Nom : Kenneth Alessio Bianchi Nom : Angelo Buono
Alias : "The Hillside Strangler" Alias : "The Hillside Strangler"
Date de naissance : 22 mai 1951 Date de naissance : 5 octobre 1934
Classification : Serial killer Classification : Serial killer
Caractéristiques : Kidnapping-viol-torture Caractéristiques : Kidnapping-viol-torture
Nombre de victimes : 12 Nombre de victimes : 12
Date des meurtres : 1977-1979 Date des meurtres : 1977-1979
Date d'arrestation : 13 janvier 1979 Date d'arrestation : 22 octobre 1979
Méthode de meurtre : Strangulation Méthode de meurtre : Strangulation
Lieu : Californie et Washington, USA Lieu : Los Angeles, Californie, USA
Statut : Condamné à la perpétuité Statut : Décédé le 21 septembre 2002

I                ARRESTATION
 

En 1979, un agent de sécurité fut accusé du meurtre de
deux étudiantes dans une paisible petite ville américaine.
En enquêtant sur le passé du criminel, les policiers mirent
à jour une affaire d'une ampleur terrifiante.


 
     La petite bourgade de Bellingham, dans l'Etat de Washington aux U.S.A., jouit de l'un des plus beaux panoramas du nord-ouest américain, s'ouvrant sur le détroit de Juan de Fuca et sur les collines boisées des îles San Juan et Vancouver.
     Dans cette ville de quarante mille habitants, les actes criminels sont fort rares. Aussi, lorsque la disparition de deux jeunes filles fut signalée, un vendredi matin, le chef de la police Terry Mangan pensa de prime abord que Karen Mandic et Diane Wilder, étudiantes à la Western Washington University, étaient parties en week-end.
     Cependant, l'ami de Karen affirma que celle-ci ne serait jamais partie sans le prévenir. Lorsque Mangan sut que Karen avait laissé son chat sans nourriture, il s'alarma.
     La veille au soir, le 11 janvier 1979, Karen avait dit à son fiancé que Diane et elle allaient garder la maison d'un couple parti en voyage, dont le système de sécurité était défectueux.

 
" Il [Bianchi] disait que seul
un maniaque pouvait avoir
tué comme ça et qu'il priait
pour que Dieu pardonne à
celui qui avait fait ça "
KELLI BOYD, au sujet des lettres de Bianchi

 
     Karen devait simplement rester deux heures dans la maison, le temps que l'alarme soit réparée. Elle recevrait cent dollars pour le dérangement.
     L'homme qui lui avait proposé ce travail était un agent de sécurité du nom de Kenneth Bianchi. Mangan se livra à des vérifications auprès de l'employeur de Bianchi, Mark Lawrence, patron de l'agence Coastal Security. Lawrence déclara que Bianchi était un jeune homme d'excellente réputation et un employé consciencieux.
     Il vivait avec une fille de la région, Kelli Boyd, et leur bébé. Son poste à l'agence ne lui donnait aucune autorité pour offrir à Karen une mission de surveillance.
     Bianchi lui-même assura à son patron n'avoir jamais entendu parler de Karen Mandic et nia avoir jamais proposé à qui que ce fût un travail de gardiennage. Il avait passé la soirée du jeudi à une réunion des réservistes de la police.

 
Gardes   armés
 
Menottes aux poignets, Kenneth Bianchi est conduit au tribunal de Bellingham pour y être inculpé des meurtres de Karen Mandic et Diane Wilder.

     Les enquêteurs découvrirent bientôt d'autres détails étranges. Karen avait dit à son ami que l'homme qui lui avait proposé le travail lui avait fait jurer le secret. Il avait aussi téléphoné à la voisine qui venait habituellement arroser les plantes pour lui demander de ne pas s'approcher de la maison ce soir-là. Des gardes armés seraient en patrouille.

     Des policiers furent dépêchés vers la demeure inoccupée, située dans le quartier cossu de Bayside. Un serrurier ayant ouvert la porte, les policiers pénétrèrent prudemment dans la maison.

     Tout paraissait normal. La maison était en ordre, et il n'y avait aucune trace de lutte ; mais, sur le carrelage de la cuisine, les policiers trouvèrent l'empreinte de pied d'un homme. Elle était encore humide, et les enquêteurs en déduisirent qu'elle avait dû être laissée dans les douze heures précédentes.
 
    
A midi, la station de radio locale diffusa le signalement de la voiture de Karen - une Mercury Bobcat de couleur verte. A 16h30, une femme qui avait vu le matin même une voiture répondant à cette description garée dans une impasse non loin de chez elle téléphona à la police.


     Des hommes se rendirent sur place. Le policier Bill Geddes jeta un coup d'oeil par la lunette arrière. Les cadavres des deux jeunes femmes portées disparues étaient tassés l'un contre l'autre, comme s'ils avaient été jetés dans le véhicule. Les deux victimes étaient entièrement vêtues. Elles avaient été étranglées et violentées.
     Bianchi faisait figure de principal suspect. Un mandat d'arrêt fut lancé contre lui, mais il était parti en mission à bord du fourgon de sa société. Son employeur, Mark Lawrence, accepta de lui tendre un piège.
     Il entra en contact radio avec Bianchi, pour lui demander de se rendre à une cabane de gardien au sud de la ville et d'y attendre de nouvelles instructions. Une demi-heure plus tard, une voiture de police arriva sur les lieux.
     Le jeune homme se rendit sans protester. Il paraissait simplement surpris, et si peu coupable que le policier Terry Wright, qui procédait à l'arrestation, pensa qu'il s'agissait sans doute d'une erreur. Ou bien Ken Bianchi était innocent, ou bien il était un merveilleux acteur.

     Dans les locaux de la police, Bianchi dit ne pas connaître Karen Mandic et avança qu'un imposteur avait certainement utilisé son nom. Les policiers chargés de l'interrogatoire étaient enclins à le croire. Ils le furent plus encore lorsque la concubine de Bianchi, Kelli Boyd, se présenta au commissariat.

Karen Mandic
 
Cette étudiante âgée de vingt-deux
ans tenait à travailler à temps partiel
pour financer ses études.
Diane Wilder
 
Elle avait interrompu sa carrière
d'enseignante pour étudier la culture
arabe à la Washington University.

Un   doux   compagnon
 
      Elle se montra horrifiée à l'idée que Ken Bianchi pût être un criminel. Selon elle, ce doux compagnon, ce père merveilleux, était incapable de violence. Les policiers demandèrent la permission de fouiller leur maison : ils acceptèrent tous deux sans hésitation.
     La perquisition révéla que Bianchi, qu'il fût ou non un meurtrier, était en tout état de cause un voleur. Dans le sous-sol étaient dissimulés plusieurs téléphones de modèles coûteux et une tronçonneuse neuve, dont le vol avait été signalé dans un endroit où Bianchi avait travaillé en tant qu'agent de sécurité. Inculpé de vol aggravé, le jeune homme fut écroué à la prison du comté.


 
Le chef de la police Terry Mangan (en haut à gauche) et le procureur Dave McEachran annoncent l'inculpation de Bianchi lors d'une conférence de presse.

       
La fouille du fourgon de Bianchi permit de relever de nouveaux indices - les clefs de la maison de Bayside, ainsi qu'un foulard de femme. Les amis de Diane Wilder indiquèrent que celle-ci avait la passion des foulards.
     Cependant, les indices les plus convaincants provinrent de l'examen des corps. Les deux étudiantes avaient été étranglées par-derrière au moyen d'un lien ; l'angle selon lequel ce lien avait été serré indiquait que le meurtrier se tenait au-dessus de ses victimes, dans un escalier par exemple.


     Dans l'escalier qui menait au sous-sol de la maison de Bayside, les enquêteurs découvrirent un poil pubien.
     Deux autres poils se détachèrent du corps de Diane Wilder lorsqu'on le déposa sur un drap stérile. Des taches de sperme furent découvertes sur les sous-vêtements des deux jeunes femmes. Des fibres de tapis retrouvées sur leurs vêtements et sur leurs semelles correspondaient à celles trouvées dans la maison de Bayside.
     Il devenait possible de formuler une hypothèse sur le déroulement du double meurtre. Ken Bianchi avait téléphoné à Karen Mandic pour lui proposer la mission de gardiennage. Il avait fait sa connaissance alors qu'il était vigile dans le grand magasin où elle travaillait - il avait donc menti en affirmant n'avoir jamais entendu parler d'elle.
     Bianchi lui avait fait jurer de garder le silence, mais Karen avait parlé à son fiancé, ainsi d'ailleurs qu'à un autre ami, agent de sécurité à l'université. Ce dernier s'était montré légèrement soupçonneux en apprenant le montant de la rémunération promise.




 
































A   l'affût
 
     Selon la théorie des policiers, ce soir-là à dix-neuf heures Karen et Diane s'étaient rendues en voiture à la maison de Bayside. Bianchi les y attendait dans son fourgon - dont des voisins avaient remarqué la présence. Karen avait garé sa voiture dans l'allée, devant la porte d'entrée principale. Bianchi lui avait demandé de l'accompagner à l'intérieur pour allumer les lumières, tandis que Diane attendait dans la voiture.
 
Après l'appel de Mangan à la population, une habitante de Bellingham signala la présence de la voiture de Karen Mandic (ci-dessus).

      
Lorsqu'il reparut quelques minutes plus tard, Diane était à mille lieues de se douter que son amie Karen était étendue sans vie dans le sous-sol. Quelques instants plus tard, Diane fut, elle aussi, étranglée dans l'escalier.
     Le tueur avait transporté les deux corps dans la voiture de Karen, qu'il avait abandonnée dans une impasse après avoir essuyé ses empreintes digitales, puis était revenu à pied à la maison de Bayside où l'attendait son propre véhicule - en chemin, il avait jeté le lien qui lui avait servi à tuer. Le fait le plus étonnant au sujet de ces meurtres était l'apparente absence de mobile.

 
Aucun   souvenir

     Bien que Bianchi affirmât n'avoir aucun souvenir des crimes, les indices accumulés contre lui paraissaient concluants. Pendant son incarcération, les policiers entreprirent de fouiller son passé.
     Avant de s'installer à Bellingham au mois de mai de l'année précédente, il vivait à Glendale, dans la banlieue nord de Los Angeles. Un inspecteur téléphona au bureau de la police du comté de Los Angeles, où l'appel fut reçu par l'inspecteur Frank Salerno, de la brigade criminelle.
     En apprenant qu'un ancien habitant de Glendale du nom de Kenneth Bianchi était soupçonné d'un double meurtre à caractère sexuel, l'inspecteur Salerno se montra plus qu'intéressé.
     Depuis quatorze mois, Salerno était à la recherche de l'auteur de douze meurtres de ce type à Los Angeles, que la presse avait baptisé l'Etrangleur des Coteaux. Le dernier crime s'était produit peu de temps avant le déménagement de Bianchi à Bellingham.


II       L'ORGIE



D'octobre 1977 à février 1978, douze cadavres de jeunes
femmes furent découverts dans les collines voisines de
Los Angeles. Très vite, les policiers pensèrent qu'il n'y avait
pas un tueur, mais deux.

    
     Le cadavre était étendu à flanc de coteau, près du cimetière de Forest Lawn, au sud de l'autoroute de Ventura. La jeune femme, de race noire, gisait nue. Selon toute vraisemblance, son corps avait été transporté en voiture pour être jeté au bas de la pente.
     La température corporelle de la victime montrait qu'elle était morte la veille au soir, le 16 octobre 1977. L'identification du cadavre s'avéra plus aisée que prévu. Ses empreintes digitales figuraient dans les archives de la police : Yolanda Washington était une prostituée qui travaillait dans le secteur d'Hollywood Boulevard.


Yolanda Washington

La première victime se
prostituait pour élever
son bébé, un petit
garçon qu'elle adorait.





 
     L'autopsie permit de déterminer que des rapports sexuels avaient eu lieu, dans lesquels étaient impliqués deux hommes.
     L'un deux faisait partie des individus dont le groupe sanguin ne peut être décelé par l'analyse du sperme. Il se pouvait, d'ailleurs, que les hommes aient été de simples clients n'ayant aucun rapport avec le meurtre. La victime avait été étranglée avec un lien de tissu alors qu'elle était allongée et que le meurtrier se trouvait au-dessus d'elle.

 
Deuxième   cadavre
 
     Ce meurtre ne suscita guère l'intérêt des médias, pas plus que la mort d'une deuxième femme, découverte au matin du 1er novembre étendue au bord d'une route à La Crescenta, ville voisine de Glendale. Cette fois encore, le cadavre de la victime semblait avoir été jeté d'une voiture. Comme celui de Yolanda Washington, il était nu, et la mort avait été causée par strangulation au moyen d'un lien. La victime, presque une enfant, avait à peine quinze ans.
     
Cherchant désespérément une piste, les policiers communiquèrent un portrait-robot.









 
     L'autopsie révéla que ce meurtre pouvait être lié à celui de Yolanda Washington. La jeune fille avait été soumise à des rapports sexuels par deux hommes, qui pouvaient être les agresseurs présumés de la première victime. La position du corps laissait supposer qu'elle avait été portée par deux individus, dont l'un l'avait tenue sous les aisselles et l'autre sous les genoux.
     Les policiers furent désormais convaincus d'avoir affaire à deux meurtriers.
     Cette fois, les empreintes digitales de la victime ne figuraient pas dans les fichiers. Le policier chargé de l'enquête, l'inspecteur Frank Salerno, ne disposait pas de point de départ très précis. Une intuition le conduisit à enquêter autour d'Hollywood Boulevard et à montrer un portrait de la morte aux toxicomanes et aux prostituées du quartier. Plusieurs personnes déclarèrent que le portrait leur rappelait une fille du nom de Judy Miller, que l'on n'avait pas vue récemment.
      Il fallut une semaine à Salerno pour retrouver la trace de ses parents, qui vivaient dans une sordide chambre de motel. A la morgue, ils identifièrent leur fille d'après des photographies. Judy avait fugué un mois auparavant. Salerno savait déjà qu'elle se prostituait occasionnellement. Elle avait offert des rapports sexuels gratuits à un ami une heure avant d'être vue en vie pour la dernière fois
.

Mode   opératoire
 

     Lorsque Salerno parvint à retrouver les parents de Judy, un autre meurtre avait été commis, suivant le même mode opératoire que les deux premiers. 
     Le 6 novembre, un jogger découvrit le corps d'une femme au bord du terrain de golf de Glendale. Elle avait été étranglée au moyen d'un lien et violentée.
     La nouvelle de la macabre découverte fut diffusée à la radio. Peu après, un homme téléphona à la police pour dire que sa fille avait disparu depuis deux jours.


    Agée de vingt ans, Lissa Kastin travaillait depuis peu comme serveuse. Une heure plus tard, le père de Lissa l'identifia d'après des photos montrées à la télévision. Bien que Glendale se trouvât hors de son champ d'action, Salerno alla voir le corps. Les marques de lien autour du cou et les traces autour des poignets et des chevilles lui indiquèrent que les étrangleurs avaient une nouvelle fois frappé. En regardant ce cadavre, Frank Salerno pensa qu'une terrible épidémie venait de se déclarer.
     Cependant, Salerno lui-même ne prévoyait pas l'horreur de ce qui allait suivre.
 


 
 

 

 

























     Fin novembre 1977 : on découvrit sept nouveaux cadavres de jeunes femmes étranglées, dont six dénudés.

 
Jill Barcomb

Prostituée âgée de 18 ans,
elle s'était installée à
Hollywood après une
condamnation à New-York.
 
Dolores Cepeda

Cette écolière de douze ans
fut repérée par ses meurt-
riers alors qu'elle montait
dans l'autobus.
Sonja Johnson

Agée de quatorze ans,
elle fut tuée alors qu'elle
rentrait chez elle en comp-
agnie de Dolores.
 
     Jill Barcomb, dix-huit ans, découverte le 10 novembre, était une prostituée. Son corps fut retrouvé près du carrefour de Franklin Canyon Drive et de Mulholland Street. Le cadavre de Kathleen Robinson, dix-sept ans, découvert non loin du croisement de Pico Boulevard et d'Ocean Boulevard, avait ceci de particulier qu'il était vêtu ; les enquêteurs se demandèrent si la victime avait été attaquée par les mêmes meurtriers.
     L'attention des médias fut véritablement attirée le dimanche 20 novembre, jour où l'on retrouva trois corps nus, dont deux étaient ceux d'écolières - Dollie Cepeda, douze ans, et Sonja Johnson, quatorze ans - disparues depuis le dimanche précédent. Leurs cadavres

" Je ne me vois toujours pas
tuer quelqu'un, mais
j'envisage ça comme une
réelle possibilité "
KENNETH BIANCHI

 
avaient été jetés sur un tas d'ordures dans une rue déserte proche de Stadium Way. Le garçon de neuf ans qui fit cette découverte crut qu'il s'agissait de vieux mannequins mis au rebut par un grand magasin.
 
L'autopsie
 
     L'autopsie des jeunes filles révéla qu'elles avaient toutes deux été violées et sodomisées. Le même jour, un autre cadavre dénudé avait été retrouvé au coin d'une rue, dans les collines qui séparent Glendale et Eagle Rock.
 
Kristina Weckler

   Ex-voisine de Bianchi,
âgée de vingt ans, elle
était étudiante en Lettres

à Pasadena et vivait à  Glendale.
Jane King
 
Cette étudiante en
Scientologie de vingt-huit
ans était actrice et
mannequin à temps partiel.
Lauren Wagner
 
Etudiante dans une école de commerce, âgée de dix-huit
ans, elle voulait devenir
secrétaire.

 

     Un avis de recherche permit de l'identifier comme étant celui de Kristina Weckler, une étudiante âgée de vingt ans qui vivait dans un appartement à Glendale.
     La victime suivante fut découverte le 23 novembre dans des buissons à proximité de l'autoroute du Golden State. Il s'agissait d'une étudiante en Scientologie de vingt-huit ans, Jane King, disparue depuis le 9 novembre. 
     La dernière victime de ce mois marqué par cette véritable orgie meurtrière fut retrouvée le 29 novembre dans des buissons de Cliff Drive, à Glendale. Lauren Wagner, une étudiante de dix-huit ans qui n'était pas rentrée chez elle la veille au soir, fut identifiée par ses parents.

     Dix meurtres à caractère sexuel en six semaines, le bilan était bien lourd, même selon les critères propres à Los Angeles, où chaque jour l'on compte plusieurs meurtres. Les chaînes de télévision du monde entier parlèrent de l'Etrangleur des Coteaux, mais la police veilla à ne pas communiquer la certitude qu'elle avait d'être à la recherche de deux hommes.

Peur   sur   la   ville
 
     Les femmes avaient peur de sortir seules la nuit. Lorsque fut découvert le corps de Lauren Wagner, la population de Los Angeles céda à la panique. Le bureau de police de Los Angeles réagit en créant un détachement spécial composé de membres de la police de Los Angeles, de la police de Glendale et du bureau du shérif de Los Angeles ( au sein duquel travaillait Frank Salerno ).
     Malgré un exaspérant manque d'indices, l'enquête progressait. Le soir de la disparition des deux écolières, un garçon avait vu celles-ci se diriger vers une voiture et parler à une personne assise à la place du passager. Il y avait donc deux personnes à bord.


     Le corps de Cindy Lee Hudspeth fut identifié par sa colocataire, Michele Exner (ci-contre), qui avait signalé la disparition de son amie le matin du jour où le cadavre fut retrouvé.
     Les blessures de la victime avaient été aggravées par les mouvements imprimés au corps enfermé dans le coffre de la voiture lors de sa chute dans le ravin.
     Selon sa famille et ses amis, Cindy Hudspeth était une jeune femme travailleuse, ambitieuse et plutôt naïve pour une Californienne de vingt ans.
     Elle avait pour projet d'aller étudier à l'université dans le nord de la Californie.



     Habituellement, les jeunes filles n'aimaient pas parler à des étrangers, mais on savait que l'une d'elles admirait les policiers ; aussi était-il possible que les meurtriers se soient fait passer pour des policiers.
     Sous hypnose, le témoin indiqua que la voiture était une grosse berline peinte en deux tons.

Une   piste
 
 

     Une piste prometteuse se dessina dans l'affaire Laurent Wagner. Le 28 novembre, jour de sa disparition, son père avait vu sa voiture de l'autre côté de la rue. La portière était ouverte et le plafonnier allumé. La voiture était garée devant la maison d'une certaine Beulah Stofer, qui relata l'enlèvement de Lauren. Au moment où la voiture de la jeune fille s'était arrêtée, une grosse berline de couleur sombre, au toit blanc, avait freiné à côté d'elle, et deux hommes en étaient sortis.
     Après une brève querelle, Lauren était montée dans la berline, qui avait redémarré. Mrs. Stofer avait entendu la jeune fille s'exclamer : " Vous ne vous en tirerez pas comme ça. " Elle put fournir une description des deux hommes. Le plus âgé, à l'épaisse chevelure brune, avait un physique " latin " ; quant à l'autre, plus grand et plus jeune, il portait des cicatrices d'acné dans le cou. Beula Stofer avait été alertée parles aboiements de son chien.

Menaces
 
     Lorsque l'inspecteur Bob Grogan interrogea Mrs. Stofer, celle-ci était au bord de l'évanouissement. Le téléphone venait de sonner et une voix masculine avec un accent de la Côte Est lui avait demandé si elle était bien la dame au chien, ce qu'elle avait confirmé. La voix lui avait alors dit de se tenir tranquille au sujet de ce qu'elle avait vu, si elle ne voulait pas " y passer ". Les étrangleurs étaient de toute évidence conscients que son témoignage pourrait être capital.
     Cela n'empêcha pas les Etrangleurs des Coteaux de faire une nouvelle victime deux semaines plus tard, le 14 décembre.


Kimberly Diane Martin

Cette prostituée de dix-sept ans travaillait pour une agence de call-girls ( où elle avait pour pseudonyme " Donna " )
 
     Le corps nu d'une prostituée de dix-sept ans, Kimberly Diane Martin, fut découvert dans un terrain vague d'Alvorado Street, à deux pas de la mairie. Cette fois, les indices étaient plus nombreux, car la jeune fille avait été envoyée par une agence de call-girls à la résidence Tamarind Apartments d'Hollywood. Un homme avait appelé l'agence pour demander une blonde aux dessous noirs, pour laquelle il paierait cent cinquante dollars en espèces.

" Je demande le pardon. Je
sais que je vais aller en enfer "
KENNETH BIANCHI

 
    
     Quand l'agence lui avait demandé son numéro de téléphone, l'homme avait assuré qu'il était chez lui, mais une vérification ultérieure révéla qu'il avait donné le numéro de la bibliothèque publique.
     Les policiers interrogèrent tous les occupants de l'immeuble ; l'un deux, un jeune homme du nom de Kenneth Bianchi, indiqua qu'il avait entendu des cris.
     A la bibliothèque d'Hollywood, une femme raconta qu'un homme à l'épaisse chevelure l'avait suivie en lui lançant des regards inquiétants.
     Dans les dernières semaines de 1977, il n'y eut pas d'autre meurtre. Les policiers de Los Angeles se prirent à espérer que les Etrangleurs avaient filé.
     Le 17 février 1978, cet espoir fut réduit à néant lorsque la présence d'une Datsun orange fut signalée à mi-pente d'un ravin, en contrebas d'une bretelle de l'autoroute d'Angeles Crest, au nord de Glendale.
     Le coffre contenait le corps dénudé d'une jeune femme, Cindy Hudspeth, vingt ans, serveuse à temps partiel au Robin Hood Inn.
     Le rapport du médecin légiste indiqua qu'elle avait été violée par deux hommes.


Cindy Lee Hudspeth

     Cette standardiste âgée de vingt ans avait travaillé dans un bar que fréquentait Buono, l'un des deux "Etrangleurs des Coteaux".

LES CIMETIERES DES COLLINES

En l'espace de quatre mois,
deux hommes de la même famille
étranglèrent douze jeunes femmes
et abandonnèrent leurs cadavres dans
les collines de Los Angeles.
A mesure que le sinistre bilan s'alourdissait,
la ville fut prise d'une panique croissante.



 

1 Yolanda Washington
Forest Lawn Drive
le 17.10.77

2 Judith Ann Miller
La Crescenta
le 1.11.77

3 Lissa Kastin
Près du Chevy Chase
Golf Club, Glendale
le 6.11.77

4 Jill Barcomb
Franklin Canyon
Drive/Mulholland St
le 10.11.77

5 Kathleen Robinson
Pico Bd/Ocean Bd
le 17.11.77

6 Kristina Weckler
Ranons Way/Nawona
le 20.11.77
7 Dolores Cepeda

8 Sonja Johnson
Landa St/Stadium Way
le 20.11.77

9 Jane King
Bretelle de l'autoroute
du Golden State
le 23.11.77

10 Lauren Wagner
1200 Cliff Drive
le 29.11.77

11 Kimberly Diane Martin
Alvarado Street
le 14.12.77

12 Cindy Lee Hudspeth
Autoroute d'Angeles
Crest à Pasadena
le 17.2.78

A MAISON D'ANGELO BUONO
703 Colorado Street

III            LE DOUTE

Ayant confondu le tueur, la police se heurta à un nouveau
problème. Kenneth Bianchi souffrait-il d'une gravissime
maladie mentale, ou était-il un extraordinaire acteur doté de
nerfs d'acier?

 
     Bianchi, lors de l'audition destinée à déterminer s'il souffrait effectivement d'un dédoublement de la personnalité.

    
Lorsque l'inspecteur Frank Salerno apprit que Bianchi avait été appréhendé pour un double meurtre dans l'Etat de Washington, il se rendit à Bellingham sans perdre de temps. Quelques heures seulement après son arrivée, il fut convaincu que l'un des Etrangleurs des Coteaux avait enfin été pris.
     Certains des bijoux retrouvés dans l'appartement de Bianchi correspondaient aux articles dérobés aux victimes de la région de Los Angeles.
     En détention, Bianchi continua de se comporter comme un innocent. Il se montra fort coopératif, et indiqua aux policiers que son seul ami proche à Los Angeles était son cousin Angelo Buono, un artisan spécialiste de l'aménagement intérieur des automobiles, propriétaire d'une
maison à Glendale. On procéda à des vérifications au sujet de Buono : il avait une chevelure épaisse et était âgé de quarante-cinq ans - soit dix-sept ans de plus que Bianchi. Comme son cousin, Buono était né à Rochester, dans l'Etat de New York ; or Beulah Stofer, la femme qui avait reçu un appel téléphonique d'intimidation, avait jugé que l'homme avait un accent de New York.
     Lorsque la photo de Bianchi fut publiée dans la presse de Los Angeles, une enseignante qui avait empêché l'enlèvement d'une jeune fille dans le district de Birbank en février 1977 vint relater l'épisode aux enquêteurs. L'un des ravisseurs, qui avait une épaisse chevelure, l'avait avertie : " Dieu te punira pour ça ! "
     Le signalement qu'elle fournit des deux hommes correspondait à celui de Bianchi et Buono.
     Des renseignements au sujet de ce dernier furent également apportés par un riche avocat d'Hollywood. En août 1976, il avait téléphoné à une agence de call-girls pour qu'une fille soit envoyée chez lui, à Bel-Air. La call-girl, Becky Spears, âgée de quinze ans, paraissait si malheureuse que l'avocat lui avait demandé pourquoi elle se prostituait alors que toute évidence elle détestait cela. Elle répondit qu'une fille appelée Sabra l'avait incitée à quitter sa ville natale de Phoenix, dans l'Arizona, pour venir travailler pour un homme du nom d'Angelo Buono.

Des   actes   dégradants
 
    Buono et son cousin Bianchi avaient terrorisé la jeune fille en lui disant qu'elle serait tuée si elle essayait de s'enfuir, puis Buono l'avait soumise à des actes sexuels dégradants.
     Horrifié par ce récit, l'avocat avait payé à Becky Spears un billet d'avion pour Phoenix. Buono l'avait ensuite menacé au téléphone - jusqu'à ce que l'avocat lui renvoie ses menaces par le biais d'un homme de main. Dès lors, il n'avait plus entendu parler de Buono ou de son agence de call-girls.
     

Sévices
 
     L'avocat put fournir à l'inspecteur Grogan l'adresse de Becky Spears et celle de l'autre call-girl, Sabra Hannan, dans l'Arizona. Interrogées à Los Angeles, elles confirmèrent que Buono et Bianchi leur avaient proposé des emplois de " mannequins " puis les avaient forcées à se prostituer, en les battant et en les menaçant de mort.

Sabra Hannan (ci-contre), que Bianchi avait rencontrée lors d'une soirée, fut amenée à se prostituer par les deux cousins. Ils firent miroiter aux yeux de la jeune fille, âgée de seize ans, la perspective d'une carrière de mannequin, mais dès qu'elle fut sous leur coupe, ils l'obligèrent ( par des menaces de mort ) à travailler comme call-girl.

     Il devint rapidement clair aux yeux des enquêteurs que Buono était un personnage redoutable. Marié à quatre reprises, il avait eu huit enfants. Ses quatre femmes l'avaient quitté à cause de sa brutalité. Il était fier de ses prouesses sexuelles, et aimait
fréquenter les très jeunes filles.
     Salerno et Grogan ne doutaient plus que Buono et Bianchi fussent bien les Etrangleurs. Buono était le personnage dominant ; bien que séduisant et apparemment aimable, Bianchi était un être faible et veule. Lasse de son immaturité, son amie Kelli Boyd l'avait quitté pour rejoindre sa famille à Bellingham, mais Bianchi l'y avait suivie.

Proxénètes
 

Le 21 mars 1979, le Dr John Watkins examina Bianchi sous hypnose.

     Salerno et ses collègues commençaient également à comprendre comment Buono et Bianchi avaient pu devenir des meurtriers. Leurs activités de souteneurs les avaient habitués à dominer et à frapper les femmes. Ils avaient acheté à une prostituée expérimentée une liste de noms d'hommes, aimant que l'on envoie des filles chez eux. Cette liste avait été livrée, mais elle ne comprenait en fait que des noms d'hommes souhaitant rendre visite aux prostituées chez celles-ci.
     Buono avait été fou de rage d'avoir été ainsi joué. Il n'avait aucun moyen de retrouver la fille qui lui avait vendu la liste inutile, mais il savait où trouver l'une de ses amies, prostituée elle aussi, qui était en sa compagnie au moment de la remise de la liste.
     Cette amie, Yolanda Washington, allait être la première victime des Etrangleurs.
     L'enquête paraissait devoir être prestement bouclée. Bianchi serait certainement condamné pour les meurtres de Bellingham. Dans l'Etat de Washington, cela lui vaudrait sans doute la peine capitale ; confronté à cette perspective, Bianchi préfèrerait être jugé à Los Angeles,
où il pouvait espèrer s'en tirer avec une peine de réclusion à perpétuité. Il serait alors dans son intérêt d'avouer les meurtres commis en Californie et de mettre en cause son cousin.
     A ce stade, les éléments de preuve pesant sur Angelo Buono étaient peu abondants, mais avec la coopération de Bianchi, il serait possible de confondre le criminel.
     Interrogé à plusieurs reprises, Buono avait adopté une attitude empreinte d'ironie. Il semblait prendre plaisir à l'idée que les policiers ne disposaient pas de véritables preuves à son encontre - aussi Salerno envisageait-il avec une certaine satisfaction le retour de Bianchi à Los Angeles.
     C'est alors que l'édifice bâti par les policiers menaça soudain de s'effondrer. Des doutes furent élevés au sujet de la santé mentale de Bianchi, et donc de sa responsabilité pénale dans les meurtres qui lui étaient reprochés. De plus, ces doutes portaient sur l'une des affections mentales les plus complexes - la personnalité multiple. Etait-on en présence d'un personnage à la " Dr Jekyll et Mr. Hyde ", dont la facette normale n'aurait eu aucune conscience de l'existence d'un alter égo, d'une personnalité séparée?

Menaces   de   suicide
 
     Depuis son arrestation, Bianchi affirmait n'avoir aucun souvenir de la soirée du meurtre de Karen Mandic et Diane Wilder. Les policiers estimaient que Bianchi tentait ainsi d'échapper à ses responsabilités, mais l'avocat du suspect, Dean Brett, fut convaincu par l'apparente sincérité de son client, par ses protestations d'innocence et par ses menaces de suicide à peine voilées.

La concubine de Bianchi, Kelli Boyd, demeura convaincue de son innocence.
" Je savais qu'il n'était pas un saint, et il a admis qu'il se mettait en colère comme tout le monde, mais il n'arrêtait pas de dire que ça devait être terriblement difficile d'ôter la vie ", déclara-t-elle.
" Il disait que seul un maniaque pouvait avoir tué comme ça... je savais qu'il était incapable de tuer."

Condamné à deux peines de réclusion à perpétuité, Bianchi sanglota : " Je ne trouve pas les mots pour exprimer le chagrin que je ressens d'avoir fait ce que j'ai fait. Je ne pourrai jamais effacer la douleur que j'ai infligée à autrui, je ne pourrai jamais m'attendre au pardon d'autrui. "
    
     En février 1979, Brett fit intervenir un assistant de service social spécialisé en psychiatrie, John Johnston, qui fut frappé, comme beaucoup, par le charme, la gentillesse et l'intelligence de Bianchi. Si son amnésie était réelle, une conclusion s'imposait : Bianchi possédait une personnalité multiple.

" Ken ne sait pas y faire avec les
femmes. Il faut les traiter à la dure.
Bon dieu, je lui ai fait son affaire
à cette gonzesse. Je l'ai mis dans
un tel pétrin qu'il ne sortira jamais "
KENNETH BIANCHI, sous hypnose, s'exprimant en tant que "Steve"

 
     Après avoir fait établir ce premier diagnostic, Brett fit examiner Bianchi, le 9 mars 1979, par un expert psychiatre, le Dr Donald T. Lunde de l'université de Stanford. Ce dernier recommanda que Bianchi se soumette volontairement à des séances d'hypnose sous le contrôle de spécialistes.
     Ces séances débutèrent le 21 mars 1979, sous la direction du Dr John G. Watkins, spécialiste des troubles de la personnalité et de l'hypnose à l'université du Montana. Bianchi se déclara soucieux d'offrir sa pleine coopération. Quelques minutes après l'induction de la transe hypnotique, il se mit à parler d'une curieuse voix de basse et se présenta sous le nom de Steve.
     Ce " Steve ", personnage fort déplaisant, au rire sardonique, dit au Dr Watkins qu'il haïssait " Ken " et qu'il avait fait de son mieux pour " lui régler son compte ". Puis il raconta que Ken était arrivé un soir dans la maison de son cousin Angelo Buono au moment où celui-ci était entrain de tuer une fille. Steve admit alors avoir investi la personnalité de Ken pour en faire le complice consentant de son cousin.
     Assis dans un coin de la pièce, Frank Salerno et son adjoint, Pete Finnigan, ne perdaient rien de ces révélations. Dans son carnet, Salerno inscrivit ce simple commentaire : " Foutaises ". Pourtant, il savait que l'enquête était compromise. Si Bianchi parvenait à convaincre un juge qu'il présentait un cas de personnalité multiple, il réussirait peut-être à s'en tirer avec quelques années d'internement psychiatrique ; en outre, le témoignage d'un malade mental n'ayant aucune valeur devant un tribunal, Angelo Buono échappperait aussi aux rigueurs de la loi.


 
LES ORIGINES

Abandonné à sa naissance par une mère prostituée,
Kenneth Bianchi fut adopté par la tante
d'Angelo Buono.
Avant de se soumettre à l'influence néfaste
de son cousin, il avait rêvé de faire carrière
dans la police.

 
     Angelo "Tony" Buono, petit-fils d'immigrés italiens, naquit le 5 octobre 1934 à Rochester, dans l'Etat de New-York. Angelo avait cinq ans et sa soeur dix quand ils furent emmenés à Los Angeles par leur mère, Jenny - qui avait divorcé d'Angelo Buono père. Ils s'installèrent à Highland Park, dans le sud de Glendale.
 
Une   nature   brutale
 
     La scolarité de Buono fut très médiocre. A l'âge de quatorze ans, il fut arrêté pour vol de voitures et fit des séjours répétés en maison de correction. A vingt ans il se maria mais sa brutalité conduisit sa femme à demander le divorce. Trois autres mariages furent des échecs. Doté d'un énorme appétit sexuel, Buono avait des relations avec de nombreuses jeunes filles, y compris avec les amies de ses fils.
     En 1975, Buono monta une affaire d'équipement et de restauration d'automobiles au 703 East Colorado Street, où il acquit une réputation d'excellent artisan - il comptait Frank Sinatra parmi ses clients.

 
Un   menteur invétéré
 
Au lycée, Kenneth Bianchi se flattait de son image de bon garçon, mais sous ces dehors avenants se dissimulait un être instable.

     Kenneth Alessio Bianchi, né le 22 mai 1951, était le fils d'une prostituée de Rochester qui l'abandonna à la naissance. Il fut adopté à trois mois par Frances Bianchi, la soeur de Jenny Buono.
     Ken était un enfant normal, brillant même, si l'on exceptait sa tendance à mentir sans cesse. Dans un ouvrage consacré aux Etrangleurs des Coteaux, Darcy O'Brien fit remarquer que le mensonge était indissociable de la personnalité de Bianchi. 
     Il s'abandonnait souvent à des rêves éveillés, et son médecin avança que ces états de quasi-transe pouvaient être dus à une forme légère d'épilepsie. Un psychiatre diagnostiqua aussi une dépendance exagérée à l'égard de sa mère adoptive.


    

     A l'école, il excellait en rédaction mais se montrait paresseux et se faisait constamment porter malade. Il était soutenu en cela par sa mère, qui se mit à travailler après la mort de son mari, survenue alors que Bianchi avait treize ans.

Un   mariage   précoce
 
     Sa séduction naturelle et ses manières avenantes valurent à Bianchi de nombreux succès féminins. Il se maria à dix-huit ans, mais divorça bientôt car il soupçonnait sa femme d'avoir eu des relations sexuelles avant leur mariage.
     Bianchi rêvait de devenir policier. Sa canditature ayant été rejetée par le bureau du shérif de Rochester, il s'engagea comme agent de sécurité ; mais sa propension à voler l'amena à changer souvent d'employeur - bien qu'il n'eût jamais été pris et inculpé.
     Finalement, las de Rochester et miné par un sentiment d'échec, il partit pour la Californie au début de 1976.
     Là, il s'installa chez son cousin Angelo Buono et fut profondément impressionné en découvrant que celui-ci couchait avec des adolescentes. Un soir, ils firent venir une prostituée dans leur appartement, mais au lieu de la payer, ils lui dérobèrent son argent. Le souteneur de la fille l'ayant menacé au téléphone, Buono demanda la protection de la police.

 
Vocation
 
     Ces contacts avec la police ranimèrent chez Bianchi sa vocation première, mais une nouvelle demande d'engagement fut refusée à Glendale comme à Los Angeles - peut-être les policiers avaient-ils décelé sa profonde immaturité et son instabilité. Il envisagea alors de devenir psychothérapeute. Il se plongea dans la lecture d'ouvrages de référence, mais décida d'accélérer les choses : il publia une fausse annonce d'offre d'emploi dans un journal de Los Angeles, puis s'attribua l'identité et les qualifications de l'un des diplômés qui avaient répondu.
     Cependant, Buono demanda à son cousin ( dont le manque de volonté l'exaspérait ) de se trouver un logement, ce que Bianchi fit après avoir trouvé un emploi dans l'immobilier. Sa voisine de palier était Kristina Weckler, qui allait plus tard être tuée par les Etrangleurs.

 
Immaturité
 
     L'ex-amie de Bianchi vint alors lui rendre visite dans son nouvel appartement, mais il était si possessif qu'une scène éclata. Alors qu'elle s'apprêtait à repartir, il se mit à sangloter comme un enfant, la tête sur les genoux de la jeune femme. Il se consola rapidement de cet échec sentimental avec une nouvelle amie, Kelli Boyd, qu'il avait rencontrée à son travail.
     Bianchi perdit son emploi lorsqu'on découvrit de la marijuana dans le tiroir de son bureau. Il loua un local et s'établit comme psychiatre, mais il ne put se faire une clientèle. Son cousin Angelo proposa alors de se lancer dans le proxénétisme, jugeant que cette activité pourrait être lucrative. Lors d'une soirée, Buono dit à une jeune fille de de Phoenix, âgée de seize ans, Sabra Hannan, qu'il pouvait lui assurer des revenus de cinq cents dollars par semaine en tant que mannequin. Elle déclina tout d'abord cette offre, mais revint sur sa décision quelques semaines plus tard car elle avait besoin d'argent.

 
Prostitution
 
     Elle s'installa chez Buono, mais les séances de photos ne se concrétisèrent pas ; Bianchi lui demanda si elle avait envisagé de recourir à la prostitution. Sabra réagit avec indignation, mais Buono la menaça de la tuer si elle tentait de s'enfuit et elle se soumit au chantage des deux hommes.
     Sabra fut la première prostituée de leur " écurie ". Le rôle de souteneur convenait parfaitement à l'un comme à l'autre des cousins, qui aimaient se considérer comme des surhommes nés pour se servir des femmes.

 
 Angelo Buono devant son atelier. Buono utilisa son commerce comme façade pour ses activités de souteneur - il avait forcé Becky Spears et Sabra Hannan à travailler pour lui. Les deux filles travaillèrent tout d'abord dans une pièce à l'arrière de la maison de Buono, puis celui-ci prit ses dispositions ( par le truchement de J.J. Fenway, propriétaire de l'agence de call-girls Foxy Ladies ) pour que les filles se rendent chez les clients.
 
IV              LES   AVEUX

Les enquêteurs avaient travaillé jour et nuit pendant des mois
pour mettre fin aux crimes des Etrangleurs des Coteaux.
Mais les aveux du principal suspect étaient-ils
juridiquement recevables ?

Les policiers perquisitionnent dans la maison de Buono à Glendale (ci-dessus). Nombre des meurtres commis par Buono et Bianchi le furent dans la chambre d'amis du 703 Colorado Street. Buono avait emménagé en 1975 et installé son atelier à l'arrière de la maison.

    
A Los Angeles, l'enquête paraissait se présenter sous des auspices plus favorables. L'ami de Judy Miller (la deuxième victime) avait identifié Angelo Buono, d'après une photographie, comme étant le client qui avait fait monter Judy dans sa voiture le soir de sa disparition. Beulah Stofer reconnut également les deux suspects : il s'agissait bien des hommes qui avaient poussé Lauren Wagner dans une voiture. Toutefois, sans le témoignage de Binachi, ces éléments ne seraient pas suffisants devant un tribunal.

Violence
 
     Buono était à l'évidence un homme brutal, violent et dangereux. Il avait détesté sa mère et méprisait toutes les femmes. Dès sa sortie de l'école il avait eu maille à partir avec la police, et avait passé son dix-septième anniversaire en maison de correction. Son héros était Caryl Chessman qui, dans les années quarante, s'était livré à de multiples agressions sexuelles sur des femmes.
     A vingt ans, Buono avait épousé une fille de dix-sept ans, qu'il avait mise enceinte ; le mariage ne dura que quelques semaines. Après un bref séjour en prison pour vol, Buono s'était remarié, et avait eu quatre autres fils ; mais la violence dont il faisait preuve avait amené sa deuxième femme à demander le divorce. Son troisième et quatrième mariage furent tout aussi désastreux.
     Buono vécut ensuite seul dans sa maison du 703 Colorado Street, à Glendale. Un ex-colocataire dit de lui qu'il était obsédé par les filles très jeunes. Buono s'était notamment vanté d'avoir séduit sa belle-fille, âgée de quatorze ans. Buono était un homme obsédé par le sexe.

 
Boulimie   sexuelle
 
     Alors que les policiers enquêtaient sur Buono, derrière les barreaux de la prison du comté de Whatcomb, dans l'Etat de Washington, le sinistre alter égo de Kenneth Bianchi, "Steve", relatait de multiples anecdotes concernant l'insatiable libido de Buono et décrivait l'habitude qu'il avait de tuer les filles qu'il avait violées. Ces aveux présentaient certaines anomalies - comme si "Steve" souhaitait minimiser son rôle dans les meurtres. La première victime avait été la prostituée Yolanda Washington, tuée par vengeance après avoir été violée par les deux hommes. Ils avaient jugé l'expérience si agréable que deux semaines plus tard, ils avaient enlevé Judy Miller, mineure de quinze ans et prostituée occasionnelle.
 
" Il a peut-être éte un criminel
voilà des années, mais il a
deux entreprises légales...
ce n'est pas un type si horrible.
Nul n'est parfait "
KENNETH BIANCHI, au  sujet de son cousin Angelo Buono

 

     Se faisant passer pour des policiers, ils l'avaient ramenée chez Buono pour la violer. Elle aurait accepté d'avoir avec eux des relations sexuelles pour quelques dollars, mais Bianchi s'agenouillant sur ses jambes, les deux hommes l'avaient étranglée et étouffée en même temps. La description fournie par "Steve" laissait entendre que Buono avait été submergé par le mépris des femmes, et que Bianchi avait savouré le sentiment de détenir un pouvoir absolu de vie et de mort.
     Selon "Steve", la victime suivante avait été Lissa Kastin, dont ils avaient arrêté la voiture en présentant un insigne de policier, avant de l'emmener "au poste pour interrogatoire". Dans la maison de Buono, elle avait été menottée puis étranglée. Ils
    
 avaient jeté le cadavre de Lissa Kastin près du terrain de golf de Glendale.
     Quatre jours plus tard, le 9 novembre, Bianchi engagea la conversation avec une jolie fille qui attendait seule à un arrêt de bus. Elle lui avait dit être étudiante en Scientologie. Tandis qu'ils parlaient, Buono était arrivé en voiture, avait fait semblant de n'avoir pas vu Bianchi depuis des mois, et avait proposé à la jeune fille de la déposer.



 
     Jane King avait commis l'erreur de se laisser
 raccompagner. Elle mourut elle aussi dans la maison de Buono. Les deux hommes furent surpris
 d'apprendre par les journeaux qu'elle avait vingt-huit ans - elle leur avait paru plus jeune.
     Quelques jours plus tard, Bianchi et Buono avaient vu deux écolières, Dollie Cepeda et Sonja Johnson, monter dans un bus. ils avaient suivi celui-ci puis, quand les deux filles en étaient descendues, ils les avaient interpellés.
     Se faisant passer pour un policier, Bianchi leur  avait dit qu'un dangereux cambrioleur se
 trouvait dans les parages. Les jeunes filles étaient
 particulièrement vulnérables car elles venaient de
 dérober pour cent dollars de bijoux fantaisie dans un grand magasin et n'étaient donc pas prêtes à mettre en cause la parole d'un policier.
     Chez Buono, elles furent toutes deux violées et
 tuées. Les cadavres furent jetés sur un tas
 d'ordures. Les policiers avaient tenu un raisonnement correct en estimant que celui ou ceux qui s'étaient débarassés des corps devaient bien connaître le quartier.


     La victime suivante fut une étudiante en Lettres
 dont Bianchi avait fait sa conaissance alors qu'il
 habitait à Hollywood. Kristina Weckler avait à
 l'époque repoussé les avances de Bianchi. Les deux hommes frappèrent à sa porte, et Bianchi dit : "Salut, tu te souviens de moi ?" Il raconta qu'il s'était engagé comme policier suppléant, et que les portes de la voiture de Kristina avaient été forcées. Une fois au bas de l'escalier, elle fut entraînée dans la voiture de Buono, emmenée chez celui-ci et tuée. Une fois encore, "Steve" fournit un luxe de détails horribles.
     Le lundi 28 novembre, Buono et Bianchi suivirent une voiture conduite par une fille rousse. Lorsque Lauren Wagner s'arrêta devant chez ses parents, Bianchi brandit son insigne de policier et déclara qu' elle était en état d'arrestation. Malgré ses protestations - et les aboiements du chien d'une voisine - ils la firent monter de force dans leur voiture. S'étant rendu compte qu'ils voulaient la violer, elle se montra
coopérative et se comporta comme si elle appréciait la situation, mais son stratagème échoua. La malheureuse fut étranglée.

     Deux semaines plus tard, Bianchi et Buono firent venir une call-girl, Kimberly Diane Martin, à la résidence Tamarind, puis la ramenèrent chez Buono. Après l'avoir violée, ils se débarassèrent de son corps dans un terrain vague.

     Selon "Steve", le dernier meurtre de Los Angeles se produisit presque par accident. Le 16 février, Bianchi vit, à son arrivée chez
Buono, une Datsun orange garée devant la maison. Une fille du nom de Cindy Hudspeth
était venue demander à Buono de confectionner de nouveaux tapis de sol pour sa voiture
.
    

     Les deux hommes étendirent la fille nue sur le lit, chevilles et poignets ligotés, puis ils la violèrent et l'étranglèrent. Ils poussèrent la Datsun du haut d'une falaise avec le corps
 dans la malle arrière (photo ci-contre).
     "Steve" avait raconté tout ce qu'il savait aux policiers. Il n'avait cependant pas parlé de deux victimes, Jill Barcomb et Kathleen Robinson
.
La première victime, Yolanda Washington, fut enlevée par les tueurs au croisement de Vista Street et de Sunset Boulevard (ci-dessus), le 16 octobre 1977.

     Après l'ultime meurtre de Los Angeles, Bianchi fut interrogé à deux reprises par les policiers, dans le cadre d'enquêtes de routine. Des milliers d'hommes étaient dans son cas, mais Buono devenait nerveux et irritable. Il se lassait du manque de maturité de son cousin, de sa naïveté et de son imprudence. Quand Bianchi lui dit que son amie l'avait quitté pour regagner Bellingham, Buono l'incita à l'y rejoindre. Dans un premier temps Bianchi refusa, mais Buono finit par le convaincre.
     Le 21 mai 1978, Bianchi rejoignit à Bellingham Kelli Boyd et leur fils qui venait de naître. Il trouva un emploi d'agent de sécurité. Mais il s'ennuyait dans cette petite ville. Il brûlait de montrer à son cousin qu'il avait la trempe d'un maître criminel. Au début de 1979, la soif de viol et de meurtre devint intolérable. Bianchi arrêta son choix sur une séduisante étudiante du nom de Karen Mandic, qu'il avait rencontée lors d'une mission dans un grand magasin.
     Une semaine plus tard, il était appréhendé, et l'épopée des Etrangleurs des Coteaux prenait fin.

 

Frères de sang

Angelo Buono et Kenneth Bianchi avaient noué une
mortelle association - l'un dominait et l'autre se soumettait,
l'un était assoiffé de pouvoir et l'autre brûlait d'être aimé.
Ces caractéristiques se retrouvent chez
d'autres couples de meurtriers.

 
     Comment et pourquoi Angelo Buono et Kenneth Bianchi devinrent-ils des tueurs en série ? Pourquoi Buono, qui n'avait pas de difficulté à trouver des partenaires, risqua-t-il sa liberté et sa vie en se lançant dans une série de meurtres à caractère sexuel ?
     Les explications reposent certainement sur la chimie particulière qui liait les deux cousins : la brutalité machiste de Buono et la passivité presque féminine de Bianchi. Un psychiatre évoqua la possibilité d'une relation homosexuelle entre les deux hommes, mais cette hypothèse est sans aucun doute erronée.
     Ils étaient tous deux trop obsédés par les femmes ; néanmoins, Bianchi se comportait avec son cousin en admirateur éperdu. Lorsque Buono l'exhorta à quitter Los Angeles pour Bellingham, il eut le sentiment d'être un soupirant rejeté.


     Angelo Buono ( à gauche ) dominait son cousin Kenneth Bianchi (ci-contre), au caractère plus passif.

    
Bianchi perpétra le meurtre des deux étudiantes de Bellingham moins sous l'effet d'une pulsion irrésistible que pour avoir une raison de se vanter auprès de son cousin ; il pensait que cet exploit lui vaudrait les louanges de Buono.

Tueurs   en   duo
 
     En France, la psychologie des tueurs en duo peut être étudiée au travers du cas des soeurs Papin, en Angleterre au travers de celui de Brady et Hindley, " les tueurs de la lande ".

 Myra Hindley et Ian Brady furent condamnés en 1966 
 pour trois meurtres d'enfants. Leurs crimes soulevèrent l'
 indignation de l'opinion publique.

    
Aux Etats-Unis, les affaires de ce type sont
 nombreuses. Les plus célèbres sont celles de
 Léopold et Loeb, deux étudiants qui assassin-
 èrent un jeune garçon " pour le plaisir ", et de
 Fernandez et Beck ( les tueurs de " coeurs
 solitaires ").
     Dans de telles affaires, on trouve invariab-
 -lement un partenaire dominateur et un comp-
 -lice à dominance relativement faible. Le 
 premier est animé par une volonté de pouvoir sur la vie d'autrui. Le psychologue Abraham Maslow a souligné que les individus à dominance élevée tendent à rechercher un partenaire sexuel permanent à l'intérieur de leur propre groupe à forte dominance.
     Les hommes à dominance élevée utilisent sexuellement les femmes à dominance moyenne ou faible, mais les méprisent trop pour nouer avec elles une relation permanente.
     Ian Brady, l'assassin de la lande, ne s'interessa à Myra Hindley, qui lui vouait une véritable adoration, qu'assez tardivement. Lorsqu'il accepta enfin de sortir avec elle, il lui ôta aussitôt sa virginité. Il perdit ensuite tout attrait de nature sexuelle pour elle, mais il goûta tant la relation de maître à esclave qu'il entreprit de la convertir du catholicisme à l'atheisme, puis il l'initia aux doctrines du marquis de Sade.
     Le stade suivant consista à s'assurer de sa collaboration dans une série de viols suivis de meurtres particulièrement répugnants. Sans sa relation avec Myra Hindley, il est probable que Brady n'eût jamais commis de meurtre.


En 1924, Richard Loeb et Nathan Leopold (de gauche à droite) furent condamnés pour le meurtre d'un jeune garçon. Leopold, sous le charme de son ami, était certainement le partenaire soumis.

    
Le même processus se retrouve dans le cas de Leopold et Loeb, ou celui de Fernandez et Beck ( où Martha Beck était la partenaire dominante, et Raymond Fernandez l' " esclave " ).
     Bien que n'étant pas fondée sur le mépris, la même relation dominé/dominant soudait les soeurs Papin.

Les   cousins
 
     Buono éprouvait un certain mépris pour son cousin, dont il percevait la faiblesse de caractère et la soif d'être aimé et admiré à tout prix. Dans le même temps, il goûtait le culte du héros, largement fondé sur ses prouesses sexuelles, que lui vouait Bianchi.
     L'idée de se lancer dans le proxénétisme fut celle de Buono, dont l'ego ne pouvait que s'accomoder de la domination exercée sur les femmes. La perte de l'une de ses " esclaves sexuelles " ( qu'un client plein de compassion avait renvoyée chez elle ) fut un coup porté à son amour-propre ; l'intervention d'un homme de main fut comme un poignard retourné dans la plaie.
     Quand une prostituée lui vendit une liste de clients inutile, la réaction de son ego meurtri fut à la mesure de l'outrage ressenti : l'une des amies de cette prostituée, Yolanda Washington, fut alors enlevée, violée puis étranglée.

 
Possession
 
     D'innombrables cas de meurtres à caractère sexuel révèlent que les meurtriers cèdent à une sorte d'accoutumance. Les Etrangleurs auraient pu violer puis simplement renvoyer leur deuxième victime, Judy Miller - la jeune prostituée n'aurait eu aucun moyen de se venger. Mais le meurtre de Yolanda Washington avait donné à Bianchi et Buono le sentiment que le fait de tuer représentait l'acte de possession suprême.
     Les prostituées s'avérèrent être les victimes les moins satisfaisantes. Les filles " respectables ", ou très jeunes, telles que Kristina Weckler, Lauren Wagner, Cindy Hudspeth, Dollie Cepeda et Sonja Johnson, suscitaient chez les meurtriers un sentiment de possession beaucoup plus intense.
     Ce sinistre partenariat aurait pu se prolonger indéfiniment, n'eût été la méfiance croissante ressentie par Buono à l'égard de son cousin. Pour Bianchi, la publicité engendrée par les meurtres était presque aussi agréable que les crimes eux-mêmes. Il adorait se sentir sous le feu des projecteurs.
     Buono, plus âgé et moins instable psychologiquement, jugeait l'attitude de son cousin puérile et dangereuse. Le départ de Bianchi pour Bellingham fut donc un soulagement. Bianchi, quant à lui, vécut cela comme un rejet et voulut apporter la preuve de son esprit d'initiative comme de son impitoyable cruauté.
     Le fait de tuer non pas une mais deux filles lui apparut comme un défi, une façon de prouver qu'il avait atteint un statut de maître criminel à part entière.

 
V            LE   PROCES

L'affaire avait déjà divisé la communauté médicale.
A présent, elle partageait les hommes de loi.
Jusqu'à ce qu'un juge déterminé
tape du poing sur la table.

Kenneth Bianchi signa un accord par lequel il s'engageait à reconnaître les meurtres et à témoigner contre Angelo Buono à Los Angeles. En échange, il reçut la promesse qu'il ne serait pas condamné à mort.
 
     La nouvelle des accusations portées par Bianchi contre son cousin souleva la colère dans le quartier où vivait Buono. Des lettres de menaces furent adressées à ce dernier, mais sa comparution ou celle de Bianchi devant un tribunal paraissait de plus en plus improbable.
     Le 18 avril 1979, Bianchi convainquit un nouvel expert, le Dr Ralph B. Allison, qu'il était atteint d'un syndrome de personnalité multiple. A la demande d'Allison, "Steve" révéla que même son patronyme : Walker. Nul ne prêta alors attention à cette information, qui allait pourtant se révéler significative. Dans le numéro de mai 1979 du magazine Time, l'Amérique apprit que Bianchi avait été déclaré atteint d'un syndrome de personnalité multiple par deux des plus éminents psychiatres américains. " Ken " était innocent. C'était "Steve" qui avait tué les filles.

 
" Mr. Buono s'est trouvé tant
de fois à deux doigts de la
victoire qu'il ne manifeste
aucune émotion et ne le
fera sans doute pas tant
que son innocence n'aura
pas été reconnue "
KATHERINE MADER, avocate de Buono

 
     Le ministère public décida qu'il était grand temps de faire appel à son propre expert. Le Dr Martin T. Orne, de l'hôpital de l'université de Pennsylvanie, était un spécialiste reconnu de l'hypnose. En mai 1979, Orne entreprit d'étudier les enregistrements vidéo des séances d'hypnose mettant en scène "Steve", mais il ne parvint pas à déterminer si Bianchi était hypnotisé ou s'il simulait.
 
Faux -semblants
 
     Il remarqua cependant que le personnage de "Steve", grossier et vulgaire dès le départ, paraissait s'être étoffé au fil des séances, s'être enfoncé plus profondément dans son rôle. Le Dr Orne eut l'impression d'avoir affaire à un acteur plutôt qu'à un véritable alter ego.
     Quelques semaines plus tard, lorsque le Dr Orne l'interrogea, Bianchi se montra aussi coopératif qu'à l'ordinaire. Il entra rapidement dans une transe hypnothique. Orne décida alors de se livrer à une petite expérience. Les bons sujets hypnothiques peuvent être soumis à des hallucinations. Orne dit à Bianchi que son avocat, Dean Brett, était assis dans une chaise à côté d'eux, qui en fait était vide. Aussitôt, Bianchi fit une chose qu'Orne n'avait jamais vue auparavant chez un sujet - il bondit sur ses pieds et serra la main de l'avocat imaginaire. A ce moment, Orne fut certain que Bianchi feignait d'être en état d'hypnose. Les sujets véritablement hypnotisés se contentent de parler à leurs hallucinations : jamais ils n'essaient de les toucher.


 
      
     Le Dr Orne procéda à une expérience supplémentaire en lançant dans la conversation que les patients atteints du syndrome de personnalité multiple avaient plus d'un alter ego. Lors de la séance suivante, Bianchi présenta une nouvelle personnalité, celle d'un enfant effrayé appelé "Billy". A la question de savoir s'il connaissait "Steve", "Billy" répondit d'un ton méprisable : " C'est un méchant type ". Orne fut persuadé que bianchi était un simulateur.

 

Pris   au   piège
 
    
     La découverte qui allait finalement confondre Bianchi fut effectuée par les policiers Frank Salerno et Pete Finnigan.


 
     L'inspecteur Frank Salerno
 
     En écoutant un enregistrement d'une séance avec le Dr Allison, ils entendirent "Steve" déclarer que son nom de famille était Walker. Soudain, tous deux se rappelèrent avoir vu le nom de Steve Walker quelque part dans les papiers de Bianchi.
     Les enquêteurs retrouvèrent alors une lettre destinée au chef de la scolarité de l'université d'Etat de Californie, signée " Thomas Steven Walker ", écrite de la main de Bianchi. Il s'agissait d'une demande de diplôme avec le nom laissé en blanc. L'enquête devait révéler que le véritable Steve Walker était un diplômé de psychologie de l'université d'Etat de Californie, qui
avait répondu à une offre d'emploi, passée par Bianchi, en envoyant certains de ses certificats universitaires. 
     Celui-ci avait ensuite utilisé le nom et les documents de Walker pour obtenir un faux diplôme de psychologie.
     Les psychiatres de la défense refusèrent d'admettre que Bianchi fût un simulateur. Le Dr Orne et son collègue le Dr Saul Faerstein, qui dirigea une séance avec Bianchi le 1er juin 1979, affirmèrent que Bianchi était un simulateur et qu'il devait être jugé. Leur opinion l'emporta lors de l'audience du 19 octobre 1979.


 
 Roger Boren (ci-dessus), substitut du procureur général de Californie, reprit l'affaire contre Buono, à la suite de la défection du substitut du procureur du district, Roger Killy (ci-dessus à droite). Kelly avait demandé que les dix inculpations de meurtre pesant sur Buono soient abandonnées, arguant que le témoignage de Bianchi était insuffisant pour impliquer son cousin. Les policiers pensèrent que Kelly redoutait d'affronter un cas aussi confus. Ils furent soulagés lorsque le juge George refusa d'abandonner les charges.
 

Sanglots
 
     Lors de cette audience, Bianchi plaida coupable des deux meurtres de Bellingham et de cinq meurtres commis à Los Angeles. Il éclata en sanglots et professa un profond remords. Conformément aux lois de l'Etat de Washington, le juge le condamna à la prison à vie sans qu'il fût besoin de recourir à un procès.
     Bianchi devait encore répondre de cinq accusations de meurtre à Los Angeles. Il accepta de plaider coupable et de témoigner contre son cousin, en échange d'une peine de prison à perpétuité avec possibilité de libération conditionnelle - ce au terme d'un accord passé entre le juge et l'avocat de la défense après négociations.
     Lors des interrogatoires menés par Salerno et Finnigan, il décrivit chaque meurtre avec un luxe de détails qui ne laissait aucun doute quant à la culpabilité de " Ken " et non de " Steve ".
     Le 22 octobre 1979, Angelo Buono fut arrêté à son tour, inculpé de meurtre et incarcéré à la prison du comté, où Bianchi était emprisonné. Ce dernier revint sur l'accord conclu, en expliquant qu'il ne l'avait passé que pour avoir la vie sauve, et qu'il était en fait innocent. La raison de cette attitude était fort simple. Le procureur avait décidé d'abandonner les poursuites contre Bianchi dans l'affaire des cinq autres meurtres de Los Angeles, pour lesquels l'assassin aurait pu être condamné à mort. Bianchi n'avait maintenant plus rien à perdre en refusant de coopérer.


     Pour les policiers, cela n'avait plus guère d'importance. Les bijoux retrouvés chez Bianchi permettaient d'établir le lien avec certaines des victimes, et l'on s'était aperçu qu'un fragment de duvet retrouvé sur la paupière de Judy Miller était identique à un matériau à base de polyester présent dans la maison de Buono. Progressivement, les éléments accumulés contre Buono devenaient suffisamment solides pour le faire condamner.
     Un véritable coup de théâtre se produisit alors. En juillet 1981, le substitut du procureur Roger Kelly proposa l'abandon des dix accusations de meurtres à l'encontre de Buono, arguant que le témoignage de Bianchi était si douteux et plein de contradictions qu'il n'avait aucune valeur.
     Kelly estimait que Buono devrait être jugé plus tard pour les accusations de proxénétisme, viol et sodomie, et que dans l'intervalle il devait être remis en liberté après versement d'une caution de cinquante mille dollars. Cela signifiait que même si Buono était condamné, il ne purgerait qu'environ cinq années de détention.
     Le juge George accepta de se prononcer le 21 juillet 1981. Le moral était au plus bas chez les policiers. Nul ne doutait que si les services du procureur n'étaient pas sûrs d'obtenir une condamnation, le juge accepterait d'abandonner les poursuites.
     A l'ouverture de la séance, Buono et son avocate, Katherine Mader, arboraient un air joyeux. Pourtant, dès que le juge prit la parole, il apparut que leur confiance était déplacée. Que Bianchi fût un témoin fiable ou non, les différents témoignages ainsi que les indices matériels relevés sur Judy Miller permettaient de maintenir les accusations. Le juge ajouta que si le procureur manifestait
un quelconque manque de conviction dans son action à l'encontre de Buono, il porterait l'affaire devant l'instance supérieure, le procureur général.

" Si, en dépit de toute raison,
Angelo Buono n'est pas
condamné pour le meurtre de ces
dix femmes, alors vous serez tombés
dans le panneau tendu par
Kenneth Bianchi "
ROGER BOREN, représentant du ministère public

 
     Le procureur ayant décidé de se retirer de l'affaire, deux substituts du procureur général, Roger Boren et Michael Nash, furent nommés pour représenter l'accusation.
     Le procès de Buono s'ouvrit le 16 novembre 1981 au tribunal de Whatcomb, à Los Angeles, et se poursuivit jusqu'au 14 novembre 1983 - ce fut le plus long procès pour meurtre de l'histoire des Etats-Unis. Le ministère public cita deux cent cinquante et un témoins et présenta plus de mille pièces à conviction. Néanmoins, le procès ne réserva guère de surprises.
     Il fallut attendre juin 1982 pour voir Bianchi à la barre. Il se montra tout d'abord vague et ambigu, mais quand le juge laissa entendre qu'il violait l'accord passé, et qu'il allait être envoyé à la très dure prison de Walla Walla, dans l'Etat de Washington, il se fit plus précis. Bianchi passa cinq mois dans le box des témoins : son témoignage fut accablant pour son cousin.
     La défense adopta une tactique consistant à discréditer les témoins et les éléments de preuve, en arguant que les témoignages obtenus sous hypnsose ne pouvaient être acceptés. Le juge déclara que Bianchi avait simulé tant l'hypnose que le syndrome de personnalité multiple. Les défenseurs de Buono déposèrent alors une motion visant à l'abandon de toutes les poursuites puisque l'un des témoins à charge - l'ami de Judy Miller - avait séjourné dans un asile psychiatrique. Cette motion fut également rejetée par le juge, qui déclara que la défense était en faute pour n'avoir pas repéré ce fait dans le dossier.
     En une ultime tentative, Gerald Chaleff, défenseur de Buono, affirma en octobre 1983 que Bianchi avait commis seul les meurtres, et que son cousin était innocent.
     Le juge réprimanda Chaleff pour avoir insinué que son client était victime d'une conspiration.
     Les jurés se retirèrent le 21 octobre 1983. Après une semaine de délibération, l'abattement gagna la défense, cependant que l'accusation envisageait avec optimisme l'issue des débats. On apprit par la suite que l'un des jurés, mécontent de n'avoir pas été désigné en tant que président du jury, avait pratiqué une obstruction systématique. Finalement, le 31 octobre, Buono fut condamné pour le meurtre de Lauren Wagner.

 
Coupable
 
     Au cours des deux semaines suivantes, les jurés le déclarèrent coupable des meurtres de Judy Miller, Dolores Cepeda, Sonja Johnson, Kristina Weckler, Kimberly Diane Martin, Jane King, Lissa Kastin et Cindy Hudspeth. Toutefois, influencés sans doute par le fait que Bianchi avait échappé à l'exécution, ils décidèrent que Buono ne subirait pas la peine de mort.
     Le 4 janvier 1984, le juge George ordonna que Kenneth Bianchi soit ramené dans l'Etat de Washington pour y purger sa peine. Le juge condamna ensuite Angelo Buono à la prison à perpétuité, en exprimant le regret de ne pouvoir le condamner à mort. Dans ses conclusions, il dit aux accusés : " Je suis sûr, Mr. Buono et Mr. Bianchi, que vous n'aurez de plaisir qu'à revivre et revivre encore la torture et le meurtre de vos victimes, étant incapables, comme je crois que vous l'êtes, de ressentir un quelconque remords.

 
DENOUEMENT
 
  1. Angelo Buono passa sa première année de détention à la prison de Folsom, en Californie, dans un isolement presque total. Craignant d'être assassiné, il refusa de quitter sa cellule, dépourvue de fenêtre, pour la promenade. Il occupa son temps en lisant les centaines de volumes des minutes de son procès.
  2. Kenneth Bianchi fut maintenu à l'écart des autres prisonniers à la prison de Walla Walla, dans l'Etat de Washington, où sa fascination pour les identités multiples ne faiblit pas. Il changea légalement son nom pour celui d'Anthony D'Amato, puis de Nicholas Fontana. Ces modifications d'état civil n'empêchèrent toutefois pas ses codétenus de savoir qu'il était l'un des Etrangleurs des Coteaux.
  3. Bianchi demanda à être transféré dans une autre prison. Les autorités de Walla Walla étaient prêtes à accéder à sa demande, et des dispositions furent prises pour que Bianchi soit transféré à Reno, dans le Nevada. Sa mère adoptive avait décidé de déménager dans le Nevada pour pouvoir lui rendre visite chaque jour et Bianchi avait déjà préparé ses bagages quand les services du procureur général de Californie firent annuler le transfert.



                                 
 
 

 

    

     

 
 
    

 

 
 
 



 
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