Nom : John Wayne Gacy
Alias : "Le clown tueur"
Date de naissance : 17 mars 1942
Classification : Tueur en série
Caractéristiques : Violeur
Nombre de victimes : 33
Date des meurtres : 1972-1978
Date d'arrestation : 21 décembre 1978
Méthode de meurtre : Etranglement
Lieu : Chicago, Illinois, USA
Statut : Exécuté par injection létale le 10 mai 1994

I      LA  MAISON  DES  SECRETS

Le soir du 11 décembre 1978, à Des Plaines,
Elizabeth Piest fêtait son quarante-sixième
anniversaire. La famille était rassemblée,
mais son fils Robert Piest tardait.
A 23h30, les Piest alertèrent la police. Les
recherches menèrent les enquêteurs jusqu'à une
tranquille maison de banlieue, qui abritait un morbide secret.

     Les recherches pour retrouver Robert Piest menèrent la police à un pavillon moderne dans une zone résidentielle de la ville de Des Plaines, au 8213 West Summerdale Avenue (ci-dessus). Dans ce quartier calme et familial, les maisons coquettes étaient à l'image des vies ordonnées de leurs occupants.

    
Assise sur un tabouret, au rayon confiserie du drugstore Nisson, dans la ville de Des Plaines, près de Chicago, Elizabeth Piest attendait son fils. Elle était venue le chercher à la sortie de son travail - un emploi qu'il occupait le soir après l'école. Robert, âgé de quinze ans, s'était absenté un instant pour aller " parler à un type, un entrepreneur, au sujet d'un job d'été ". La nuit était glaciale et une couche de neige gelée recouvrait le sol. Mrs. Piest ne voulait pas laisser son fils rentrer à pied.
     Lasse d'attendre, elle finit par demander à la vendeuse de lui téléphoner dès que Robert reviendrait, puis remonta dans sa voiture. Robert savait que c'était son anniversaire. Toute la famille - son père, son frère et sa soeur aînés - l' attendait à la maison pour entamer la soirée d'anniversaire. Cela ne lui ressemblait pas du tout de les faire attendre, sans même téléphoner.
     De retour chez elle, elle déclara à son mari : " Quelque chose ne va pas - je le sens. " A 21h45, de plus en plus inquiète, elle appela le drugstore. On n'avait toujours pas vu son fils. Elle demanda au propriétaire : " Connaissez-vous le nom de l'entrepreneur qu'il a été voir ?"
     " Oui ", répondit-il, " John Wayne Gacy. " Mais les Piest ne trouvèrent aucun John Gacy dans l'annuaire.
     A 23h30 cette même nuit, Elizabeth Piest et son mari signalèrent la disparition de leur fils au commissariat de Des Plaines. La famille entière passa le reste de la nuit à parcourir lentement les rues des environs en voiture, scrutant chaque recoin sombre au cas où Robert aurait eu un accident et qu'il soit étendu inconscient quelque part. Jamais Elizabeth Piest n'eut pire anniversaire.
     A 8h30, le 12 décembre, la police entama les recherches. Une vérification auprès des services de renseignements révéla que le numéro de John Wayne Gacy apparaissait sous le nom de son entreprise de construction, la PDM Entrepreneurs. Gacy habitait au 8213 West Summerdale Avenue, dans la banlieue de Norwood Park. L'inspecteur James Pickwell appela alors le quartier général de la police à Chicago et demanda si un certain John Wayne Gacy avait un casier judiciaire.

John Wayne Gacy, un entrepreneur travaillant à son compte, s'installa dans le quartier. Dès son arrivée, il tenta de s'attirer la sympathie du voisinage, faisant des cadeaux à ses voisins et les invitant à venir chez lui pour bavarder.

     Quelques minutes plus tard, une réponse alarmante arriva. Gacy avait déjà été arrêté pour pratique de la sodomie sur des adolescents. En 1968, il avait été condamné à dix ans de prison pour avoir menotté un jeune garçon et lui avoir fait subir des violences sexuelles. Relâché pour bonne conduite au bout de dix-huit mois, il s'était depuis signalé plusieurs fois à la police.
     A 9h30, le lieutenant de police Joseph Kozenczak se rendit chez Gacy. Au 8213 West Summerdale Avenue, un homme corpulent et de petite taille, âgé d'environ trente-cinq ans, au teint basané, ouvrit la porte. Son visage lunaire et son ventre rebondi lui donnaient un air affable. Les policiers expliquèrent les raisons de leur présence. Souriant aimablement, Gacy les invita à entrer. Ils lui demandèrent s'il avait proposé un
emploi pour l'été à Robert Piest : il secoua la tête - non, il ne connaissait même pas ce garçon.
     Pourtant, dirent les policiers, il était au drugstore Nisson à 18h, la veille, quand Robert Piest avait quitté son travail ; il avait été vu en conversation avec le garçon. " Ah, vous voulez dire ce garçon-là ", répondit Gacy. En effet, il avait bien échangé quelques mots avec lui. Mais il ne lui avait fait aucune offre, et ils n'avaient absolument pas convenu de se voir plus tard.
     Kozenczak lui demanda de bien vouloir l'accompagner au commissariat. Gacy répondit doucereusement que c'était impossible dans l'immédiat, un de ses oncles venait de mourir et il attendait un coup de téléphone de sa mère. Le policier lui suggéra de téléphoner à sa mère puis de le suivre.
     L'amabilité mielleuse de Gacy se transforma soudain en colère noire : " N'avez-vous donc aucun respect pour les morts ? ", hurla-t-il.
     Après avoir fait promettre à Gacy de venir au commissariat dès que sa mère aurait appelé, Kozenczak repartit. L'entretien avait éveillé ses soupçons. Bien sûr, Robert Piest avait pu fuguer, mais cela semblait peu probable. Kozenczak était presque certain que Gacy savait où se trouvait le jeune homme.


" Il y a un corps ou quelque
chose de ce genre dans le
vide sanitaire d'un pavillon
rustique près de Norridge "
UN POLICIER au médecin légiste
    
     Les parents de Robert Piest, fous d'inquiétude, attendaient Kozenczak au commissariat. Elizabeth Piest, qui avait parlé avec le propriétaire du drugstore, était désormais persuadée que son fils était retenu contre son gré dans la maison de Gacy. Elle demanda à la police d'intervenir immédiatement à son domicile. Kozenczak la calma, lui faisant remarquer qu'à ce stade, il n'y avait aucune preuve. Lorsqu'il aurait à nouveau parlé à Gacy, il demanderait un mandat de perquisition.


 
Robert Piest était le cadet d'une famille de
trois enfants. C'était un fils modèle qui
obtenait de bonnes notes à l'école. Il travaillait après ses cours pour gagner de quoi
s'acheter une voiture.
        Kozenczak attendit jusqu'à 1h du matin, mais l'entrepreneur ne se montra pas. Quand le lieutenant revint au bureau le lendemain, on lui apprit que Gacy était finalement apparu à 3h30, couvert de boue, en déclarant qu'il avait eu des problèmes avec sa voiture.
    
Gacy revint au commissariat peu avant midi. Il semblait sûr de lui et s'excusa de ne pas être arrivé plus tôt la veille - sa voiture s'était embourbée dans la neige. A nouveau, il nia catég-
oriquement savoir quoi que ce fût au sujet de Robert Piest.
     Il ne semblait pas pressé de partir, et se montra même très loquace. Sa prospère entreprise de construction, confia-t-il, rapportait un million de dollars par an ; il avait des amis influents comme le maire de Chicago et Mrs. Carter, la femme du  
président des Etats-Unis. Il travaillait bénévolement pour le bureau local du parti démocrate, et participait activement à des oeuvres de charité. Il rendait souvent visite à un hôpital du quartier où, déguisé en clown, il distrayait les enfants.
     Pendant que l'inspecteur Pickwell encourageait Gacy à parler, Kozenczak obtenait un mandat de perquisition. A 15h30, les deux hommes annoncèrent à Gacy qu'ils avaient un mandat et lui demandèrent les clefs de sa maison. Quelque chose dans les manières imperturbables de Gacy, lorsqu'il leur tendit ses clefs, fit penser à Kozenczak qu'ils ne trouveraient pas le corps du garçon disparu au domicile du suspect.

Elizabeth Piest (ci-contre avec son mari Harold) sentait qu'il avait dû arriver quelque chose de terrible à son fils, lorsque le soir de son anniversaire, celui-ci ne rentra pas à la maison.

     Il avait raison. Pourtant, dès les premières minutes, Kozenczak vit ses pires soupçons confirmés. Gacy conservait de nombreux livres sur l'homosexualité et la pédérastie. Les policiers trouvèrent de plus des vidéos de pornographie homosexuelle, une paire de menottes et une corde en nylon. Plus alarmant encore, ils découvrirent une carpette maculée par ce qui semblait être du sang. Mais rien n'indiquait que Robert Piest fût venu dans la maison.


L' indice
 
     Les enquêteurs trouvèrent pourtant un indice : un reçu de drugstore Nisson pour le développement d'un film. Ils le montrèrent à la mère de Robert, qui pensa que le reçu appartenait à la petite amie de son fils, Kim Beyers.
     La jeune fille, âgée de seize ans, le confirma. Elle avait emprunté la veste de Robert quelques jours auparavant - cette même veste qu'il portait quand il avait disparu - et avait oublié le reçu dans une des poches. Elle se rappelait même deux des chiffres du numéro de série.
     Dorénavant, Kozenczak avait la preuve que Robert Piest s'était rendu chez Gacy. Il était probablement déjà mort, mais où était le corps ? Gacy avait eu vingt-quatre heures pour s'en débarasser avant de se présenter au commissariat. Il n'aurait certainement pas pris le risque de le faire de jour, il devait donc avoir agi de nuit. Gacy était arrivé au commissariat le 13 décembre à l'aube - une heure étrange - en affirmant que sa voiture s'était embourbée. Etait-il parti décharger le corps quelque part ? A l'aide d'un hélicoptère et de chiens, les policiers passèrent au peigne fin la forêt bordant la rivière voisine, sans trouver la moindre trace de l'adolescent disparu.
     Il était bien sûr possible que le corps du garçon ait été jeté dans la rivière.
     Pendant ce temps, John Gacy se montrait de plus en plus nerveux. Les policiers chargés de le surveiller ne faisaient guère d'efforts pour dissimuler leur présence, et Gacy sentit qu'ils tentaient de le faire craquer. Il raconta à un collègue, Donald Czarna, que la police essayait de lui mettre sur le dos des infractions sur les stupéfiants, et parvint à le persuader d'aller vérifier à son domicile si la police s'y trouvait encore.
     Convaincu de l'innocence de son débonnaire ami, Czarna ne voyait dans tout cela que des tracasseries policières. Son soutien semble avoir incité Gacy à passer à l'offensive : l'entrepreneur intenta un procès de 750 000 dollars pour atteinte aux droits civils devant la cour de grande instance de Chicago, exigeant que les policiers cessent de le harceler immédiatement.

Signes   révélateurs
 
Gacy orienta les recherches vers son garage, où il affirmait avoir enterré le corps d'un homme qu'il avait tué en état de légitime défense. Mais les policiers ne furent pas dupes et fouillèrent la maison de fond en comble.

     Une semaine après la disparition de Robert Piest, Gacy, la mine défaite, mal rasé, semblait sur le point de craquer. Lors d'une sortie en voiture, il se mit à conduire de façon si chaotique que l'équipe qui le surveillait dut l'arrêter pour lui enjoindre de rouler plus prudemment. Puis, un jour, Gacy fit une longue balade sans but en voiture. A la fin de son périple, il invita les deux
policiers qui le suivaient à visiter son domicile.
     Il venait de commettre une grossière erreur.
     A peine entré, l'agent Schulz reconnut l'odeur douceâtre qui imprégnait l'atmosphère chauffée de la maison : une odeur de cadavre. La première fois que les policiers avaient fouillé la maison, il y faisait froid, et l'odeur ne les avait pas frappés.
     Kozenczak décida qu'il était temps de procéder à une arrestation. L'odeur provenant du conduit de chauffage ne pouvait signifier qu'une seule chose : il y avait un cadavre caché dans la maison. Gacy avait été surpris alors qu'il fournissait de la marijuana à un pompiste dans un garage : cela permit à la police de l'arrêter dans sa voiture le 21 décembre, pour détention de drogue.
     Les policiers ramenèrent Gacy à son domicile, et lui annoncèrent qu'ils allaient arracher les lattes du plancher. Devenant soudain très pâle, celui-ci leur déclara que ce ne serait pas nécessaire : il avoua avoir enterré sous le sol de son garage le corps d'un homme qu'il avait tué en état de légitime défense.
     A ce stade de l'enquête, les policiers ne se laissèrent pas égarer au point de défoncer la dalle de béton. Fouillant à nouveau la maison, ils découvrirent, au fond d'un placard du salon, une trappe. L'ouvrant, ils se trouvèrent devant une mare d'eau sombre et terriblement nauséabonde. Une fiche électrique pendait là, ils la branchèrent dans une prise murale voisine. Une pompe électrique se mit en marche quelque part dans le sous-sol. Il fallut un quart d'heure pour drainer l'eau. Lorsque le liquide fut absorbé, un technicien des services de police, Daniel Genty, se laissa tomber un mètre plus bas dans le vide sanitaire rempli de boue. Lorsqu'il y plongea sa pelle, il manqua de suffoquer tant l'odeur de putréfaction était écoeurante.

    
     Son outil  avait extrait une pelletée de substance savonneuse semblable au saindoux,qu'il identifia comme étant de l'adipocire, matière produite par la décompos-
ition de la chair. Quelques secondes plus tard, il dégageait l'os d'un bras humain. Il ne s'agissait évidemment pas du corps de Robert Piest, qui n'aurait pu se décomposer à ce point depuis le 11 décembre. La découverte de ces restes humains relançait l'affaire.
     Genty lança à Kozenczak : " Vous pouvez l'inculper de meurtre. "
 
¤ LES   ORIGINES

Gacy sembla dans un premier temps faire mentir
les tristes prédictions de son père. Puis il
succomba à la tentation.

 
     John Wayne Gacy naquit le 17 mars 1942 à Chicago. Il était le fils de Marie Elaine Robinson, âgée de trente-trois ans, et de John Stanley Gacy senior, de huit ans son aîné. Le père de John préférait nettement ses filles à son fils, peut-être parce que l'enfant montra très tôt une personnalité dominante, comme celle de son père. John était trop gros et tout le temps malade : c'était le vilain petit canard de la famille.
     Gacy père souffrait d'un alcoolisme sévère. Chaque soir, il s'éclipsait au sous-sol pour y boire en solitaire. C'était un homme très autoritaire. Toute sa vie, John Gacy dut lutter pour reconquérir la confiance en lui que son père lui avait enlevée à force de mépris et de correction. Pourtant, quand plus tard on l'interrogea au sujet des relations qu'il entretenait avec sa famille, Gacy nia farouchement avoir détesté son père.
     Les fréquentes maladies de Gacy avaient probablement une origine psychosomatique - elles étaient une sorte de défense inconsciente contre les brimades incessantes de son père. Dès son jeune âge, John Gacy eut des problèmes cardiaques ; à onze ans, il s'avéra sujet aux évanouissements. Son père voyait là des tentatives pour s'attirer l'indulgence et tournait John en ridicule, disant qu'il était le " chouchou de sa maman " et qu'il finirait sans doute " pédé ".
     A dix-huit ans, Gacy quitta momentanément le foyer familial pour aller travailler à Las Vegas. Cette période, au cours de laquelle il vécut seul, sans l'aide financière de sa famille, sembla lui infliger un choc salutaire. Il décida qu'il ne serait pas le "raté né" que son père voyait en lui. De retour chez ses parents, il s'inscrivit à l'école de commerce de l'université de North Western. Il suivit avec application ses études et obtint son diplôme. Cette réussite marqua un tournant dans le cour de sa vie.

 John Gacy, plein d'assurance, lors de son second mariage avec Carole Hoff ; tout semblait concourir à son bonheur.
 
Talent   naturel
 
     Sa volubilité faisait de lui un vendeur idéal, et son besoin de se faire apprécier le rendait amical. Il réussit si bien comme stagiaire de direction, au sein de la compagnie de production de chaussures Nunn-Bush, qu'à l'âge de vingt-deux ans il fut transféré à Springfield, dans l'Illinois, pour y diriger un point de vente dans un important magasin de vêtements pour hommes.
     Echappant désormais à l'influence négative de son père, John Gacy développa sa confiance en lui, son charme et ses talents de persuasion. Il découvrit avec bonheur que son embonpoint et sa petite taille ne constituaient pas un obstacle à sa réussite sociale. Peu après, le jeune et dynamique gérant courtisa puis épousa une jolie collègue, Marlynn Myers, dont le père était un homme d'affaires prospère. Lorsque les parents de Marlynn achetèrent la franchise d'une chaîne de restaurants fast-food, à Waterloo, dans l'Iowa, ils choisirent tout naturellement leur beau-fils comme gérant.
     Gacy devait alors se sentir comme Cendrillon après le coup de baguette magique de la bonne fée. Tous les malheurs de son enfance semblaient loin derrière lui. A la Chambre de commerce associée, dont il était un membre actif, il se sentait comme un poisson dans l'eau : populaire, enthousiaste et considéré par beaucoup comme "l'homme qui monte". A cette époque de sa vie, il semblait bien parti pour devenir l'un des hommes les plus respectés de sa ville.
     Ce fut son appétit sexuel qui causa sa perte. Il avait probablement le sentiment, devenu un homme d'affaires prospère, qu'il méritait de se laisser aller un peu.
     Quand sa liaison homosexuelle avec Donald Vorhees le signala à l'attention de la police, Gacy trouva dans la malhonnêteté et la violence une solution à son problème. Il manigança de façon à pouvoir faire chanter un certain Russell Schroeder. Lorsque celui-ci fut à sa merci, il lui ordonna d'aller rosser son accusateur jusqu'à ce qu'il promette de ne pas témoigner contre lui. Mais le complot échoua et Gacy fut incarcéré. D'un seul coup, l'assurance récemment acquise fut réduite à néant. La prophétie de son père s'était réalisée comme une vengeance : il était devenu un raté.
     
     A sa sortie de prison, Gacy partit pour Chicago. N'ayant pas réussi à surmonter une enfance traumatisante, il était devenu un manipulateur cynique. S'il était resté à Waterloo, peut-être n'aurait-il commis aucun meurtre, car le désir de passer pour un membre respectable de sa communauté aurait pu prendre le pas sur ses pulsions violentes.
     Mais à Chicago, il fut à nouveau soumis à des tentations : les bars homosexuels, où se rassemblaient des jeunes hommes qu'on pouvait acheter pour quelques dollars, et une gare routière où arrivaient des garçons ne sachant pas où dormir.
     Dans le domaine professionnel, Gacy reprit les recettes qui lui avaient déjà apporté la réussite. Mais le désir qu'il ressentait à l'égard des jeunes garçons était plus impérieux que jamais.
Malheureusement, Gacy était convaincu qu'il n'était pas homosexuel.
     Reconnaître son homosexualité aurait été admettre que son père avait eu raison. Il se persuadait que tout ce qu'il voulait obtenir des garçons qu'il ramenait chez lui était des rapports seuxels buccaux.
     Se défandant ainsi d'être de leur bord, il nourrissait à l'égard des homosexuels une haine d'autant plus vive qu'elle était attisée par ses contradictions et ses doutes. Il pensait que les homosexuels méritaient la mort.


 Acte suicidaire
 
Gacy lui-même se rendit compte que la manière imprudente dont il avait enlevé sa dernière victime, Robert Piest, trahissait un désir inconscient d'être capturé. Au moment des faits, 
il n'était pas ivre, et n'était pas non plus sous le contrôle de "Jack" - son alter ego malfaisant.Comme bon nombre de tueurs en série, il avait atteint ses propres limites, et il portait en lui le désir inconscient de se suicider. Tragiquement, son suicide symbolique entraîna la mort d'un adolescent innocent.
 
II       RECHERCHES

La façon dont Gacy tuait ses victimes et se débarassait
de leur cadavre était si affreuse qu'il affirma avoir
commis ces actes sous l'emprise d'une force maléfique.

 

La foule s'assemble pour regarder la police exhumer les corps enterrés dans le vide sanitaire de la maison de Gacy.
 
     L'arrivée des voitures de police devant le domicile de John Gacy provoqua un véritable tumulte : personne parmi ses voisins ne parvenait à y croire. Tous pensaient que Gacy était " un type sympathique ", bon enfant et serviable. Quand il neigeait, il se proposait pour déblayer les allées. Gacy était notoirement sobre, et on savait qu'il était contre l'usage de la drogue et détestait les homosexuels.
     Ses voisins étaient bien au courant de ses récents ennuis avec la loi - il leur avait confié qu'il faisait un procès à la police. Les gens s'étaient aussi posés des questions quelques années auparavant, lorsqu'un jeune homme qu'il employait avait disparu. Mais Gacy leur avait dit que l'adolescent avait fait une fugue.
     Cependant, l'un de ses amis se doutait qu'il était soupçonné d'un délit plus grave que la détention de marijuana. Peu avant son arrestation, Gacy, dans un état proche de l'hystérie, s'était rendu chez Donald Czarna. Il lui avait déclaré d'une voix brisée : " Je suis fichu. J'ai tué trente personnes, à une ou deux près. " Et, posant la tête sur l'épaule de son ami, il s'était mis à pleurer.

     Les enquêteurs occupés à creuser dans le vide sanitaire réalisaient peu à peu que John Wayne Gacy était l'un des pires tueurs en série de l'histoire américaine ; les policiers découvraient corps après corps, tous d'hommes apparemment jeunes, la plupart dans un état de décomposition avancée.
     Les enquêteurs travaillaient dans des conditions effroyables. Ils devaient prendre toutes sortes de précautions médicales, porter des combinaisons jetables et des masques à gaz, et prendre des bains désinfectants après leur travail. Malgré tout, le méthane présent dans l'air sous forme gazeuse les rendait malades ; en outre, la moindre étincelle pouvait provoquer une explosion.


 
D'autres restes humains furent retrouvés sous l'allée (ci-dessus). La police promit de continuer à chercher " jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun cadavre ".

Aveux
 
     Pendant ce temps, John Gacy était interrogé au quartier général de la police. Il avoua s'être livré à ces meurtres barbares depuis sept ans.
     Son visage était étonnamment impassible, comme s'il était en état de choc ou drogué.Il tombait de temps en temps dans un état semi-comateux, dont il sortait en sursautant, sans savoir apparemment où il se trouvait. S'il jouait la comédie, c'était un numéro convaincant.
     Selon ses déclarations, il n'avait commis lui-même aucun des meurtres. Le véritable coupable était son sinistre alter ego, nommé " Jack ", qui détestait les homosexuels. Mais cette histoire n'expliquait pas pourquoi il avait tué Robert Piest qui n'était pas homosexuel.

Le médecin légiste du comté, le Dr Stein, demanda l'aide de la presse pour l'identification de certaines des victimes de Gacy. Il montre ici des reconstitutions réalisées à partir de crânes trouvés sous la maison de Gacy.

     Gacy poursuivit ses explications. Alors qu'il faisait des comptes dans son camion, Robert Piest était venu lui demander s'il avait un emploi à lui donner pour l'été. Gacy lui avait dit de monter afin qu'ils en discutent. Arrivé chez lui, il avait fait comprendre au garçon qu'il pourrait gagner de l'argent en vendant son corps à des homosexuels. Mais il était évident que Piest avait été horrifié par cette proposition.
     Ensuite Gacy avait commencé à jouer nonchalamment avec une paire de menottes qu'il avait prise dans son salon. Le garçon avait demandé à quoi elles servaient et Gacy lui avait expliqué qu'il s'agissait de menottes truquées. " Regarde, je vais te faire une démonstration. Mets tes mains sdans ton dos. " Robert Piest fit ce que Gacy lui demandait. " Maintenant ", déclara " Jack " - car ce n'était plus, selon ses déclarations, John Gacy qui contrôlait les choses mais son alter ego malfaisant - " je vais te violer, et tu ne peux rien y faire. "
     Mais le garçon était visiblement si bouleversé que Gacy avait changé d'avis et avait décidé de le laisser partir.
     Il l'avait emmené dans sa chambre pour y prendre les clefs des menottes. Ensuite il avait sombré dans une sorte de torpeur et ne se souvenait de rien. Le téléphone avait sonné et il avait répondu. C'était l'un de ses amis qui lui demandait la raison de son retard à une réunion ( cet ami déclara par la suite que Gacy parlait tout à fait normalement et se dominait très bien ). Après s'être excusé, Gacy avait raccroché et était retourné dans sa chambre. Le garçon était étendu sur le lit. Il avait été étranglé avec une corde, qu'un manche de marteau transformait en garrot. Avant même qu'Elizabeth Piest n'appelle le drugstore pour demander si son fils était de retour, Robert Piest était mort.



Au fur et à mesure que le nombre des victimes de Gacy augmentait, sa maison devenait un véritable cimetière. On retrouva vingt-neuf corps, dans le vide sanitaire, dans le jardin et sous le garage.

     Gacy transporta le corps sous les combles du grenier et l'y laissa pour la nuit. On lui demanda s'il avait dormi avec le cadavre. Il nia avec indignation, quel homme sain d'esprit pourrait vouloir dormir avec un cadavre ? Le corps de Robert Piest était encore dans le grenier à 10h, le lendemain matin, quand le lieutenant Kozenczak était passé.
     Gacy avait poussé un soupir de soulagement quand le policier était parti. Mais comme d'habitude, le malfaisant " Jack " lui avait laissé la charge de se débarasser du cadavre. Il n'y avait plus de place dans le vide sanitaire sous la maison, ni dans aucun des autres endroits sous le plancher où il avait enterré des corps. Gacy allait devoir jeter le cadavre de Robert Piest dans la rivière voisine, comme il l'avait déjà fait pour quatre de ses dernières victimes.


" C'est comme de chercher de l'or...
Il faut passer au tamis jusqu'à
ce qu'on rencontre quelque chose
de dur, comme un os... "
UN POLICIER, chargé de l'exhumation des corps

 
     Cette journée mit les nerfs de John Gacy à rude épreuve. Il se demandait si la police allait revenir avec un mandat de perquisition. A la nuit tombée,juste au moment où il se préparait à transporter le corps dans son Oldsmobile, un de ses anciens employés arriva pour emprunter des guirlandes de Noël. " Elles sont au grenier ", répondit Gacy, et il se hâta d'y monter avant que le jeune homme - qui connaissait bien la maison - pût proposer d'aller les chercher.
     Une fois seul, après le départ de son visiteur, il enveloppa rapidement le cadavre dans une couverture et le descendit à sa voiture. Il conduisit vers le sud jusqu'au pont Kankakee qui enjambe la rivière Des Plaines, hissa le corps par-dessus le parapet et le précipita dans l'eau. Puis il se dépêcha de regagner Des Plaines pour se rendre à son entretien longtemps retardé avec le lieutenant Joseph Kozenczak.

Les jeunes garçons qui se prostituent dans les rues de Chicago savent qu'ils prennent des risques, mais bon nombre des victimes de Gacy étaient des garçons ordinaires qui vivaient encore chez leurs parents. Quand ils disparaissaient, les familles finissaient par croire qu'ils avaient fugué. Fait incroyable, personne, pas même la police, n'accorda d'importance au nombre élevé de jeunes gens portés disparus dans le nord de Chicago en l'espace de quelques mois.

     Dans sa précipitation, il dérapa sur la route verglacée et son véhicule alla finir sa course dans la boue épaisse de la berge. Un agent de la police routière repéra la voiture et demanda à Gacy, trempé de sueur, s'il avait besoin d'une dépanneuse. L'avarice de Gacy lui fit refuser l'offre. Au lieu de quoi il essaya de désembourber sa voiture en soulevant une roue arrière avec son cric et en la calant avec la roue de secours. N'y parvenant pas, il accepta à regret d'appeler une dépanneuse qui arriva vingt minutes plus tard. Le mécanicien dégagea la voiture et la ramena sur la route.
     Pour ne pas se défaire de son argent, Gacy prétendit être un agent de police et essaya de persuader le conducteur de la dépanneuse de facturer le dépannage au service de l'éclairage public du comté de Cook. Celui-ci refusa tout net. Gacy sortit son portefeuille et lui tendit rageusement vingt dollars. Puis il se rendit au commissariat où, à 3h30 du matin, il fut surpris de constater que Kozenczak ne l'attendait plus.


Terezia et Marko Butkovich, après confirmation de la mort de leur
fils. John Butkovich (ci-contre, avec sa petite amie) était un jeune
homme aimable qui s'entendait bien avec son employeur, John Gacy.

Compte   final
 
      Deux cadavres furent retirés de la maison de l'assassin dès le premier jour. L'un deux était enchâssé dans du béton, et le deuxième enveloppé dans du plastique. Le lendemain, trois nouveaux corps furent découverts, dont un enseveli sous le sol bétonné du garage. En outre, les policiers trouvèrent le permis de conduire d'un dénommé Frank Landingin. Visiblement, Gacy avait aussi assassiné ce jeune homme barbu, dont le corps dénudé avait été retrouvé dans la rivière Des Plaines en novembre, et qui avait pu être identifié grâce à ses empreintes. D'autres papiers d'identité permirent de retrouver le nom de plusieurs victimes. Quelques jours plus tard, dix corps furent exhumés et le lendemain, six autres. Trois d'entre eux étaient disposés si près les uns des autres, et leur état de décomposition était si semblable, que la police pensa que les victimes avaient été tuées le même jour.
     Les meurtres horrifièrent tout le pays. La maison de Gacy était en permanence cernée de caméras et de journalistes de la télévision, et chaque bulletin d'information montrait des vues du pavillon d'aspect si ordinaire, décoré de guirlandes de noël scintillantes.

 
L' horreur
 
     La banalité de la maison et l'aspect plutôt inoffensif de son propriétaire ajouta au choc et au dégoût ressentis par les téléspectateurs tandis que les actes de Gacy étaient révélés dans toute leur abjecte réalité. Dans tout le pays, des parents étaient soudain terrifiés à l'idée que leur fils porté disparu pût être enterré dans le vide sanit-
aire du 8213 West Summerdale Avenue. Quelques familles avaient déjà vu leurs craintes confirmées, dont celles des adolescents John Butkovich, Gregory Godzik, John Szyc et Rick Johnston. Une semaine après le début des recherches, le Dr Robert J. Stein, médecin légiste du comté de Cook, avait vu arriver vingt-sept cadavres à la morgue.
     Le nombre total de corps découverts chez Gacy allait finalement atteindre vingt-neuf, nombre auquel il fallait ajouter quatres cadavres découverts dans la rivière.

 
¤ JUGER   LA   FOLIE

Certains meurtres sont si terrifiants
qu'ils défient l'imagination.
Faut-il accepter que dans de
tels cas la démence ne soit pas
un argument de défense ?

 
      Dans un livre consacré à John Gacy, Tim Cahill cite les propos des voisins de celui-ci recueillis peu après son arrestation : " Il a dormi six ans dans cette maison avec tous ces gens enterrés là ? Ce n'est pas quelqu'un de normal. C'est un fou ?
     Beaucoup d'entre nous seraient prêts à partager cette opinion. Pourtant, il est ég-
alement certain que si Gacy avait été reconnu juridiquement irresponsable, en raison de sa démence, beaucoup de gens auraient eu le sentiment d'une grossière erreur judiciaire.
     De fait, quand un meurtre particulièrement atroce est commis, le sentiment général est que le coupable mérite d'être sévèrement puni, qu'il soit dément ou non. On le vit, en Angleterre, quand Peter Sutcliffe - l'Eventreur du Yorkshire - fut jugé. Il plaida la démence, mais la conclusion des psychiatres de l'accusation fut qu'il simulait la folie. Pourtant, après avoir été condamné à la prison à vie, Sutcliffe fut transféré à Broadmoor, hôpital psychiatrique pour les déments criminels. Il n'en demeure pas moins vrai que si Sutcliffe avait été reconnu irresponsable pour cause de démence, le verdict aurait suscité la colère de l'opinion publique.
     Il y eut un cas semblable à Philadelphie, en 1987. Un dénommé Gary Heidnik, dont l'obsession était d'avoir des enfants, enleva cinq femmes, presque toutes des prostit-
uées. Il les emprisonna dans le sous-sol de son domicile, les violant à maintes reprises
et les torturant. Finalement, l'une des femmes parvint à gagner sa confiance. Heidnik la laissa rendre visite à ses parents. Elle appela aussitôt la police. Heidnik avait été réformé de l'armée pour schizophrénie, et avait fait un long séjour dans un hôpital psychiatrique. Pourtant, à son procès, en 1988, Heidnik fut reconnu coupable et condamné à mort.

 
Evolution
 
     En 1757, le dénommé Robert François Damiens tenta d'assassiner le roi de France, Louis XV. Bien que pratiquement simple d'esprit, il fut exécuté sans pitié. Moins d'un demi-siècle plus tard, en 1800, un certain James Hadfield essaya d'abattre le roi d'Angleterre George III. Durant son procès, il expliqua qu'il recevait directement ses ordres de Dieu, et le jury le déclara fous sans tarder. Il mourut dans un asile d'aliénés quarante et un ans plus tard. On considère généralement, aujourd'hui, que les déments criminels ont besoin d'être soignés et doivent être traités humainement.
     La démence de Gacy n'a pas été établie. Par contre, qu'il ait été profondément "perturbé" est certain. La plupart des policiers qui l'interrogèrent ne doutèrent pas un seul instant de l'authenticité de son histoire, selon laquelle le véritable assassin était le malfaisant "Jack".
     Dément ou non, Gacy présentait les symptômes d'une double personnalité, à la "Dr Jekyll et Mr. Hyde".

 
III      SÉVICES

John Gacy semblait avoir réussi dans la vie : une bonne
situation, une famille, le respect de la communauté dont
il faisait partie. Peu de gens soupçonnaient qu'il y avait
un revers à cette médaille.

Dans les années 1965, Gacy occupait un poste à responsabilités. Il dirigeait trois fast-food à Waterloo, mais utilisait sa position pour exploiter et faire chanter ses jeunes employés.

     Alors que la vérité éclatait au sujet de Gacy, la police de Des Plaines avait de plus en plus de mal à cacher son embarras. Le casier judiciaire de Gacy était si chargé qu'il semblait à peine croyable qu'il se soit trouvé en liberté.
     En 1968 - âgé de vingt-six ans et manager d'une chaîne de fast-food - John Gacy avait été accusé de tentative de viol sur un adolescent, et de s'être livré à des actes indécents sur un autre jeune homme. La communauté à laquelle il appartenait, à Waterloo, dans l'Iowa, fut frappé de stupeur ; sa femme fut bouleversée. Il était un membre important de la Chambre de commerce associée, reconnu par ailleurs pour ses œuvres charitables et son action dans le domaine de l'aide sociale ; le genre d'homme susceptible d'être, un jour, élu maire de la ville.
     Gacy avait invité chez lui Edward Lynch, un garçon de seize ans qui était employé dans l'entreprise de fast-food qu'il dirigeait, pendant que sa femme accouchait à l'hôpital. Le garçon raconta qu'ils avaient joué au billard et que Gacy avait suggéré que le perdant fasse une fellation au gagnant. Le garçon avait refusé tout net. Gacy lui avait alors projeté des films pornographiques, après quoi il avait brusquement attaqué son invité avec un couteau de cuisine.
     Lynch lutta avec Gacy et réussit à se libérer. Gacy s'était alors excusé, expliquant qu'il était " sous pression ". Le garçon accepta d'oublier ce qui s'était passé, et Gacy passa un autre film pornographique. Vers la fin de la projection, il sortit de la chambre et revint avec une chaîne et un cadenas. Un peu honteux d'avoir réagi si violemment, et par peur de perdre son emploi, le garçon laissa Gacy lui enchaîner les mains dans le dos. Un instant plus tard, il comprit qu'il n'aurait pas dû se fier à son hôte. Celui-ci le jeta au sol, face contre terre, et tenta de l'étrangler. Edward Lynch perdit brièvement connaissance. Quand il revint à lui, Gacy ôtait les chaînes qui l'entravaient et lui demandait s'il allait bien. " Je vais te ramener chez toi ", dit-il, " je ne voulais pas faire ça... " Quelques jours plus tard, Lynch perdait son emploi.

La première femme de Gacy, Marlynn (robe  noire), ignorait presque tout de l'activité sexuelle de son mari. Elle était souvent absente et c'est alors qu'il donnait libre cours à sa perversion.

     Dans le cas de la seconde accusation, les actes déviants n'avaient apparemment pas été imposés par la force. Le jeune garçon, Donald Vorhees, âgé de quinze ans, était le fils d'un des collègues de Gacy à la Chambre de commerce associée. Il avait accepté de venir chez Gacy pour y voir un film pornographique. Cette fois encore, la femme de Gacy était absente. A la fin du film, Gacy avait lancé la conversation sur le sexe, puis avait déclaré que le garçon était connu pour administrer des fellations. Ensuite, selon Vorhees, Gacy lui avait imposé un rapport bucco-génital.
     Gacy fut accusé d'avoir menacé et maltraité Edward Lynch et Donald Vorhees. Il nia tous les faits et exigea d'être soumis au détecteur de mensonges. On lui fit passer le test à deux reprises, mais les résultats montrèrent sans équivoque possible qu'il mentait.
     Gacy continua pourtant de clamer son innocence avec une passion qui convainquit de nombreuses personnes. Pour Gacy, Edward Lynch essayait simplement de se
venger de lui parce qu'il avait été licencié. Il admit par la suite avoir eu des rapports sexuels avec Vorhees, mais insista sur le fait que tous deux avaient été entièrement consentants, et qu'il s'agissait uniquement pour lui de faire une "expérience" homosex-
uelle. Ceux qui étaient prêts à le croire déchantèrent lorsqu'ils apprirent que Gacy était en outre accusé d'avoir engagé un adolescent pour rosser Donald Vohees et, étrang-
ement, d'avoir cambriolé la réserve d'une commpagnie de bois de charpente.
     Le cambriolage avait été réalisé par Gacy et l'un de ses jeunes employés, Russell Schrœder. La motivation de Gacy était claire : il voulait mettre Schrœder dans une situation compromettante pour pouvoir le faire chanter.

Gacy vivait à Waterloo, dans l'Iowa, avant son arrestation pour sodomie en 1968. Il était considéré comme un bon père de famille et beaucoup de ses amis crurent qu'il était victime d'un coup monté.

     Une des bizarreries de Gacy était d'aimer se faire passer pour un policier ; il possédait une voiture équipée d'un gyroraphe et d'une radio de police. Il avait invité Schrœder à l'accompagner durant l'une de ses "rondes", puis s'était introduit à l'aide d'un pied de biche dans les locaux de la compagnie de bois de charpente. Là, il avait ordonné à Schrœder de fracturer le distributeur de coca-cola et de prendre l'argent qu'il contenait - trois dollars. Gacy vola une rallonge électrique et un pot de peinture. Par la suite, il se livrèrent à un cambriolage similaire dans une autre entreprise que Gacy était censé " surveiller ".
     Schrœder insista sur le fait qu'il n'avait jamais volé auparavant, et qu'il ne s'y était résolu que parce que Gacy le lui avait ordonné.
Chantage
 


     Le chantage était intervenu plus tard. Gacy avait dit à Schrœder qu'il voulait faire rosser Donald Vorhees pour le dissuader de témoigner contre lui. Schrœder avait tout d'abord refusé. Mais Gacy l'avait menacé, et Schrœder avait dû se laisser "convaincre". Le lendemain, le 30 août 1968, il se présenta à Donald Vorhees sur le campus de la ville, et expliqua qu'il avait été sélectionné pour le parraîner pendant quelques jours.
     Vorhees, flatté qu'un aîné s'intéresse à lui, accepta avec empressement d'accompagner son "parrain" pour aller récupérer de l'alcool volé, caché dans un bois isolé. Une fois sur place, Schrœder vaporisa du gaz lacrymogène, fourni par Gacy, dans les yeux de Vorhees. Celui-ci tomba en hurlant dans un ruisseau. Quand il parvint à sortir de l'eau, Schrœder se mit à le frapper en criant qu'il ne devait pas témoigner contre John Gacy.
     Vorhees envoya alors de violents coups de poings à la ronde et parvint à atteindre son agresseur d'un coup dans le nez, déclenchant un abondant saignement. S'enfuyant à l'aveuglette à travers bois, Vorhees réussit à s'échapper tandis que Schrœder tentait d'endiguer le flot de sang.
     Le lendemain, Schrœder fut arrêté et emmené au commissariat de police. Pour ne pas impliquer Gacy, i raconta d'abord qu'il avait été engagé par un dénommé Jim. Mais le jour suivant, il changea d'avis et relata l'histoire des cambriolages et du maître-chanteur.
    
      Pendant que Gacy attendait en prison de passer en jugement, la police recueillit le témoignage de deux autres adolescents qu'il employait. Le premier, Richard Westphal, décrivit comment Gacy avait proposé en plaisantant de le laisser coucher avec sa femme en échange d'une fellation. Un soir, alors que le jeune homme travaillait chez Gacy à construire un bar dans son sous-sol, Gacy lui avait proposé de rester pour la nuit. Aussitôt le garçon couché, la femme de Gacy, Marlynn, était entrée dans la chambre et s'était glissé dans son lit.
     Soudain, la lumière s'était allumée et Gacy avait fait irruption dans la pièce en déclarant d'un air triomphant : " Maintenant, tu me dois une pipe ! " Marlynn et John Gacy étaient alors sortis de la pièce - il s'agissait visiblement d'un coup monté - laissant le jeune homme seul dans son lit, en pleine confusion. Quelques jours plus tard, Gacy avait insisté pour recevoir son dû.

 
" Cet homme a peu de
chance d'être guéri, on ne
peut que l'interner "
DUTTON, avocat général

Roulette russe

 
     Le récit du second adolescent était plus effrayant. Il avait passé la soirée à se saouler avec Gacy et avait dû s'extirper de la voiture dans laquelle ils se trouvaient pour aller vomir. Soudain, Gacy apparut à côté de lui, un revolver à six coups à la main. " Jouons à la roulette russe ", avait dit Gacy, en enlevant cinq balles du barillet.  " Je risque de me faire tuer ! ", répondit le jeune garçon. " C'est le but du jeu ", dit Gacy, " tu en sais trop. " Il avait pointé l'arme contre la tempe du garçon et avait appuyé sur la détente. Le coup n'était pas parti. Il avait à nouveau appuyé sur la gâchette à quatre reprises. A chaque fois, le percuteur avait frappé une chambre vide. " C'est la fin ", annonça Gacy, puis il avait appuyé une sixième fois sur la détente, et à nouveau le chien avait percuté une chambre vide. Gacy avait éclaté de rire et avait ramené le garçon chez lui.
Le juge Peter Van Metre condamna Gacy à dix ans de prison, peine maximum à la fin des années soixante dans le cas d'une inculpation pour sodomie.

     Gacy avait réussi à convaincre plusieurs de ses employés qu'il était entrain d'écrire un livre sur la sexualité, patronné par le gouverneur de l'Illinois, et qu'il devait faire des expériences "scientifiques" sur l'homosexualité. Un adolescent au moins, âgé de quinze ans, se laissa entraîner dans une chambre de motel dans "l'intérêt de la science".
     Gacy fut jugé en novembre 1968 et plaida coupable des charges de sodomie qui pesaient contre lui (suivant la loi américaine, l'inculpation pour sodomie couvre aussi les rapports bucco-génitaux). La perspective fut évoquée, mais le juge Peter Van Metre rejeta l'argument des psychiatres suivant
lequel Gacy était un hétérosexuel "expérimentant" les relations homosexuelles ; selon eux, il avait simplement besoin d'être "étroitement encadré après sa mise en liberté surveillée".
     Le juge, conscient de la personnalité manipulatrice de Gacy, qui était capable de se donner beaucoup de mal pour parvenir à séduire de jeunes garçons, et de ses tendances sadiques, le condamna à dix ans de prison. Le lendemain, Marlynn Gacy, mère de deux enfants, entamait une procédure de divorce. Au centre d'éducation surveillée de l'Iowa, à Anamosa, Gacy démontra à nouveau ses talents de caméléon en parvenant à se faire passer pour un homme convenable, travailleur et digne de respect. Il exprimait si souvent son mépris des homosexuels que ses codétenus étaient convaincus que
son incarcération était le résultat de quelque malheureuse beuverie. En prison, Gacy fut employé aux cuisines et se mit à la tâche avec enthousiasme. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il y avait une section de la Chambre de commerce associée dans la prison, que Gacy rejoignit bientôt et dont il devint l'un des membres les plus importants.
     Il se conduisit de façon si positive qu'il fut mis en liberté conditionnelle après dix-huit mois de prison seulement. Il avait dit à ses amis de Waterloo - dont beaucoup croyaient qu'il avait été victime d'un coup monté organisé pars ses opposants politiques - qu'il avait l'intention de revenir s'établir dans la ville. Mais vingt-quatre heures après sa libération, il partait pour Chicago.

IV        LES   MEURTRES

En public, Gacy était un militant politique apprécié et un
homme charitable. Il se rendait dans les hôpitaux, déguisé en
clown, pour distraire les enfants malades. En privé, il était un
être sadique animé par des pulsions morbides.


 A Chicago, Gacy devint un citoyen exemplaire, faisant du bénévolat déguisé en " Pogo le clown ". Les contrôleurs judiciaires responsables de sa liberté conditionnelle avaient approuvé son retour en ville, croyant favoriser sa réinsertion. L'installation de Gacy chez sa mère lui apporterait, pensaient-ils, la stabilité. Un an seulement après son retour, Gacy s'était si bien réadapté que sa mère l'aida à acheter sa propre maison.
 
     Un homme avec l'énergie et la détermination de Gacy était voué à la réussite. C'est pourquoi le contrôleur judiciaire responsable de sa mise en liberté conditionnelle l'autorisa à s'installer à Chicago. Gacy lui donna bientôt raison. Il emménagea chez sa mère et trouva un emploi comme cuisinier dans la restauration rapide. Ce genre d'emplois foisonnait et il en changeait souvent pour améliorer sa condition. Bientôt, il décida de créer sa propre affaire de construction qu'il baptisa PDM (Peinture, Décoration et Maintenance).
     Lors de l'un de ses premiers contrats, il fit la connaissance du colocataire de l'homme dont il décorait l'appartement. Celui-ci était homosexuel et il ne tarda pas à lui faire des avances. Il indiqua à Gacy où il pouvait rencontrer des jeunes garçons - au terminus d'autocar local - et ajouta qu'au coin de Clark et de Broadway se trouvait une zone fréquentée par des prostituées homosexuels.

Rencontres   homosexuelles

     Ces conseils provoquèrent les premiers ennuis que Gacy eut avec la police de Chicago. En février 1971, un jeune homosexuel porta plainte : Gacy avait essayé de le contraindre à avoir des rappors sexuels avec lui.
     Mais le jeune homme ne se présenta pas devant le tribunal pour témoigner et les poursuites furent abandonnées. Le juge d'application des peines ne fut pas informé de cet incident. Huit mois plus tard, en octobre 1971, Gacy cessa d'être soumis au régime de la liberté conditionnelle.
     Gacy était désormais installé dans sa propre maison, un pavillon avec deux chambres à coucher dans West Summerdale Avenue, à Des Plaines.  L'endroit n'avait qu'un inconvénient : le vide sanitaire sous le plancher était réguilièrement inondé par un ruisseau souterrain. Gacy installa une pompe. Il se présenta à ses voisins, les Grexa, et les invita chez lui à Noël pour qu'ils puissent rencontrer sa mère et sa famille. Les Grexa le trouvèrent charmant. Gacy leur présenta aussi une jeune femme nommée Carole Hoff, mère divorcée de deux petites filles ; les Grexa pensèrent qu'une histoire d'amour se préparait.
     Pourtant, peu après, Gacy commettait son premier meurtre. La victime était un jeune homme d'environ dix-huit ans, qu'il avait pris à bord de sa voiture tard dans la nuit, devant le dépôt d'autocar. Gacy raconta par la suite comment les choses s'étaient déroulées, 
mais sa version des faits était, pour le moins, peu vraisemblable : il aurait invité le jeune homme chez lui ; une fois sur place, les deux hommes se seraient livrés à des rapports bucco-génitaux mutuels, et Gacy se serait ensuite endormi seul dans son lit. Vers 4 h du matin, il se serait réveillé pour trouver le jeune homme debout au-dessus de lui, un couteau de boucher à la main. Une bagarre aurait éclaté, au cours de laquelle le couteau aurait blessé le jeune homme à mort. Gacy l'aurait alors enterré dans le vide sanitaire. Il n'avait pas prévenu la police parce qu'avec ses antécédents de délits homosexuels, la police n'aurait jamais cru qu'il s'agissait d'un accident.

La vie nocturne interlope de Chicago (ci-dessus) favorisait les activités homosexuelles de Gacy et lui procurait des proies faciles. La prostitution masculine était répandue, et de jeunes garçons traînaient dans les rues dans l'espoir d'attirer le "client".

" Je fais beaucoup de choses
horribles, mais je fais aussi
beaucoup de choses bien "
JOHN GACY

 
      Le 1er juin 1972, Gacy épousa Carole Hoff à l'église du quartier. Les voisins qui assistèrent à la réception après la cérémonie remarquèrent qu'une bizarre oedeur régnait dans la maison, comme s'il y avait un rat mort ou une fuite de vidange quelque part. Gacy expliqua que c'était dû à l'eau qui s'infiltrait sans cesse dans le vide sanitaire.
     Les Gacy semblaient heureux en ménage. John Gacy invita même sa belle-mère à venir vivre sous leur toit. Mais un jour, alors que Mrs. Grexa demandait en plaisantant à Carole Gacy pour quand était l'heureux événement, celle-ci répondit que pour être enceinte, il fallait avoir des rapports sexuels.
     Cependant, Gacy était en passe de devenir une célébrité locale. Etant trop âgé pour adhérer à la Chambre de commerce associée, il contacta la section locale du parti démocrate et offrit de travailler pour elle, proposant même les services de ses jeunes ouvriers du bâtiment pour entretenir les bureaux. Les membres acceptèrent avec enthousiasme. Gacy se confectionna lui-même un costume de clown, et " Pogo le clown " devint une silhouette familière lors des collectes de fonds des démocrates et dans le service des enfants malades de l'hôpital local.
     Les jeunes employés masculins de Gacy subissaient les autres facettes de son caractère. Son défaut le plus manifeste était son avarice. Il insistait par exemple pour ne payer à ses employés que le temps travaillé, sans tenir compte du temps passé en déplacement. Comme ses employés devaient parfois changer de lieu de travail plusieurs fois par jour, ils y perdaient beaucoup. L'un deux, Tony Antonucci, âgé de seize ans, avait d'autres motifs pour se plaindre.
     Un soir, en 1975, Gacy était arrivé tard chez lui, avec une bouteille de vin. Il expliqua qu'il voulait montrer au garçon un " tour de force " à l'aide d'une paire de menottes. Il le mettait au défit de trouver sa méthode " secrète " pour les enlever. Discrètement, Antonucci prit soin de ne pas glisser entièrement l'une de ses mains dans un bracelet et referma le deuxième bracelet sur son autre poignet. Avec sa main libre, il s'empara de la clef, se libéra et menotta Gacy les mains dans le dos. Celui-ci se débattit en proférant des menaces, mais il finit par se calmer et persuada le garçon de lui enlever les menottes. Il ne tenta plus par la suite de contraindre Antonucci à des rapports sexuels.
     Le fils des Grexa, Ron, avait lui aussi des motifs de ressentiment à l'égard de Gacy. Il avai travaillé pour lui et avait dû repousser la proposition que lui faisait celui-ci de le payer " en nature ". Mais ce qui les brouilla définitivement fut l'avarice habituelle de Gacy, qui refusa de lui payer la totalité des heures de travail qu'il avait effectuées. Ron Grexa devint si furieux qu'il menaça d'incendier la maison de Gacy. Ce dernier, en retour, signala ces menaces à la police. Il passa ensuite voir ses voisins pour s'excuser.

 

" La bisexualité ? C'est pas
ce qu'on étudiait chez les
lombrics en cours de
biologie ? "
CAROLE HOFF

 
     Un autre de ses jeunes employés, John Butkovich, fit également les frais de l'avarice de Gacy. A la fin du mois de juillet 1975, il se plaignit à son père, un immigrant yougoslave, du fait que Gacy refusait de lui payer ses deux dernières semaines de travail. Marko, le père de John, suggéra à son fils de faire savoir aux autorités que Gacy ne payait pas les charges salariales. Le 31 juillet, Butkovich et deux de ses amis se rendirent chez Gacy pour exiger leur dû. Celui-ci les calma et affirma que c'était plutôt Butkovich qui lui devait de l'argent, pour les matériaux achetés sur son compte d'entrepreneur et utilisés pour redécorer l'appartement de Marko Butkovich.
     Pour finir, les jeunes gens fumèrent de la marijuana, burent de la bière et partirent. Gacy, selon les déclarations qu'il fit par la suite, décida alors de sortir et de se mettre en quête d'un partenaire sexuel. Tard dans la nuit, il aperçut John Butkovich qui descendait de sa voiture. Butkovich accepta de retourner au domicile de Gacy pour discuter de leur différend.

 
Une   sépulture   en   béton
 
     Le lendemain matin, selon ses dires, Gacy s'était réveillé dans son lit. Il était passé dans le salon et y avait trouvé John Butkovich étendu sur le sol, les mains menottées dans le dos, une corde nouée autour du cou. " Jack ", l'alter ego malfaisant de Gacy, avait encore frappé. Par chance, Carole et ses enfants étaient partis pour le week-end. Gacy s'était hâté de traîner le corps jusqu'au garage et l'avait enterré, puis il avait recouvert le sol de béton.
     Les parents du garçon signalèrent sa disparition à la police. Dans les deux années qui suivirent, les inspecteurs eurent plus de cent entretiens avec Gacy au sujet de John Butkovich. Ils finirent par abandonner la partie et conclurent que Butkovich avait fait une fugue.
     Les Gacy divorcèrent en mars 1976. Gacy était désormais seul, et plus rien ne l'empêchait de ramener ses conquêtes chez lui. Ses voisins entendaient parfois des cris, tard dans la nuit, et se demandaient pourquoi Gacy et ses jeunes amants se querellaient sans cesse - tout le monde savait alors que Gacy avait des liaisons homosexuelles.
     Un mois après le départ de Carole, un jeune homme nommé Darrell Samson accompagna Gacy chez lui, et disparut. Il avait été aperçu en vie pour la dernière fois le 6 avril 1976. Le 14 mai, Randall Reffett alla rejoindre Darrell Samson dans le vide sanitaire. Ce fut une journée chargée pour Gacy : ce même jour, il enleva aussi un adolescent de quatorze ans nommé Samuel Stapleton, alors que celui-ci rentrait à pied chez lui, à un pâté de maisons de là. Les deux cadavres furent retrouvés enterrés ensemble. Le 10 juin, Billy Carroll, qui se prostituait occasionnellement, fut lui aussi enterré dans le vide sanitaire.
 William Carroll (ci-dessus à droite), surnommé Billy, avait disparu depuis deux ans quand son père (à gauche) apprit où il était : le corps de Billy faisait partie des vingt-neuf cadavres retrouvés sous la maison de Gacy. C'était un garçon conscient des dangers de la rue et qui, en temps normal, savait se débrouiller seul. Il n'avait que seize ans quand il fut tué.

     Deux mois plus tard, Rick Johnston, dix-huit ans, disparut alors qu'il rentrait d'un concert. Son corps fut retrouvé dans le vide sanitaire. Le 11 décembre, un employé de Gacy, Gregory Godzik, qui retournait chez lui après être sorti avec sa petite amie, fit l'erreur de rendre visite à Gacy. On retrouva plus tard sa voiture abandonnée. Ses parents, fous d'inquiétude, engagèrent un détective privé pour rechercher leur fils, sans résultat. Le 20 janvier 1977, un autre adolescent qui travaillait pour Gacy, John Szyc, âgé de dix-neuf ans, disparut à son tour.
     Neuf mois plus tard, un indice vint éclairer la disparition de Szyc. Un jeune homme, Mike Rossi, fut arrêté pour un délit mineur alors qu'il se trouvait au volant de la voiture de John Szyc. Rossi donna à la police le nom de l'homme chz qui il habitait : John Gacy. Celui-ci expliqua sans sourciller qu'il avait acheté la voiture à John Szyc car celui-ci avait besoin d'argent pour quitter la ville. La police se laissa convaincre.

     John Gacy commençait à se faire une mauvaise réputation parmi les prostitués de Chicago. Peu après son divorce, Gacy ramena chez lui un certain Jaimie. Lorsqu'il se fut déshabillé, Gacy se mit à le frapper violemment au visage. Jaimie réussit à éviter de se faire menotter, mais fut jeté sur le lit et sauvagement violé. Dans la mesure où il était a priori disposé à faire ce que Gacy désirait, toute cette violence était inutile. Il comprit que Gacy était un sadique qui avait besoin d'infliger la souffrance pour obtenir une pleine satisfaction sexuelle. Après le viol, Gacy lui donna cent dollars et le ramena chez lui.
     Le 6 janvier 1978, Gacy fut arrêté et emmené au commissariat de police. Un prostitué nommé Robert Donelly avait déposé une plainte contre lui. Donelly s'était rendu chez Gacy après avoir accepté de jouer le rôle " d'esclave sexuel ". Mais ce qui s'était réellement produit dépassait l'accord voulu. Gacy l'avait menotté, puis avait passé la nuit à l'étrangler au point de lui faire perdre connaissance, à le violer, et à lui maintenir la tête sous l'eau dans une baignoire jusqu'à ce qu'il s'évanouisse. Donelly ayant accepté le principe de " l'esclavage sexuel ", la police décida de ne pas donner suite à l'affaire.
     Un autre adolescent décrivit comment Gacy, faisant semblant d'être un policier, l'avait " arrêté " un soir tard puis emmené chez lui. Là, il avait été soumis au même traitement que Donelly. Quand Gacy l'avait enfin laissé partir, il lui avait dit qu'il était inutile d'aller se plaindre à la police car personne ne le croirait. Hélas, cela s'avéra exact.

 
" Il faisait croire qu'il
coucherait avec eux. Il se
servait des homosexuels
comme certaines filles se
servent des hommes "
UNE AMIE à propos de Landingin

 
     Au printemps suivant, un incident tragique faillit provoquer la chute de Gacy. Le 21 mars 1978, tôt dans la matinée, un homosexuel de vingt-six ans, Jeff Rignall, accepta de se faire déposé en voiture par un gros homme jovial. Tandis qu'ils roulaient à bord de l'Oldsmobile, celui-ci offrit au jeune homme de la marijuana, qu'ils fumèrent en bavardant. Soudain, le conducteur arrêta la voiture et plaqua un chiffon mouillé sur le visage de Rignall. Le chiffon sentait le chloroforme.
     Rignall reprit connaissance dans une chambre où était accrochée la photo d'un clown. Sa tête et ses mains étaient attachées à une sorte de pilori, et le sol était jonché de fouets en cuir et de godemichés. Il avait été déshabillé. Pendant le reste de la nuit, Rignall fut tour à tour violé et chloroformé. Finalement, il se réveilla dans la neige au milieu d'un parc, souffrant le martyre. Les examens médicaux révélèrent que le chloroforme avait gravement et définitivement endommagé son foie.

Jeffrey Rignall (ci-dessus à droite), après avoir été chloroformé, violé et sauvagement frappé par Gacy. Après sa convalescence, Rignall poursuivit Gacy en justice selon une procédure privée. Ci-dessus à gauche, il s'entretient avec son avocat F. A. Richman.

     Rignall, fou furieux, décida de traquer son agresseur. Il passa un mois, assis dans sa voiture aux entrées d'autoroute, à guetter l'Oldsmobile noire et son gros conducteur. Fin avril, il le repéra enfin, le suivit et releva le numéro d'immatriculation de sa voiture. il se rendit au poste de police, déclara qu'il avait retrouvé son agresseur et identifia John Gacy parmi des photos de suspects. Pourtant, la police décida qu'il n'y avait pas assez de preuves pour faire condamner Gacy. Rignall s'adressa alors à un avocat et fit lancer un mandat d'arrêt civil contre l'entrepreneur. Pendant ce temps, Gacy participait au défilé du jour anniversaire de la Constitution polonaise, et se faisait photographier serrant la main de la femme du Président des Etats-Unis, Rosalynn Carter. Quand il apprit qu'un mandat d'arrêt était lancé contre lui, il déposa rapidement une contre-accusation, affirmant que c'était Rignall qui avait essayé de l'endormir avec une drogue appelée " flash ".
 

 
     Ainsi, Gacy resta en liberté. Le vide sanitaire sous sa maison était désormais tellement plein qu'il n'y avait plus de place pour d'autres cadavres. A la mi-juin, un adolescent nommé Tim O'Rourke demanda un emploi à Gacy. Son cadavre fut jeté dans la rivière Des Plaines. De même que celui de Frank Landingin, enlevé le 3 novembre 1978, et celui de James Mazzara, qui disparut vers la fin novembre. Mais la réussite rendait Gacy imprudent. En attirant chez lui sa dernière victime, Robert Piest, Gacy laissa par mégarde de nombreux indices.
 
¤ LE   MAL   AIMÉ

Pour expliquer la désintégration morale de Gacy,
les psychiatres incriminèrent son père et
l'expérience que fit l'enfant, dès son jeune âge,
de la brutalité et de la domination.

 
Gacy réalisa ces deux dessins impressionnants en prison. Ils illustrent de façon saisissante les deux aspects de sa personnalité complexe. Le clown traduit le désir d'être aimé et accepté, tandis que le crâne témoigne de sa fascination pour la mort.

     Dès son jeune âge, John Wayne Gacy souffrit de problèmes d'ordre psychiatrique dus à l'attitude de son père - John Stanley Gacy, un alcoolique brutal. Celui-ci refusait d'admettre, quelles que soient les circonstances, qu'il puisse avoir tort. " Si mon père disait que le soleil ne se lèverait pas le lendemain, il était inutile de discuter. Il vous aurait réduit en charpie à force d'arguments. " Mais John Gacy junior, comme il devait le démontrer par la suite, avait lui aussi une personnalité dominante, et ne céda jamais devant la tyrannie paternelle.
     Son père se mit à le détester et à le battre. Plus tard, Gacy se rebella et rendit coup pour coup. Ce contexte familial explique le désir obsessionnel de Gacy " d'avoir raison ", de se faire apprécier et admirer.
     La vie sexuelle de Gacy débuta tôt. A l'âge de quatre ans, une arriérée mentale âgée de quinze ans lui ôta son pantalon et se livra à des attouchements sur lui. Quand il en parla à sa
mère, celle-ci sembla penser que c'était lui le fautif. A l'âge de six ans, Gacy fut surpris avec le fils d'un voisin et sa petite soeur : tous trois, nus, s'adonnaient à des jeux sexuels. John se fit corriger brutalement par son père. Cette même année, sa mère découvrit un jour son tiroir de lingerie vide, et retrouva tous ses dessous dans une boîte cachée sous la véranda devant la maison ; John déclara qu'il aimait le contact soyeux du tissu.
     On sait que de nombreux meurtriers ont dans leur passé reçu une blessure sévère à la tête. Ainsi, Gacy, à onze ans, fut heurté au crâne par une balançoire et perdit connaissance. Pendant les cinq années qui suivirent, il eut des évanouissements. Gacy avait seize ans quand les médecins diagnostiquèrent une embolie cérébrale. Après un traitement visant à dissoudre le caillot qui se trouvait dans son cerveau, les évanouissements cessèrent.

 
Gros   et   laid
 

Le Pr Lawrence Z. Freedman, un psychiatre de l'université de Chicago, réalisa une étude sérieuse sur Gacy. Il pensait que " les meurtres en série sont le plus souvent commis par des assassins frustrés par la société " et que " les auteurs de tels crimes éprouvent souvent un désir maladif d'être aimés et admirés ".

 
     La mère de Gacy lui avait inculqué que la sexualité était quelque chose de merveilleux et de sacré. A l'âge de dix-huit ans, il était si gros ( plus de 90 kg) et laid, qu'aucune fille ne faisait attention à lui. Un jour, il eut la chance de rencontrer une jeune fille consentante qui se déshabilla dans sa voiture. La vue de son corps nu le fascina, mais quand il devint clair qu'elle attendait un rapport sexuel, il s'évanouit.
     Peu après, les conflits incessants qui l'opposaient à son père le décidèrent à quitter la maison familiale. Il se rendit à Las Vegas, mais sans diplôme de fin d'études secondaires, il était difficile de trouver du travail. Il décrocha finalement un emploi de gardien à la morgue. Aimant l'ordre jusqu'à l'obsession, il y fut très apprécié. Les cadavres le fascinaient, en particulier ceux des jeunes garçons. Il s'adonna probablement à la nécrophilie ( relations sexuelles avec un cadavre ) bien qu'il le niât, des années plus tard, face aux psychiatres des prisons.
     Gacy avait un autre point commun avec la majorité des tueurs dont la motivation est d'ordre sexuel : c'était un menteur pathologique, et il volait depuis son plus jeune âge. Il mentait, par exemple, en s'inventant une carrière dans les Marines, pour impressionner les gens. Et il volait parce qu'ainsi il se sentait intelligent et supérieur aux autres. Ses tendances sadiques pourraient avoir une relation avec les corrections violentes que lui administrait son père.


 
Travailleur   forcené
 

     Gacy ne mentait pas forcément quand il soutenait être habité par quatre personnalités. Il ne souffrait cependant pas d'une véritable " personnalité multiple ", comme la malade du célèbre cas des " trois visages d'Eve ". Dans cette affaire, des témoignages médicaux prouvaient qu'Eve avait trois personnalités distinctes. Aucun témoignage de cette sorte ne vint étayer les affirmations de Gacy.
     Parmi les meurtriers motivés par leurs pulsions sexuelles, les hétérosexuels ( comme Ted Bundy ou Buono et Bianchi ), kidnappent pour violer. Les criminels homosexuels ont plutôt tendance à créer des situations qui facilitent la séduction. Gacy étant un travailleur forcené, il choisit de trouver une occupation professionnelle lui permettant d'employer des jeunes garçons, ce qu'il fit en devenant entrepreneur dans le bâtiment.

     Dans un premier temps, Gacy sembla rechercher surtout les rapports bucco-génitaux. Il ne se considérait pas comme un homosexuel " aiment les hommes " et Gacy ne les " aimait " pas, il voulait seulement s'en servir pour satisfaire ses besoins sexuels. Sans doute disait-il la vérité en affirmant que bon nombre de ses meurtres avaient été commis à la suite de disputes. Gacy était un individu très autoritaire. Son éducation lui avait laissé le besoin d'imposer sa volonté aux autres. Quand il se querellait avec quelqu'un, il était toujours persuadé d'avoir raison, et tuait donc sans aucun remords.
    
      Mais tuer satisfaisait aussi son besoin maladif de " domination ", de sorte que le sadisme devint une part importante des meurtres. Les cris entendus par les voisins laissent deviner que Gacy torturait ses victimes. Pourtant, sur un autre plan, il demeurait effectivement quelqu'un de convenable, désireux de plaire, d'être admiré et respecté.
     Plusieurs personnages se côtoyaient en lui. Le psychiatre Lawrence Z. Freedman déclara que Gacy était l'une des personnalités les plus complexes qu'il ait jamais rencontrées.



V       LE   PROCÈS



Il n'y avait aucun doute sur la culpabilité de Gacy.
La question était de savoir s'il était dément ou non.
La défense en était convaincue, l'accusation
n'était pas du même avis.

 
     Une fois les vingt-neuf cadavres exhumés, il ne restait plus guère, de la maison de Gacy, qu'une carcasse de pierres. Au printemps, elle fut déclarée dangereuse et démolie. Quelques touriste en mal de sensations morbides vinrent contempler ce tas de boue jaunâtre à l'aspect marécageux, mais la plupart d'entre eux furent visiblement déçus.
     A la fin du mois d'avril, le corps de Robert Piest fut découvert au barrage de Dresden sur la rivière Illinois. Toutes les victimes de Gacy avaient été retrouvées. Les parents de Robert Piest créèrent la fondation Robert J. Piest pour aider à lutter contre les meurtres d'enfants.

 

" Jack "   le   malfaisant
 
Les représentants de l'accusation William Kunkle, Robert Egan et Terry Sullivan ( de gauche à droite ) ; l'accusation soutenait que Gacy n'était pas dément mais seulement malfaisant.

     A l'hôpital psychiatrique Cermak, à Chicago, des psychiatres examinèrent Gacy. Dès le début, ce dernier affirma être la victime d'un alter ego malfaisant nommé " Jack ". C'était " Jack " qui commettait les meurtres - Gacy concéda néanmoins plus tard que lui, John, en avait aussi commis quelques-uns. " Jack " s'emparait de l'esprit de Gacy tard dans la nuit, quand celui-ci avait bu, et le forçait à se mettre en quête de victimes.
     " Jack " était l'une des quatres personnalités
qui dominaient tour à tour Gacy. Mais ces récits variaient si souvent qu'il devenait difficile de croire quoi que ce fût. L'un de ses psychiatres menaça même de ne plus s'occuper de lui s'il ne cessait pas de mentir.
     Gacy soutenait également qu'il avait commis la plupart des meurtres en état de légitime défense, y compris le premier, celui du garçon qu'il avait ramassé à la sortie d'un autocar. Les autres avaient eu lieu à la suite d'altercations : celle qui avait précédé le meurtre de Butkovich concernait le salaire de celui-ci ; la dispute avec Godzik portait sur la drogue ; celle qui l'avait opposé à Szyc avait éclaté au sujet d'une voiture... Gacy donna ensuite une autre explication pour certains des décès. Les adolescents avaient accepté les rapports sexuels de leur plein gré, et avaient été d'accord pour qu'une corde les étrangle afin de provoquer érection et orgasme. Ses avocats, considérant que la plupart de ces explications ne serviraient qu'à lui attirer l'antipathie du jury, décidèrent de plaider la folie.

 

Sam Amirante, l'un des avocats de la défense (ci-dessus ), parle à la presse pendant que le jury décide du sort de son client. Gacy avait sans aucun doute possible commis les meurtres ; il fallait déterminer s'il était responsable ou non au moment des faits. Même les psychiatres n'arrivaient pas à se mettre d'accord à ce sujet.
 
     Le procès de John Gacy débuta le 6 février 1980, devant le juge Louis B. Garippo.
Le juge Garippo, l'un des juges les plus respectés d'Amérique, fut choisi pour présider le procès Gacy. Ancien procureur, il s'était en partie occupé du procès d'un autre meurtrier célèbre de Chicago, Richard Speck.

     Dans sa plaidoirie d'ouverture, l'avocat de l'accusation, Robert Egan, affirma que Gacy était simplement un être malfaisant et non un dément. Le représentant de la défense, Robert Motta, affirma au contraire qu'un homme capable de dormir dans une maison, entouré de vingt-neuf cadavres, n'était pas malfaisant mais fou. Gacy, comme on l'apprit plus tard, s'indigna de voir que ses propres avocats étaient incapables d'inventer une histoire qui
pût le faire acquitter. Car, comme les examens psychiatriques l'avaient révélé, Gacy n'éprouvait aucun remords vis-à-vis de ses crimes. Pour chacun d'eux, il avait une bonne excuse pour se justifier.
     Le deuxième jour du procès, les parents des garçons décédés témoignèrent. Beaucoup pleuraient ou s'évanouissaient. Gacy, l'air irrité, les regardait en ricanant, convaincu que tout cela n'était que comédie. Quelques jours plus tard, deux adolescents qui avaient vécu chez Gacy ( ses amants selon lui ) témoignèrent à leur tour. David Cram et Michael Rossi expliquèrent comment, sur les instructions de Gacy, ils avaient creusé dans le vide sanitaire des " tranchées " qui devaient servir à faire passer des tuyaux.
     Ensuite, les policiers qui avaient interrogé Gacy évoquèrent ses aveux. L'un deux, Greg Bedœ, raconta comment Gacy avait admis avoir récité le vingt-troisième psaume à l'une de ses victimes pendant qu'il l'étranglait. Le garçon, avait précisé Gacy, était un masochiste, et il lui avait donc fait " une faveur ". Gacy avait également fait la démonstration de la manière dont il avait tué la plupart des adolescents, se servant d'un chapelet comme garrot, en le serrant autour de leur cou à l'aide d'un stylo. 

 
 
Les meurtres de Gacy déclenchèrent une indignation encore plus grande dans le public, au point que la police, à la recherche d'armes offensives (ci-dessus ), fouillait tous ceux qui désiraient entrer dans le tribunal.

     Les arguments en faveur de l'accusé débutèrent, paradoxalement, avec le témoignage de Jeffrey Rignall. En réponse aux questions de l'avocat de la défense Sam Amirante, Rignall décrivit sa nuit de viol et de torture et admit qu'un homme capable de tels actes ne pouvait pas être sain d'esprit. L'avocat général William Kunkle fit remarquer que Rignall avait écrit un livre sur sa rencontre avec Gacy, et déclara que sa comparution devant le tribunal était purement destinée à faire la promotion de son livre.
     Les rôles principaux durant le procès échurent naturellement aux psychiatres. Dans son témoignage, le Dr Thomas S. Eliseo affirma que Gacy était d'une intelligence bien au-dessus de la moyenne, mais il ajouta que les examens révélaient qu'il était atteint de schizophrènie paranoïde. Kunkle porta atteinte à la crédibilité du psychiatre en lui demandant s'il prétendait que Gacy avait commis trente-trois meurtres sans se rendre compte qu'il faisait quelque chose de mal.

 
Psychose
 
     Le second psychiatre cité par la défense, Lawrence Z. Freedman, expliqua que Gacy était l'une des personnalités les plus complexes qu'il eût jamais rencontrées, mais il insista aussi sur le fait que Gacy était psychotique ( donc juridiquement dément ). Il s'accorda avec le précédent psychiatre pour dire que la psychose de Gacy avait probablement débuté à la prison d'Anamosa, aux alentours du mois de décembre 1969, à la mort de son père.
     Le Dr Freedman souligna aussi l'absence totale de sentiments dont faisait preuve Gacy quand il décrivait ses meurtres. Le psychiatre proposa une explication intéressante à la manie meurtrière de Gacy : Gacy détestait véritablement les homosexuels et ne se considérait pas lui-même comme un homosexuel - quelqu'un qui n'aime que les hommes - mais comme un bisexuel. Il avait déclaré aux enquêtuers que ses victimes " méritaient " de mourir. Gacy, affirma Freedman, projettait sa propre homosexualité sur ses victimes. En les tuant, il se débarrassait symboliquement de cette homosexualité.
     Deux autres psychiatres, les Dr Robert Traisman et Richard G. Rappaport, déclarèrent également, au cours de leur déposition, que Gacy était anormal. Rappaport répondit avec fermeté aux questions du contre-interrogatoire éreintant que lui fit subir Kunkle et défendit de façon convaincante son opinion selon laquelle le sadisme de Gacy était une réaction contre son père. Gacy, visiblement ravi du témoignage de Rappaport, souriait aux membres du jury comme pour les encourager à écouter attentivement.
     Il eut l'air moins satisfait lorsque Robert Donelly décrivit la nuit terrifiante qu'il avait vécue dans la maison de Gacy, tour à tour violé, étranglé et à moitié noyé. Gacy sembla encore plus mécontent de la déposition du psychiatre Arthur Hartman, qui soutint que, bien qu'atteint d'un désordre de la personnalité, Gacy n'était absolument pas fément. Le Dr Robert A. Reifman abonda en ce sens en déclarant que Gacy avait un " type de personnalité particulièrement narcissique ".
     Il était tellement amoureux de sa propre image qu'à ses yeux les autres existaient à peine.  " Je ne crois pas qu'on puisse avoir trente-trois accès de folie temporaire ", ajouta Reifman. Le fait même d'avoir demander à Cram et Rossi de creuser les tombes dans le vide sanitaire indiquait que Gacy avait organisé les meurtres à l'avance. Gacy, argumenta Reifman, simulait la folie. Le Dr James Cavanaugh, autre psychiatre de l'accusation, défendit le même point de vue.
 
Condamné 

     Dans les plaidoiries de clôture, l'accusation exprima à nouveau l'opinion selon laquelle Gacy était un être malfaisant et non un fou. La défense réitéra l'idée qu'il était dément. Le 12 mars 1980, deux heures suffirent aux membres du jury pour tomber d'accord avec l'accusation : Gacy n'était pas dément, il était donc coupable.
     Le lendemain, le juge Garippo prononça la peine de mort dans la salle du tribunal.
     Le public applaudit. 

DÉNOUEMENT
 
Peu avant l'affaire Gacy, la police de Chicago avait installé un nouveau système informatique permettant de relier divers cas de personnes disparues, en juxtaposant leurs points communs.

♦ Les habitants de Des Plaines honorèrent leur police locale, ainsi que tous ceux qui avaient participé aux recherches en leur remettant des décorations. le lieutenant Kozenczak devint chef de la section policière chargée des patrouilles.

♦ La police de Chicago ne s'en tira pas aussi bien. Elle fut poursuivi pour négligence par la famille Piest et critiquée publiquement pour son incompétence.


La maison de Gacy avait été très sérieusement endommagée pendant les recherches ( ci-dessus ). Elle fut finalement démolie ( à droite ) en avril 1979.

__l__
    l         John Wayne Gacy a été exécuté le 10 mai 1994 par injection létale, à Joliet, Illinois.
    l            
    l         Il avait 52 ans.
    
 
 
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