoir le 15.1.78
19. Disparition de
Kim Leach le
9.2.78
20. Arrestation de
Bundy le 15.2.78
21. Exécution de
Bundy le 24.1.89

III      LE   SUSPECT

Il était difficile d'imaginer Bundy, un jeune homme si
convenable, en tueur sadique. Etait-il victime d'une série
de coïncidences, comme ses amis le croyaient, ou était-il
doué d'une étonnante capacité de dissimulation ?

 
A partir de photos de suspects, Carol DaRonch identifia à deux reprises Bundy comme étant son agresseur.

    
Trois jours après l'arrestation de Bundy à Salt Lake City le 16 août 1975, plusieurs policiers se retrouvèrent pour leur réunion habituelle du mardi matin au Palais de Justice. Les hommes chargés d'enquêter sur le meurtre de Melissa Smith déclarèrent que l'affaire n'avait guère progressé, de même que ceux qui s'occupaient de la disparition de Debbie Kent.
     Un policier, Daryl Ondrak, décrivit alors l'arrestation de Bundy, le samedi précédent, et montra le masque taillé dans un bas de femme et la barre de fer. Bundy avait été libéré après avoir payé lui-même sa caution. Mais tous s'accordèrent à dire que ce suspect était sans doute sur le point de commettre un cambriolage quand il avait été arrêté.
     Un autre policier, Jerry Thompson, de la section homicide, fronça les sourcils ; le nom de Bundy lui rappelait quelque chose.
    
     De retour dans son bureau, il chercha le mince dossier au nom de Bundy que lui avait transmis un policier de Seattle, Bob Keppel. Bundy, suspecté dans l'affaire des " meurtres de Ted " l'année précédente, était maintenant installé à Salt Lake City. Mais Keppel paraissait convaincu que Bundy n'avait rien à se reprocher. L'étudiant en droit, consciencieux et titulaire d'une licence en psychologie de l'université de Washington, ne semblait vraiment pas correspondre au stéréotype de l'obsédé sexuel.
LA PETITE AMIE DE BUNDY

Après l'arrestation de Budy à Salt Lake City, des policiers interrogèrent Meg Anders, sa petite amie. Elle les avait contacté après les meurtres de Lake Sammamish. Elle pensait que Bundy était peut-être le "Ted" qu'ils recherch-
aient. Elle avait trouvé des béquilles dans la chambre de Bundy et du plâtre dans un de ses tiroirs. De plus, elle avait remarqué qu'il conservait des vêtements féminins dans sa chambre. Elle déclara aussi que Bundy sortait souvent en pleine nuit, et qu'il n'avait jamais été avec elle les nuits des disparitions.
  Qui plus est, Bundy avait acheté un livre intitulé 'Les plaisirs du sexe', et il avait insisté pour qu'ils s'essaient à la sodomie et à l'esclavage sexuel. Quand elle se réveillait la nuit, elle le supren-
ait parfois entrain d'observer son corps sous les draps.
  Mais ce qui l'inquiétait le plus, c'était qu'après l'installation de Bundy dans l'Utah, une de ses amies de Salt Lake City lui avait raconté qu'une série de crimes avait commencé là-bas aussi. Au printemps 1973, Ted fut nommé vice-président du comité central des républ-
icains de l'Etat de Washington. Meg s'
irrita qu'avec un emploi pareil Ted continue à voler. Un jour, dans une quincaillerie, il rassembla des outils et les fourra dans une boîte à outils. Elle lui demanda : " Tu ne vas pas voler ça, n'est-ce pas ? "
  " Bien sur que non ", répondit-il. Mais quelques jours plus tard, Meg vit la boîte à outils dans la voiture de Bundy.




     La barre de fer, les menottes et le masque taillé dans un bas jetaient un doute sur cette conclusion. A ce moment, la tentative d'enlèvement sur Carol DaRonch revint à l'esprit de Thompson. Elle aussi avait dû passer des menottes sous la menace d'une barre de fer, et son ravisseur, tout comme Bundy, conduisait une Volkswagen cabossée.
     Quand Bundy fut à nouveau arrêté, cinq jours plus tard, il ne parut pas particulièrement inquiet. Il connaissait suffisamment le droit pour savoir que la détention d'objets pouvant servir à un cambriolage était un délit mineur qui ne permettrait pas de prouver sa culpabilité.

Le   sursis
 
     Au cours de l'interrogatoire, Bundy fit montre du sang-froid et de l'assurance qui allaient devenir familiers aux policiers. Il déclara utiliser le bas comme cagoule contre le froid quand il skiait ; il avait trouvé les menottes dans une poubelle, et la barre de fer faisait partie de la trousse à outils de sa voiture. Il accepta que son appartement soit fouillé.
DELIT A L'AMERICAINE

Un acte classé dans la catégorie                  désagréable. Inversement une     
juridique des crimes est depuis                   condamnation à la suite d'un délit
toujours considéré comme étant                  entraîne une peine plus légère, dans
plus grave qu'un acte classé dans                une prison ouverte.
la catégorie des délits. Des infr-                  Bundy, grâce à ses connaissances
actions telles que le meurtre et le                juridiques, savait que, dans un pre-
viol tombent dans la catégorie des               mier temps au moins, il n'avait rien
crimes. Le délits sont des infract-               à craindre. La détention d'outils pou-
ions moins graves.                                  vant servir à un cambriolage était un
Aux Etats-Unis, les condamnations              délit mineur, n'impliquant qu'une
pour des crimes impliquent des pei-             punition symbolique. Bundy savait
nes de prison à purger dans une                  aussi que ce délit ne pouvait pas être
prison d'état, expérience notoirement           relié aux meurtres qu'il commettait.
    
    Bien entendu, la police ne trouva rien de suspect, Bundy ayant eu presque une semaine pour " faire le ménage ". Mais la présence de brochures touristiques sur le Colorado rappela à Thompson que plusieurs jeunes filles avaient disparu dans cette région l'année précédente. Quand il demanda à Bundy s'il s'était jamais rendu dans le Colorado, celui-ci répondit par la négative. Les brochures ainsi qu'une carte avaient été oubliées chez lui par un ami. Dans un tiroir, Thompson remarqua des reçus de carte de crédit et en glissa discrètement un dans sa poche.
     De retour à son bureau, Thompson appela la police du Colorado au sujet des disparitions. Il leur expliqua que la carte trouvée chez Bundy semblait neuve, mais que dans une des brochures, l'hôtel Wildwood, à Snowmass, avait été coché d'une croix.
     Le policier à l'autre bout du fil s'exclama : " Une fille, Caryn Campbell, a disparu de cet hôtel en janvier. On a retrouvé son corps un mois plus tard. Elle avait été violée et battue à mort. "
     Enfin, les choses semblaient progresser. Si Carol DaRonch identifiait Bundy comme son ravisseur, on pourrait engager des poursuites. Mais Thompson dut faire face à un revers inattendu. Carol avait été tellement marquée par son agression qu'elle souffrait de troubles de mémoire. Elle examina une pile de photos de criminels et voulut bien admettre que Bundy ressemblait un peu à son ravisseur. Quand des policiers l'emmenèrent voir la Volkswagen de Bundy, ils découvrirent que celle-ci avait été repeinte.
     Le 1er octobre, la chance tourna en faveur de Thompson. Bundy fut conduit au Palais de Justice pour une séance d'identification. Carol DaRonch, Jean Graham et une étudiante du lycée de Viewmont allaient tenter de reconnaître le ravisseur.

En   première   page
 
     Bundy avait rasé sa moustache, coupé ses cheveux et changé sa raie de côté, mais les trois femmes le reconnurent formellement. Plus tard dans la journée, le juge Cowans signa la demande d'inculpation au nom de Bundy pour enlèvement et tentative de meurtre.
     En 24 heures, le nom de Bundy fut connu de tous les journalistes. A ce moment-là, les restes de quatre des victimes de Seattle, Lynda Healy, Susan Rancourt, Kathy Parks et Brenda Ball, furent découverts à 30 km de Seattle dans les montagnes, à Taylor Mountain. Les implications de cette découverte étaient effrayantes. Le ravisseur avait emmené les jeunes femmes là-bas pour pouvoir prendre tout son temps, et se livrer à des violences sexuelles avant de les étrangler ou de les battre à mort. La double disparition dans le parc de Lake Sammamish avait des implications tout aussi terribles. Ted avait voulu savourer le plaisir de violenter deux victimes en même temps, violant peut-être l'une en présence de l'autre. Bundy n'était pas un criminel ordinaire. C'était quasiment un monstre. La nouvelle de son inculpation méritait la une de tous les journaux.
    Pourtant, huit semaines plus tard, il fut remis en liberté sous caution. Sa mère, convaincue de son innocence, avait emprunté l'argent nécessaire pour le faire libérer. De même, ses amis de l'université de Salt Lake City étaient persuadés que la police essayait de monter un coup contre lui. Deux anciennes petites amies de Bundy en étaient moins sûres.
Depuis cinq ans, Bundy était plus ou moins fiancé à une jeune femme de Seattle, celle-ci avait commencé à avoir des doutes en voyant les portraits-robots de "Ted" dans les journaux. Lorsqu'elle trouva du plâtre à usage médical dans un de ses tiroirs, elle téléphona à la police pour lui faire part de ses soupçons. Une petite amie de plus récente date avait aussi raconté à la police comment Ted aimait la ligoter avec des bas avant leurs rapports sexuels.
  
Des   preuves   tenues
 
Capturé après sa première évasion de prison en juin 1977, Bundy se rendit sans opposer de résistance. Mais six mois plus tard, à la fin du mois de décembre 1977, Bundy s'échappa à nouveau de la prison du comté de Garfield. Cette fois, il resta libre pendant plus d'un an. 

    
Mais ce genre de comportement ne prouvait pas que Bundy était un meurtrier. Par contre, le groupe sanguin de Bundy s'avéra être le même que celui du sang prélevé sur le col de Carol DaRonch. De plus, des mèches de cheveux trouvées dans la voiture de Bundy étaient pratiquement identiques aux cheveux de Carol DaRonch et de Melissa Smith. Si l'affaire avait eu lieu 10 ans plus tard, après la découverte des empreintes génétiques, une simple analyse de ces cheveux ou de ce sang aurait permis d'établir formellement la culpabilité ou l'innocence de Bundy. Mais en 1975, aucun de ces indices n'était concluant. Pas plus que les reçus de carte de crédit prouvant que Bundy s'était bien rendu dans le Colorado au moment où les jeunes filles avaient disparu.
En octobre, à la suite de cette seconde évasion, le F.B.I. mit Bundy sur la liste des dix fugitifs les plus recherchés, et on fit circuler une affiche " RECHERCHE PAR LE FBI ", dans tous les commissariats de police des Etats-Unis.
    
    
Quand Bundy comparut finalement devant la cour du tribunal de Salt Lake City, il devint immédiatement évident que la majorité des spectateurs présumait que la police faisait erreur. Le public ne parvenait pas à croire que cet homme à l'allure convenable, l'air franc et sachant s'exprimer clairement, soit l'auteur d'une série de meurtres. Bien que Carol DaRonch l'ai identifié, les preuves contre Bundy étaient maigres et indirectes.
     Sa ligne de défense était simple : il était victime d'une série d'incroyables coïncidences. Bundy resta crédible et convaincant jusqu'à ce qu'il prenne place dans le box des témoins, lors du quatrième jour de son procès. Il n'y avait rien à redire à sa manière de se présenter, mais il avait l'air trop persuasif, trop intelligent.
     Pour expliquer sa fuite devant la voiture de police,
il déclara à la cour qu'il était entrain de fumer de la marijuana et qu'il l'avait jetée par la vitre de sa voiture en roulant.

" Je crois que la frustration
a dû s'accumuler, il a vu
une fenêtre ouverte et il a
décidé de s'en aller "
LOUISE BUNDY
    
     Dans sa pladoirie de clôture, le représentant de l'accusation lui-même concéda que les preuves étaient de nature indirecte. Mais il fit remarquer que les risques pour qu'une telle série d'indices mène à un innocent étaient quasiment nuls, et tout le monde dans le tribunal dut admettre la validité de son argumentation. Malgré cela, il craignait que le verdict n'innocente Bundy.
     Ce n'est que le lundi suivant que le juge Stewart Hanson annonça : " Je déclare Theodore Robert Bundy coupable de kidnapping aggravé. " Bundy éclata en sanglots et supplia qu'on ne l'envoie pas en prison. Le juge ne se laissa pas émouvoir et le condamna à purger une peine comprise entre 1 et 15 ans de prison.
     Une chose était désormais certaine : si Bundy était le ravisseur de Carol DaRonch, alors, il était aussi responsable de l'enlèvement de Debbie Kent au lycée de Viewmont. Il devenait donc le principal suspect dans l'affaire des autres enlèvements de Salt Lake City. Et comme ses reçus de carte de crédit révélaient qu'il s'était rendu dans le Colorado en 1975, au moment où cinq jeunes femmes avaient disparu, la théorie selon laquelle Ted Bundy était l'auteur de cette série de crimes sexuels se confirmait.
     En janvier 1977, Bundy fut transféré à la prison d'Aspen, dans le Colorado. Les autorités de cet état commençaient à constituer un dossier convaincant pour prouver qu'il était coupable de l'enlèvement de Caryn Campbell.

Le   procès   d'Aspen

 
Les geôliers de Bundy, connaissant sa réputation de roi de l'évasion, ne le laissaient plus jamais quitter sa cellule sans lui passer les menottes.

     Un homme répondant à la description de Bundy avait été vu à l'hôtel le soir de la disparition de la jeune femme. De plus, un troisième lot de cheveux trouvé dans la Volkswagen de Bundy était identique aux cheveux de Caryn Campbell, et la barre de fer saisie correspondait aux marques relevées sur son crâne.
     Un reçu de carte de crédit prouvait que Bundy se trouvait dans la région au moment de la disparition d'une autre jeune fille, Julie Cunningham, et un pompiste l'avait identifié. Les arguments réunis contre Bundy dans cette nouvelle affaire semblaient encore plus probants qu'à Salt Lake City.
     Dans sa prison du Colorado, Bundy jouissait d'une grande popularité. Son charme, son intelligence et son sens de l'humour avaient convaincu de nombreux prisonniers de son innocence. Il avait décidé d'assurer lui-même sa défense, ce qui lui permit d'avoir accès au
tribunal sans avoir à porter des menottes. Mais plus son procès approchait, plus Bundy devenait amer.
    

Le 7 juin 1977, le tueur s'évada en sautant par la fenêtre du tribunal d'Aspen. Il fut repris six jours plus tard.

     Bundy comparut devant le tribunal d'Aspen le 7 juin 1977. Il écouta le représentant de l'assist-
ance judiciaire qui lui avait été attribué d'argumenter contre la peine de mort. Puis, pendant l'heure du repas, il flâna dans la bibliothèque du deuxième étage.
     Peu après, une femme vit un homme atterrir sur le gazon au-dessous d'une fenêtre et descendre la rue en boitant. Elle s'enquérit auprès d'un policier : " Est-ce normal par ici que les gens sautent par les fenêtres ? " L'agent poussa un juron et se précipita vers la bibliothèque. Bundy ne s'y trouvait plus.
     Il était déjà au bord d'une rivière avoisinante, et s'était mis en chemise et en short pour ress-
embler à un randonneur. Ensuite, cachant ses vêtements dans son pull, il suivit nonchalamment la route d'Aspen Mountain.
     Dans la montagne, il trouva refuge dans un chalet inoccupé où il se cacha pendant deux
jours. Mais quand il reprit la route, Bundy s'égara, revint sur ses pas et se mit à tourner en rond. Il parvint à voler une Cadillac, mais fut repéré par la police qui l'arrêta à nouveau, tout juste à quelques pâtés de maison de là où il s'était enfui. Les arguties légales se prolongèrent pendant les six mois qui suivirent. L'accusation voulait que l'on tienne compte des éléments concernant d'autres victimes disparues dans l'Utah.
     A 7 heures du matin, le 31 décembre 1977, un garde de la prison du comté de Garfield déposa le plateau du petit déjeuner devant la cellule de Bundy et vit une silhouette sur la couchette. A l'heure du déjeuner, le plateau était encore là.
     La silhouette était formée d'une pile de livres et d'oreillers. Un trou dans le plafond montrait comment, grâce à une lame de scie à métaux, Bundy avait réussit à s'échapper une deuxième fois. Le temps que l'alerte soit donnée, le tueur était déjà à Chicago. 

IV    LE   FUGITIF

Tallahassee, sous le soleil de la Floride, était bien loin des
Etats de Washington ou de l'Utah. Fort peu de gens y avaient
entendu parler de Bundy, le fugitif. Il devait donc y passer
inaperçu, du moins aussi longtemps qu'il contrôlerait ses
pulsions meurtrières.

Le dortoir du club Chi Oméga où quatre jeunes femmes furent agressées dans leur lit.
 
     La capitale de la Floride, Tallahassee, est située à environ 3 500 kilomètres de Seattle, dans la pointe sud-est des Etats-Unis. Elle jouit, comme Seattle, de l'atmosphère détendue d'un agréable campus universitaire. Ted Bundy s'était échappé du Colorado depuis deux semaines, mais la nouvelle était passée quasiment inaperçue aussi loin dans le Sud. Dans la pension pour étudiants " Les Chênes ", personne ne fit très attention à l'arrivée d'un nouvel occupant, Chris Hagen, qui louait une petite chambre miteuse. Les rares étudiants à lui avoir parlé le trouvaient intelligent et charmant, mais avaient remarqué qu'il préférait se tenir à l'écart. Personne ne pouvait deviner que Chris Hagen n'avait presque plus d'argent et qu'il survivait en volant dans les supermarchés.
     A trois heures du matin, le dimanche 15 janvier 1978, Nita Neary dit bonsoir à son petit ami et ouvrit la porte du dortoir des filles du club universitaire Chi Oméga, situé en bordure du campus. Quelqu'un avait laissé la lumière allumée et Nita l'éteignit. Elle entendit des bruits de pas dans l'escalier et vit un homme qui se dirigeait en toute hâte vers la porte d'entrée. Alors qu'elle le laissait passer, elle vit qu'il portait un bonnet tricoté, de couleur sombre, et qu'il tenait une sorte de massue en bois.
     Elle se dit qu'une des étudiantes avait dû faire entrer subrepticement un homme dans sa chambre, malgré le règlement de l'université. Mais quelque chose de sournois dans le comportement de cet homme l'inquiétait. Elle monta l'escalier en courant et réveilla sa camarade de chambre. Les deux étudiantes allèrent prévenir la responsable du dortoir. Tandis qu'elles discutaient, une porte s'ouvrit et une jeune fille sortit de sa chambre en titubant et en se tenant la tête. Elles reconnurent Karen Chandler, et virent que ses cheveux étaient pleins de sang. Elles se ruèrent dans la chambre que Karen partageait avec Kathy Kleiner, et trouvèrent la jeune femme assise dans son lit, le visage inondé de sang.

 
Un   meurtre   barbare
 
     La police arriva en quelques minutes et découvrit rapidement que deux autres jeunes filles, Margaret Bowman et Lisa Levy avaient, elles aussi, été agressées.


Margaret Bowman,âgée de 21 ans, étudiait l'histoire. Elle était issue d'une riche famille de Floride. Son crâne fut défoncé par une massue en bois.

     Margaret était morte, étranglée avec un bas. Lisa Levy décéda avant d'avoir atteint l'hôpital. Le slip de Margaret Bowman avait été arrachée si violemment que sa peau était éraflée. Un des mamelons de Lisa Levy avait presque été arraché à coups de dents, et du sang s'écoulait de l'anus et du vagin. Le médecin légiste découvrit aussi des traces de morsure sur sa fesse gauche.
     Une heure et demie plus tard, dans une petite maison située près de là, Debbie Cicarelli fut tirée de son sommeil par des coups sonores provenant apparemment de la chambre voisine, occupée par Cheryl Thomas. Quelques minutes passèrent puis Debbie entendit des gémissements.
     Elle réveilla sa camarade de chambre et toutes deux tendirent l'oreille pour écouter les bruits mystérieux de l'autre côté du mur. Debbie essaya de joindre les occupants de la chambre en composant le numéro de téléphone de Cheryl. 

Lisa Levy, âgée de 20 ans, étudiait les techniques de vente dans le secteur de la mode.
     Tandis que le téléphone sonnait, les deux jeunes filles entendirent un choc suivi d'un bruit de course. Quelques minutes plus tard, la maison était envahie par des policiers accourus depuis le dortoir de la résidence universitaire.
Les enquêteurs fouillent le meublé " Les Chênes " où Bundy, alias Chris Hagen, vécut pendant cinq semaines. La pension était située à quelques rues du dortoir pour jeunes filles de la résidence universitaire. Bundy payait 80 $ par mois pour une chambre qu'il décrivit par la suite comme étant " crasseuse ". Des locataires de la pension dirent que Bundy était calme et discret. Ils avaient aussi remarqué qu'il buvait beaucoup et se couchait tard.

     Cheryl Thomas n'était qu'à demi consciente. Les draps et la couverture ensangl-
antés avaient été arrachés de son lit. Par terre se trouvait une massue en bois. Cheryl, Karen et Kathy survécurent, mais elles avaient frôlé la mort de près.

 
" J'ai trouvé qu'il était
bizarre... Il promenait son
regard... sur toutes les
filles autour de lui. C'était
un regard inquiétant "
UNE ETUDIANTE lors d'une soirée à la
résidence universitaire

 
     Les meurtres commis dans le dortoir firent la une des journaux à travers tout le pays, mais personne ne pensait à suggérer que Bundy se trouvait peut-être en Floride. A la pension " Les Chênes ", Chris Hagen continuait à vivre à l'écart. Il semblait souvent ivre, tard le soir. En fait, il vivait essentiellement de vols, dérobant cartes de crédit et articles dans les supermarchés. Le 5 février 1978, il vola une camionnette blanche dans un parking et partit en direction de Jacksonville.
     Le vendredi 8 février, un homme, vêtu de façon négligée et mal rasé, accosta Leslie Parmenter, âgée de 14 ans, dans une rue de Jacksonville. L'homme semblait peu sûr de lui. A cet instant, le frère de Leslie arriva en voiture pour prendre sa soeur, et il demanda à l'étranger ce qu'il voulait. L'homme marmonna quelque chose puis retourna tranquillement à sa camionnette blanche. Danny Parmenter le suivit et releva son numéro d'immatriculation.

 
Le   cours   de   gymnastique
 
Kim Leach quitta son cours de gym pour aller chercher son porte-monnaie. On ne la revit jamais.
 
     Le matin suivant, Chris Hagen quitta le Holiday Inn où il logeait sans payer. Il erra sans but au volant de son véhicule jusqu'au moment où il se retrouva dans les parages du collège de Lake City.

Kimberly Leach, âgée
de 12 ans, était élève
au collège de Lake City,où elle disparut.
     Quelques minutes après le début de son cours de gym, Kimberly Leach, une élève âgée de 12 ans, se rendit compte qu'elle avait oublié son porte-monnaie dans une autre classe. Elle demanda la permission d'aller le chercher. Ce n'est qu'à partir de 14 heures que quelqu'un remarqua qu'elle n'était toujours pas revenue.
     L'après-midi même, Chris Hagen était de retour à Tallahassee.
Le soir suivant, il emmena dîner une de ses amies, en utilisant une carte de crédit volée, et se comporta de façon irréprochable.
     Mais plus tard cette même nuit, il quitta son appartement en
empruntant l'échelle d'incendie, vola une Volkswagen orange, et se dirigea vers la ville de Pensacola.
     Tôt dans la matinée du mercredi 15 février 1978, David Lee, un agent de la sécurité routière, vit une Volkswagen orange sortir brusquement d'une ruelle.
     Il communiqua par radio le numéro d'immatriculation de la voiture, et fut informé qu'il s'agissait d'un véhicule volé. Il fit des appels de phares mais la voiture accéléra, avant de se ranger finalement sur le côté. Lee ordonna au conducteur de sortir et de s'allonger par terre. Après avoir fait mine d'obéir, le suspect faucha le policier d'un coup de pied et s'enfuit. Lee dégaina son arme et tira. L'homme s'écroula sur le trottoir. Au moment où le policier se penchait sur l'homme, celui-ci lui décocha un coup de poing. Ils luttèrent quelques instants, mais Lee réussit à lui passer des menottes.
Frances Messier devant la chambre de Bundy à la pension pour édudiants " Les
Chênes ", où elle logeait elle aussi. Elle le voyait presque tous les jours et eu l'occasion de dîner ave lui.

    
     Alors que le policier et son prisonnier roulaient vers le commissariat, l'homme déclara sombrement : " Je regrette que vous ne m'ayez pas tué. "
Le capitaine Harper de la police de Pensacola escorte Bundy à la sortie du tribunal, peu après son arrestation.

     
Une fois au commissariat, le suspect affirma se nommer Kenneth Misner, et il produisit des papiers d'identité et un certificat de naissance à ce nom. Mais les policiers apprirent rapidem-
ent que ces papiers avaient été volés au véritable Kenneth Misner, à Tallahassee. Ce n'est que 24 heures plus tard que les enquê-
teurs de Pensacola, en surprenant une conver-sation téléphonique du prisonnier, découvrirent qu'ils venaient d'arrêter un dénommé Ted Bundy.
    Au petit matin, Bundy, démoralisé et épuisé, enregistra une déclaration sur un mag-
nétophone. Il raconta que tout avait commencé le jour où il avait vu une fille qui se promenait à vélo : " Il me la fallait. " Elle lui échappa, mais son destin était dorénavant tracé. " Parfois, je me sens comme un vampire ", dit-il, mais il nia toute responsabilité dans les agressions de la résidence universitaire.
    
Découverte   d'un   corps

 
     Presque deux mois plus tard, le 7 avril 1978, un policier agent de la sécurité des autoroutes jeta un coup d'oeil à l'intérieur d'une vieille cabane, près d'un parc et décou-
vrit un pied chaussé d'une chaussure de sport. C'était le corps en décomposition de Kimberly Leach. Des blessures à la région pelvienne semblaient indiquer qu'il y avait eu violence sexuelle. La cause de la mort était un " coup mortel dans la région du cou. " Un avocat dégoûté déclara : " On va envoyer ce Bundy à la chaise électrique. "
     Mais Bundy, après un moment de faiblesse, avait récupéré. Il affirmait à nouveau son innocence, et niait toute connexion avec la série d'agressions sexuelles.

 
L'ESPRIT   MEURTRIER

Sous ses dehors charmeurs,
Bundy était taraudé par des
pulsions sexuelles irrépressibles
et par la haine des femmes.

 
     Bundy illustre parfaitement un phénomène apparu dans la dernière décennie. Connue sous le nom de " meurtres en série ", cette forme de violence a pris de l'ampleur dans un passé récent, en particulier aux Etats-Unis. Jack l'Eventreur, qui terrorisa Londres en 1888, fut probablement le premier exemple moderne de " tueur en série ", faisant cinq victimes en dix semaines. L'auteur de meurtres en série est un individu chez qui les inhibitions normales, qui rendent tabou le fait d'ôter la vie à un être humain, ont disparu. Le catalyseur dans la plupart des cas est le sexe. Pour une telle personne, tuer devient simplement une mauvaise habitude.
     La veille de son exécution, Bundy eut une conversation avec Dorothy Lewis, psychiatre. Bundy lui fournit certains éclaircissements qui permirent de mieux comprendre sa personnalité.

     Le grand-père de Bundy, qui l'entoura d'affection pendant son enfance, et qui fut le seul vrai "père" qu'il ait jamais connu, était un homme violent qui battait son épouse, une femme patiente et douce. Bundy, lui-même doté d'un tempérament violent, eut donc dès son plus jeune âge le sentiment que les accès de rage étaient justifiables. Il ne put jamais comprendre pourquoi il y avait tant de haine en lui-même, ni pourquoi cette haine était surtout dirigée contre sa mère, avec laquelle il admettait pourtant n'avoir qu'une relation superficielle.
     Adolescent, Bundy se révéla être hautement intelligent. Il ne se sentait pas bien intégré dans le milieu ouvrier de sa famille, entre un beau-père illetré et une mère pieuse et refoulée.
     Une des autres raisons qui poussaient Bundy à agir était son désir maladif de devenir célèbre. Mais sa tendance à s'apitoyer
sur lui-même, et le sentiment que "le monde entier était contre lui" l'empêchaient de faire les efforts qui lui auraient peut-être permis de réussir. Tuer des jeunes filles et se montrer plus malin que la loi lui donnaient l'impression de réaliser de véritables exploits. Bundy aimait aussi relever le défi d'attirer les plus jolies et les plus intelligentes des étudiantes dans son piège mortel. 
     L'élément fondamental qui éclaire la conduite de Bundy est l'incroyable puissance de sa sexualité. Dès son jeune âge, Bundy s'adonnait à la masturbation de façon compulsive, et il développa par la suite une véritable obsession pour la pornographie à tendance sadique.
     Bundy rêvait de tenir entièrement en son pouvoir sa partenaire sexuelle. Prog-ressivement, ce désir inassouvi se trans-forma en désir de violence. Il admit par la suite qu'il étranglait souvent ses victimes pendant l'acte sexuel.
     Certains cadavres, bien qu'en partie décomposés, avaient les cheveux propres et avaient été maquillés, ce qui
indiquait que Bundy les avait " conservés " en vue de se livrer à des actes nécrophiles.
     L'écrivain Stephen Michaud demanda à Bundy s'il parlait beaucoup avec ses victimes. " On se parlait un peu ", répondit-il. " Comme cette fille... ne représentait pas une personne mais un objet désirable, la dernière des choses à laquelle on pouvait s'attendre venant de lui était qu'il désire personnaliser cette personne ", déclara l'écrivain. Cette dureté intérieure et cette absence de pitié, dont il faut faire preuve pour traiter une jeune femme comme un objet jetable, étaient des traits de personnal-
ité que Bundy portait probablement en lui depuis son plus jeune âge.

Passé maître dans
l'art de se déguiser,
Bundy changeait
régulièrement
d'apparence. En
1975 (1) il
arborait l'air
souriant de
l'étudiant diplômé.
En 1976 (2) Bundy
était détenu, à Salt
Lake City. Avant
sa première évasion
en 1977 (3) et
après avoir été
repris (4). En 1978
(5), quelques jours
après avoir été
arrêté pour les
meurtres commis
dans le dortoir de
jeunes filles. Bundy
était un véritable
caméléon, il
modifiait son
allure, son
personnage et
même son nom
suivant la situation
dans laquelle il se
trouvait.


     Les spécialistes du comportement savent maint-
enant que si un animal est privé d'amour maternel
pendant les premiers jours de sa vie, il devient inc-
apable, de façon permanente, de former des liens
affectifs. 

     Pendant les deux mois qui suivirent sa nais-
sance, Ted Bundy fut laissé dans la nurserie, sans
sa mère, tandis que ses grands-parents débattaient
pour savoir s'ils allaient le donner à adopter.

     Il se peut que cet épisode malheureux de sa vie
ait décidé de sa future carrière de tueur.

     L'observation sans doute la plus troublante est
celle que fit Bundy à Stephen Michaud :

     " Quelqu'un de vraiment habile, avec un peu
d'argent pourrait probablement passer inaperçu
indéfiniment. Ma théorie a toujours été que pour
chaque personne arrêtée et inculpée pour homicides
multiples, il y en a sans doute au moins cinq autres
en liberté. "

LES PAROLES D'UN TUEUR
 
     En 1978, Bundy demanda à deux écrivains, Stephen Michaud et Hugh Aynesworth, d'écrire un livre se fondant sur l'hypothèse qu'il était innocent. Mais plus les auteurs étudiaient l'affaire, et plus il devenait évident que Bundy était bien un véritable "boucher".
     Bundy était passé maître dans l'art de mentir, comme dans celui d'esquiver les questions et de s'autojustifier. Progressivement, il prit la décision de " spéculer librement " sur les motivations et le caractère du meurtrier. Il se lança avec tant d'enthousiasme dans son récit qu'il enregistra des heures de monologue sur un magnétophone.
     Ce qui ressort du livre Le seul témoin vivant (The only living witness) paru en 1983, est l'histoire d'un " solitaire " qui devient totalement obsédé par le sexe.
Bundy était un lecteur assidu de magazines pornographiques, il était aussi kleptomane depuis longtemps. On trouve dans le livre de nombreuses anecdotes montrant comment certains événements de sa vie s'accumulèrent et forgèrent son désir d'imposer ses fantasmes aux femmes. Le voyeurisme et la violence jouent un rôle important dans ce livre, mais le rejet y figure aussi.
  Il raconte comment Bundy,
en se promenant dans la rue
un soir, jeta un coup d'oeil à
une fenêtre éclairée et vit
une jeune fille qui se désha
billait. Le stimulus sexuel fut
si intense que Bundy devint
un adepte du voyeurisme.
  Un jour, alors qu'il était
ivre, il suivit une femme à la
sortie d'un bar, la dépassa et 
prit de l'avance sur elle. Il
trouva un lourd morceau de
bois pour l'agresser, mais
elle entra dans une maison
avant d'arriver à l'endroit où
Bundy l'attendait pour l'atta-
quer. A une autre occasion,
il s'approcha à pas de loup
derrière une femme occupée
à glisser sa clef dans la
serrure d'une porte, et la
frappa avec un bout de bois.
La femme se mit à hurler et
Bundy s'enfuit. Il se jura de→ 
→ne jamais recommencer.
Mais une histoire d'amour
malheureuse avec une
jeune fille d'une position
sociale "supérieure" à la
sienne le rendit amer et, à
son désir sexuel insatiable,
s'ajouta bientôt le besoin
maladif de prendre sa re-
vanche sur les femmes.
  Un jour, après avoir ob-
servé une fille qui se désha-
billait à une fenêtre éclairée,
il réussit à pénétrer dans sa
chambre et l'agressa. La
jeune femme hurla et Bundy
prit la fuite. Mais la fois suiv
ante, lorsqu'il pénétra dans
la chambre de Sharon
Clarke, il la frappa au point
de lui faire perdre connaiss-
ance, et se livra sur elle à
un viol symbolique avec 
une barre de fer arrachée 
au cadre du lit. Plus tard le
même mois, Bundy enleva
Lynda Healy. Il la conduisit à Taylor Mountain, la viola, et la battit à mort.
     Bundy admit par la suite, qu'au début, il avait dû lutter contre sa conscience pour pouvoir violenter et tuer ses victimes. Mais rapidement, il s'était conditionné de manière à les traiter comme des objets jetables. Il était persuadé qu'il pouvait se déconditionner à n'importe quel moment. A la lecture de ce livre, il est clair que Bundy finit par se rendre compte que cela lui était en fait impossible. Il était sous l'emprise d'une obsession irrésistible, semblable à la sensation de manque qu'éprouvent les drogués, qui le poussait constamment à rechercher des victimes.
     D'après Bundy, " Il n'éprouvait aucun plaisir lorsqu'il blessait ou qu'il faisait souffrir la personne qu'il agressait... il n'en retirait absolument aucune satisfaction. Il faisait tout ce qui était raisonnablement possible pour ne pas torturer inutilement ces individus, du moins pas physiquement. "
     Mais son besoin maladif et sans cesse renouvelé d'exercer une domination totale sur ses victimes le minait. Il expliqua qu'au moment où il commettait chaque viol, il avait le sentiment de posséder entièrement sa victime, " comme on possède une plante en pot, un tableau, ou une Porsche. C'était, pour ainsi dire, comme être propriétaire de cette personne. "
     Après chaque viol, il savait qu'il lui fallait tuer sa victime pour ne pas courir le risque de se faire prendre. Puis il emmenait le cadavre en voiture jusqu'à un endroit reculé. Au moment où il s'installa à Salt Lake City, Bundy savait qu'il ne serait jamais capable de s'arrêter.


V       LE   JUGEMENT

La Floride, surnommée "l'Etat de la mort", faisait
régulièrement usage de la chaise électrique. Bundy avait le
choix : conclure un marché lui permettant de sauver sa vie,
ou la jouer à quitte ou double en plaidant non coupable.


Bien que déjà condamné à mort deux fois, Bundy se montrait encore capable de rire à une plaisanterie de salle de tribunal.
 
     Sur un point, Bundy avait raison. Toutes les preuves contre lui étaient des preuves indirectes. Toutes, sauf une : la trace de morsure sur la fesse gauche de Lisa Levy.
     Trois semaines après la découverte du corps de Kimberly Leach, des policiers immobilisèrent Bundy qui se débattait et firent un moulage de ses dents.

     C'est cette empreinte dentaire qui allait permettre de déclarer Bundy coupable du meurtre de Lisa Levy.
     Une fois de plus, Bundy avait décidé d'assurer lui-même sa défense, et il réussit par des moyens dilatoires à repousser le procès d'octobre 1978 à juin 1979. Puis il changea d'avis et accepta d'être défendu par une équipe d'avocats commis d'office. Ils désiraient négocier avec le juge pour réduire la gravité des charges pesant contre Bundy.
     S'il acceptait de plaider coupable pour les meurtres de Lisa Levy, Margaret Bowman et Kimberly Leach, il obtiendrait la garantie de ne pas être condamné à mort. Bundy les flanqua à la porte.
     Il venait de faire la plus grande erreur de sa carrière de criminel.
     Le procès débuta le 25 juin 1979, et Bundy remporta un premier succès quand il réussit, en récusant les arguments de l'accusation, à se faire transférer de Tallahassee à Miami. Les raisons qu'il invoquait étaient que les jurés de Tallahassee seraient forcément contre lui. Mais à partir de ce moment-là et jusqu'à la fin, il devint évident que Bundy perdait du terrain. D'abord, Nita Neary l'avait vu sortir du dortoir de jeunes filles.
Nita Neary au tribunal, désignant Bundy comme étant l'homme qu'elle a vu sortir du dortoir.
    
     Ensuite, le bas trouvé dans la chambre de Cheryl Thomas était pratiquement identique à celui trouvé auparavant dans la voiture de Bundy. Et surtout, il y avait les marques de morsure relevées sur la fesse de Lisa Levy. Les experts dentaires affirmèrent qu'elles correspondaient aux dents de Bundy.

Assurant lui-même sa défense, Bundy examine un agrandissement de ses dents, qui correspondaient aux traces de morsure trouvées sur la fesse gauche de Lisa Levy.
 
     Pourtant Bundy obtint un second succès. Le juge déclara que les bandes enregistrées de ses aveux ne constituaient pas des preuves recevables parce que son avocat n'était pas présent. Si Bundy continuait de croire qu'il était en bonne voie, tout le monde au tribunal était persuadé que les arguments en sa défaveur étaient accablants. Margaret Good, l'avocate de l'assistance judiciaire, fit une plaidoirie puissante pour sa défense, en soulignant tous les point douteux.

" Je ne me sens coupable
de rien... Je plains ceux qui
se sentent coupables...
Je suis un salopard
sans pitié "
THEODORE BUNDY

 
     Le 23 juillet 1979, il ne fallut que sept heures au jury pour déclarer Bundy coupable d'une longue liste de charges. Alors qu'on lui demandait s'il avait quelque chose à ajouter, Bundy prit l'air d'un innocent blessé, et répondit avec des larmes dans la voix : " Je trouve quelque peu absurde d'avoir à implorer la pitié pour quelque chose que je n'ai pas fait. "
 
Arrêt   de   mort
 
     Le juge Edward D. Cowart condamna Bundy à être exécuté par électrocution, en concluant : " Je n'ai aucune animosité à votre égard, croyez-moi. Mais vous avez pris le mauvais chemin, mon vieux. Prenez soin de vous. "
     Dans le quartier des condamnés à mort du pénitencier de Raiford, Bundy continua à se battre pour défendre sa vie. Le 7 janvier 1980, il fut jugé à Orlando pour le seul meurtre de Kimberly Leach.
     Des diapositives en couleurs montrant le corps furent projetées. Les expertises médicales semblaient indiquer que la jeune fille avait été violée dans la camionnette, rhabillée, puis emmenée jusqu'à l'a cabane, avant d'être dévêtue et, peut-être, sodomisée.
Carole Boone

    
  Le 7 février 1980, Bundy fut déclaré coupable pour la seconde fois. A nouveau, il éclata en larmes.

     Deux jours plus tard, il épousa Carole Boone, une jeune femme divorcée mère d'un adolescent. Bundy l'avait rencontré quelques années auparavant. Elle crut jusqu'au bout à l'innocence de Bundy.

 
     

DENOUEMENT
 
♦ Le dernier pourvoi en appel de Bundy ayant été rejeté, la date de son exécution fut fixée. Il essaya de sauver sa tête en offrant des aveux complets en échange d'une commutation de peine. Sa tentative de "marchandage avec le corps des victimes" rencontra une violente hostilité. Les aveux de Bundy ne lui valurent guère d'indulgence.
♦ A 7 heures du matin, le 24 janvier 1989, Bundy fut conduit dans la chambre d'exécution de la prison de Starke, en Floride. Derrière une paroi en Plexiglas, un groupe de 48 personnes attendait l'exécution. Bundy avait le crâne rasé. Tandis qu'on le sanglait à la chaise électrique, il reconnut le visage de son avocat dans la foule, et lui fit un signe de tête. On lui mit une sangle en travers de la poitrine, une autre sur la bouche, et une calotte en acier fut fixée à sa tête.
♦ A 7h07, le bourreau rabattit l'interrupteur et le corps de Bundy se contracta. Une minute plus tard, il fut déclaré mort. Dehors, une foule brandissant des banderoles portant la phrase " Faites griller Bundy ! ", acclama l'annonce de l'exécution.

A l'annonce de l'exécution de Bundy,
le 24 janvier 1989, peu après 7h,
la foule amassée devant la prison
de Starke poussa des acclamations.

Des photos du cadavre de Bundy,
portant les marques de son
exécution, furent publiées
dans les journaux.

L'un deux titrait :
" L'assassin est mort avec
le sourire aux lèvres ".


 
 

 
    

 
    

 
     
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